ET DANS L’EXERCICE DU MINISTÈRE PASTRAL
M. OLIER REPREND LA RÉFORME DE SA PAROISSE, IL JETTE LES FONDEMENTS DE LA NOUVELLE ÉGLISE DE SAINT-SULPICE, ET TRAVAILLE A LA SANCTIFICATION DES GENTILSHOMMES ET DES GRANDS,
Après que M. Olier eut été ainsi éprouvé par cette per- I. à ES ‘ 4 : M. Olier s'adsécution, il reprit la conduite de son troupeau avec UN joint de nounouveau zèle; et on vit alors en sa personne la vérité de veaux prêtres la promesse que le Sauveur fait dans l'Evangile, d’exalter AU Eee celui qui s’humilie. En récompense des humiliations aux- se.
quelles il s’était soumis, il fut environné de l’estime et de la vénération universelle de sa paroisse, de ceux même qui avaient paru le plus envenimés contre lui (1); chacun (1) Remarques
le proclama le père des pauvres, l’ami le plus sincère de mr DA “per ses paroissiens; un saint pasteur tout dévoué au salut de le Pre Girvinite ses ouailles. Le changement qui se fit en sa personne ne —4"née Domifut pas moins admirable que celui qu'on remarqua dans 40. ji à
IT. 1
2 PARTIE I, LIVAB V. PAROISSE, — 1646,
les esprits : Dieu lui aÿant donné un accroissement de
santé et de force, qui le rendit capable du travail le plus
soutenu et le plus pénible, il en profita pour étendre et
pour perfectionner, dans sa paroisse, le bien qu'il y avait
commencé; il gagna à Notre-Seigneur un grand nombre
de ses habitants, et fit régner la plus solide piété dans les
familles. Ses prédications, dont il reprit alors le cours , fu-
rent couronnées d’un succès extraordinaire : on eût dit
que Dreu versait sur cette paroisse sa grâce par torrents,
Jamais on n'avait vu un si grand empressement à assister
aux Offices, autant d’ardeur pour entendre la parole de
Dreu, une foule aussi nombreuse autour des tribunaux de
(Rem. hist.,t. a pénitence (4). 11 fallut augmenter, pouf satisfaire le peu-
RS a ple, le nombre des ouvriers évangéliques ; et M. Olier se
ro as, vit contraint d'inviter plusieurs ecclésiastiques des pro-
PA at rripe vinces, à venir prendre part à ses travaux (2). Ses vœux
20. "furent promptement exaucés : il reçut dans sa communauté
d’excellents prêtres, pleins de zèle, de désintéressement et
de ferveur; et, avec leur secours, il se livra tout entier à
la sanctification de sa paroisse. Bientôt l’église ne put con-
(8) Remarques tenir la foule du peuple (3) : les jours de fêtes, surtout,
sig rl "5 l'affluence était si grande , que beaucoup de personnes ne
pouvaient même y arriver, et qu’on permit au comte et à
la comtesse de Brienne, et à d’autres personnes de qualité,
de percer des portes sur la rue pour arriver par ce moyen
A Fi tu, à leurs chapelles (4). « Vous savez, écrivait M. Olier, quelle
» incommodité l’on souffre dans la chapelle de la sainte
» Vierge, à cause de sa petitesse; quelles irrévérences s’y
d ou e » commettent; quelles impatiences et quelles distractions 98. » cela cause à ceux qui y communient (6). »
Il. Depuis son entrée dans la cure de Saint-Sulpice, il avait
M. Olier con- formé le dessein de construire un vaisseau proportionné çoit le dessein
de construire à l'immense population du faubourg, et qui répondit mieux :
de €- au bel ordre qu’il avait mis dans les cérémonies, ainsi qu’au nombre de ses ecclésiastiques. Il ne pouvait s’em-
nt de le plus dre et y avait ombre ans les rs, fueùt dit rrents.
