‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 93 sur 489 · ORIGINE DE LA DÉVOTION A NOTRE-DAME DE CHARTRES · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA DÉVOTION A NOTRE-DAME DE CHARTRES

UT . , ‘ : n » AAS de prédire l'avenir (1), se réunissaient tous les ans dans un lieu sacré (2) Cœsar , de du pays Chartrain (2). La tradition de cette province ajoute que , dès nue CRUE

’ L J avant Jésus-Christ , ils avaient érigé, sur la hauteur mème où fut atie dans la suite l'église cathédrale de Chartres autel dédié à . bâtie dans la suite l'église cathédrale de Chartres, un autel dédié à La (5) Histoire u- Vierge qui devait enfanter, et que, conformément à la pratique des Gau- ML » tbid,

lois, de graver des inscriptions sur leurs autels (3), ils y avaient écrit (4) Dictionn. CALE 4 e Moréry, art . fs: + « . . "4 CA U

ces mots : Virgini parituræ (4), devenus depuis si célèbres. Telle est, CHaAuTREs.

dit-on, l'origine de ce pélerinage.

La croyance d'une vierge qui devait enfanter était généralement ré-

pandue chez les païens avant le christianisme, comme l’a démontré at x Ut: , j . (:)Origine des l'auteur de l'Origine prétendue des cultes (5'; et, de nos jours, on a pu- En L Ven nn. A : . 6) Mémoires blié sur le mème point des documents qu’on ne saurait contester (6). asiatiques. Pour expliquer l'origine de cette opinion, on peut, outre une tradition (7\Cornel.àLaprimitive, supposer encore une révélation divine faite aux païens. Wan Comm. in um, Cap. XXIV.

Les pères de l'Eglise pensent en effet communément , que Dieu leur a 2: Me n Matt. + HV.

fait annoncer la venue de son Fils (7), comme nous le savons très cer- (8) S, Aug. de : FE … Civtüale Deilib.

tainement de Balaam , dont la prophétie était connue chez les Gentils, xvmt, cap. 7, 1. NE à à x vu, col. 550.— 5, ainsi que semble le montrer l'exemple des Mages (8). C'est aussi ce Hieronym. lib. 1. , , ‘ des : contra Jovinian.

qu'ent pensé beaucoup d'auteurs modernes, d'après saint Thomas (9); $. Justin. — Clemens Alex.— Lactant. etc.

; A 4 ” 4 . \ ?! 9 turgie (10) ; et telle est, relativement à l'autel des druïdes Chartrains, Re ET l'opinion adoptée par M. Olier : « Chartres, dit-il, cette sainte et no Prose des orts.

» dévote ville, première dévotion du monde pour son antiquité, (11) Mémoires : , PRE ne aul. de M. Olier, » puisqu'elle a été érigée par prophétie (41). » L1,p. 120.

on sait que l'Église Romaine autorise cette opinion dans sa li-

On peut penser d'ailleurs, que depuis la traduction de la Bible en grec, et la diffusion des Juifs après les conquêtes d'Alexandre, les païens ont eu connaissance de leurs livres prophétiques , et ont su du moins qu'ils attendaient un libérateur prédit. Suétone nous apprend

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2 rm

(1) Sueton. Vi .

as. gi cap.

(2): J'acit. libv Hist

(3 ) Rosenmülleri, Scholia in V. T'Jesaiæ.vat.

+ 308, — Boxornit, p. M. 24.

Historiæ uni versalis. —Molinæi,libau. val.— Usserii , Annal.

V, Ttu,n.p.

Jul. 4614 etc. — Cornel. à Lapide Coran. in Matt. cap.u. v.1.

.(4)Faber, pit gine de l'idold trie payenne col. Li j

(5) Guiber de vild sud , ta 2 ,Cap.t.c. D.

(6) Rosenmül- Chartres ,

leri, ibid. p.svz.

. August.