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ire
NOUVELLE ÉGLISE DE SAINT-SULPICE, à |
pêcher surtout de déplorer l'indifférence des Grands de sa paroisse, qui faisaient construire pour leurs personnes de magnifiques palais, tandis qu'ils laissaient le Fils de Dreu dans un édifice sans dignité et près de tomber en ruine (1). PA Les Lorsqu'il apprit la mort de Marie de Médicis, femme de wr,in:19,pag-216, Henri [V, qui avait employé des sommes énormes à bâtir ” le palais du Luxembourg, et négligé le soin de la maison de Drev, il se sentit porté à satisfaire pour elle en sa qualité de pasteur. a Je priai, dit-il, avec toute l'instance et l’effi- » cace dont j'étais capable, ayant été averti intérieurement » qu’elle était redevable à la justice divine, à cause de ce » superbe et vaste bâtiment du Luxembourg +, où elle a » fait tant de dépenses superflues, pendant que Notre- » Seigneur était si mal logé en sa paroisse. Si elle eût voulu » employer à l’église, les sommes qu’elle avait destinées » à l’achèvement de quelques ailes de ce palais qui ne sont » pas finies, elle eût pu la rebâtir, et la mettre dans un » état convenable pour le peuple et pour Dieu. C’est une » chose étrange, que les hommes prennent d’aussi grands » soins, et fassent tant de dépenses si excessives pour se » loger, eux qui ne sont que de chétives créatures et des » fumiers, et qu’ils n’aient ni la pensée, ni le mouvement » d'élever à Dreu des édifices convenables à sa dignité età (2), Mémorres | aut. de M. Olier, » sa grandeur (2).» t 11, p. 352.
M. Olier, se croyant, comme pasteur, plus étroitement obligé que personne à reconstruire l’église de sa paroisse, avait réuni, dès le mois de décembre 1642, ses fabri- rte ciens (3), pour leur fqire goûter ce projet, qui n’était point p. 1%;t.1, p. 9.
, £ (1 Ibid. t. 1 nouveau (#), mais qui jusqu'alors n’avait eu aucun résul- p. 447. |
+ On sait que Marie de Médicis fit construire à grands frais le Luxembourg sur les dessins de Jacques de Brosses (5), et qu’elle ne (8) Histoire de
négligea rien pour lui donner rang parmi les édifices de la capitale dr LA 2. les plus somptueux. Il est placé en effet au premier rang après le (6) Tableau his-
Louvre; et Le Bernin avouait qu’il n’en connaissait pas qui pôt lui tds “réal être préféré (6). M. Olier nous apprend que Marie de Médicis avait tor.
A4) Remarques historiques, pag.
139 et suiv.
(2) lüid,
k PARTIE II. LIVRE V. PAROISSE. — 1646.
tat. Au mois de mars suivant +, après plusieurs publica-
tionsfaites au prône, il tint, dans la nef de l’église, une as-
semblée générale de la paroisse, à laquelle se trouva le
prince Henri de Condé, et où ee dessein fut adopté d’une
voixunanime(1). On chargea Christophe Gamard, célèbre
architecte de l’époque, de dresser le plan de lafutureéglise ; et comme les constructions projetées devaient s’étendre
sur le terrain même du cimetière, M. Olier proposa de donner en échange la moitié du jardin qui était à l’usage de sa communauté (2). C'était avant la grande persécution que nous avons décrite, et lorsqu'il avait à essuyer toute sorte d’humiliations. Dans cette circonstance, il en éprouva une très-mortifiante, dont il ne fait point connaître le détail, mais qu’il indique en ces termes : « Dans l’assemblée gé- » nérale du 10 mars 1643, où il s’est agi du bâtiment de » l’église de Saint-Sulpice, il a plu à Dieu de m’envoyer » une humiliation en public, pour me récompenser des » petits soins que j’avais pris : ce qui me sert d'indice qu’il » fera réussir cette affaire, puisqu'il semble y mettre pour » fondement la croix et la contradiction, en la personne de » celui qu’il charge de l’exécuter. Lorsque cette humiliation » m'est arrivée, je n’éprouvais d’autres dispositions dans » mon cœur, que de m’élever à Dreu, en lui disant : Mon » tout et mon amour, j’en suis content. Mais j’ajoutai : O