E (IR CLV. ad Martlianum.

en effet que cette opinion ancienne et constante, était universelle : dans tout l'Orient (1), et Tacite ajoute, que,d'après la persuasion com mune,ces oracles étaient consignés dans les anciens livres des Juifs(2). Les païens ont donc pu connaître, par la lecture même des prophètes, ou par le commerce avec les Hébreux, plusieurs particularités re latives au libérateur, et entre autres la prophétie d'Isaïe so avait annoncé le prodige de l'enfantement d'une vierge. De graves auteurs pensent mème que la prédiction attribuée par Virgile à la sibylle de Cumes n'en est qu'une imitation (5) +. Mais un fait qui tend à prouver que les druïdes Gaulois l'ont connue, c'est qu'au rapport de Faber, savant auteur anglais, cette prophétie d'Isaïe et celle de Balaam avaie:t #t5 apportées dans la Grande-Bretagne et l'Irlande, par s les druïdes, disciples des Mages, et originaires de la Perse (4). Cela étant , il est indubitable que les druïdes Gaulois en eurent aussi connaissance, puisque César rapporte que les mystères druidiques, répandus les Gaules, y avaient été apportés d'Angleterre ; et que,de son temps encore, ceux qui voulaient en être bien instruits faisaient un voyage dans les iles Britanniques.

Au reste , cette croyance des Chartrains n'est pas, comme on se le persuade faussement , une tradition isolée : on en retrouve des traces dans plusieurs endroits où les druïdes avaient établi leurs siéges. Guibert, abbé de Nogent, l’un des hommes les plus graves de son siècle, rapporte que l'église de son monastère avait été bâtie sur l'emplacement d'un bocage sacré, où les druïdes sacrifiaient à la mère future de Dieu qui devait naître : Matri futuræ Dei nascituri (3). Ces paroles ne sont que l'explication littérale de l'inscription de Virgini parituræ , car les païens croyaient que les hommes d'une origine céleste avaient des vierges pour mères (6) : opinion fondée peut-être sur ces paroles d'Isaïe : Une vi 4e enfantera un fils

qui sera Dieu avec nous. Quoi qu'il en soit, la tradition attestée par

+ D'après ces auteurs , le nouvel ordre de choses annoncé par la sibylle, et «et enfant qui doit venir du ciel, être fils de Dix, naître d’une Vierge, commander à tout l'univers, effacer les péchés des hommes , les délivrer du serpent, et ramener le bonheur pour toujours : tous ces traits ne sont qu'une imitation du prophète Isaïe. Du moins, il faut convenir, avec saint Augustin, que le Messie seul pouvait justifier le sens d’un si pompeux et si magnilique oracle Omnino non est cui alleri prœter Dominum Christum dical genus humanum :

Te duce si qua manent sceleris vestiqia nostri lrrila perpetua selvent formidine terras À.

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DU SECOND LIVRE. 71 Guibert n'est pas moins constante que celle des Chartrains, et maintenant on lit encore au-dessus de l'autel,dans l'église de Nogent, Ara virginis parituræ (1). Chasseneux, dans son Histoire des coutumes de Bourgogne, raconte à peu près la même chose de deux autres cglises, l'une près d'Autun, et autre près de Dijon. La mème inscription se lisait aussi dans l'église de Fontaine, près du château où nâquit saint Bernard (2). Aussi Schedius dit en général que les druïdes érigorent des statues, dans leurs sombres sanetuaires, à la Vierge qui devait enfanter (5). Ces statues et ces autels furent sans doute un moyen ménagé par la Providence pour accréditer plus aisément parmi les Gaulois la foi chrétienne, lorsqu'elle leur serait annoncée, comme l'avaientété chez plusieurs peuples les autels élevés au Dieu inconmnt (#4),

et dont saint Paul se servit avec tant d'avantage à Athènes, pour

annoncer à cette ville le mème Dieu qu'elle avait honoré sans le

connaitre (5),

Telle est, selon la tradition, l'origine de cette fameuse dévotion à laquelle la ville de Chartres à dû non seulement sa magnifique église, mais encore sa célébrité, ses privilèges, et plusieurs fois Sa conser-

valion (6).

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