voulu, en le construisant, élever une maison à sa mémoire et à sa personne; et ce fut en effet pour cela qu’elle s’efforça de lui faire porter le nom de Palais Médicis. Mais comme les Grands après leur mort ne sont pas toujours obéis, Gaston de France, duc d'Orléans, à qui la Reine sa mère l’avait légué, y fit mettre le sien sur une inscription, et voulut qu’on l’appelât Palais d'Orléans. Enfin, malgré toutes ces précautions, l’ancienne habitude prévalut, et l’on continua de le désigner, comme on fait encore, sous le nom de Luxembourg, du duc de Pinei-Luxembourg, qui avait acquis, durant le siècle précédent, l'hôtel à la place duquel ce palais fut construit,
+ Dans les Remarques historiques, la date de cette assemblée est fautive, ‘
ieurs publicaéglise, une as-
se trouva le adopté d’une mard, célèbre future église ; ient s'étendre roposa de donit à l’usage de ersécution que yer toute sorte n éprouva une aître le détail, ’assemblée gélu bâtiment de de m'envoyer compenser des t d'indice qu’il y mettre pour a personne de te humiliation positions dans i disant : Mon s j’ajoutai : O
noire et à sa pere lui faire porter après leur mort d'Orléans, à qui sur une inscripfin, malgré touet l’on continua de Luxembourg, urant le siècle truit,
te assemblée est
NOUVELLE ÉGLISE DE SAINT-SULPICE, n » mon tout, ce n'est rien que cela; cent mille, et cent mille » morts souffertes pour la défense de votre nom et le service: » de votre Eglise, me seraient des roses et des délices, Fai- » tes en moi votre volonté : voilà mon corps et mon âme; ir Mans » tout est à vous : disposez-en comme il vous plaira (1), » uut.de M Olier. Après cette assemblée, M. Olier réunit encore, le 2 no- Ill,
. : Sage prévembre suivant, les notables de la paroisse, pour accélérer sance de M. la conclusion d’une entreprise qu’il avait si fort à cœur, Olier, La Reine Malgré tous les efforts de son zèle, et quoiqu'il eût obtenu nn du Roi, par l’entremise de la Régente, une partie des pier- "ouvelle église. res nécessaires aux fondements(2), les choses demeuré- Pro e rent encore suspendues. Enfin, après la pacification des ?: 17: grands troubles que nous avons rapportés, et le jour même de l’Assomption 1645, il assembla de nouveau ses fabriciens pour examiner les plans dressés par Gamard, et il en choisit un, au dos duquel tous signèrent(3), On peut (3) remarques remarquer ici la sage prévoyance du serviteur de Drev : HT considérant que le faubourg Saint-Germain augmentait al ere chaque jour, il adopta un plan qui donnait à l'édifice projeté, trois fc's plus d’étendue que n’en avait l’ancien, et qui devait absorber des sommes immenses, Mais quelque téméraire que püût paraître l’exécution d’un pareil projet, il ne fut arrêté par aucune considération, pas même par. la difficulté de trouver les fonds nécessaires; car, au lieu de mesurer la dépense sur les sommes déjà réunies, il lu fixa d’après celles que la charité des paroissiens devait fournir dans la suite. Telle avait été la conduite de saint Charles Borromée, lorsqy’il jeta les fondements de la magnifique église de Notre-Dame de Rho, près de Milan, « l'expérience lui ayant fait connaître,» remarque son re moe, historien, « que plusieurs, pour n’avoir pas eu cette pré- M HE » voyance, avaient fait des fautes irréparables (4), » chap. vin,
Lorsque tous les préparatifs eurent été disposés, M. Olier
invita la Reine régente à poser la première pierre du nouvel édifice : cérémonie qui eut lieu le mardi 20 février 1686°, 42,