‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme]Chapitre 55 sur 269 · CONVERSION DU MARÉCHAL ET DE LA MARÉCHALE DE RANTZAU · texte numérisé non relu

CONVERSION DU MARÉCHAL ET DE LA MARÉCHALE DE RANTZAU

NOTE 4, p.98, — M, et madame de Rantzau, nés l’un et l’autre dans le Holstein, professaient la religion luthérienne, à laquelle ils étuient fort attachés. Madame de Rantzau surtout, cherchait continuellement l’occasion d’'instruire ses coreligionnaires, et de former de nouveaux prosélytes. Ayant l'esprit droit et !à mémoire heureuse, elle étudiait avec soin la controverse ; ei, pour s’y rendre plus habile, elle conférait avec les ministres Drelincourt et Mestrezat, Comme elle n'était encore âgée que de dixneuf ans, M. de Rantzau, qui avait beaucoup lu, la traitait d'enfant, et la confondait chaque jour, en lui rapportant les réponses des catholiques aux arguments des sectaires. Mais elle ne se rebutait pas; et ayant repris des forces avec ses ministres, elle revenait le soir à la charge. Pendant deux ans elle combattit ainsi contre la vérité, Enfin, elle commença à concevoir des doutes, et s’adressa au curé de Saint-Germain-l’Auxerrois pour avoir des conférences avec lui. Pendant douze ou quinze jours qu’elles durèrent, elle jeûna toujours, et pria pour obtenir de Dieu la lumière qu’elle cherchait. Enfin, étant pleinement convaincue de lu vérité de la religion catholique, elle abjura l'erreur, sans attendre le retour de son mari, qui était alors à l’armée. Ce changement le mit dans une colère étrange ; elle se prépara aux mauvais traite ments qu’elle prévoyait de son naturel farouche, et fit «es prières et des jeùnes à cette intention. Dès qu'il fut de retour, il l’accusa d’abord de folie, pour s'être laissée séduire comme un enfant incapable de discernement, et se plaignit qu’elle eût agi dir une occasion aussi importante, sans l'avoir consulté, la ienüçuui de l'en faire repentir. Elle lui répondit fort humblement, que comme c'était lui qui lui avait appris à douter de sa religion, vile pouvait dire qu’il avait la première part à ce changement de croyance ; qu’en toute autre aflaire, elle n’eüt jamais agi sans le consulter, mais qu’en celle-ci il ne pouvait pas y avoir d'apparence d’attendre son avis, pour quitter une religion qu’il professait lui-mêine. Elle le pria de croire qu’elle n’avait pas été séduite, que l’évidence de la vérité seule l'avait persuadée; et que, s’il voulait, elle

(0) Essai sur

l'influence, etc,

(1) Mémoires de M, du Ferrier,

(2) Mémoires de M. du Ferrier, p- 204, 205.

lui en rendrait compte, afin qu’il connût qu’elle n'avait rien fait par légèreté. II le voulut bien, et l’ayant mise sur les points de controverse, elle lui réponuit si solidement, que, changeant de ton et de sentiment, il lui dit : J'avais cru, Madame, que vous ne saviez pas ce que vous faisiez en changeant de religion; mais puisque vous l'avez fait avec connaissance, je ne vous en sais plus mauvais gré, et je n’ai qu’à vous prier de vivre en véritable catholique (1).

Sa vie put, en effet, servir de modèle à toutes les dames de sa

condition. Dès que le maréchal de Rantzau était parti pour l’armée, elle faisait enfermer toutes les glaces chez elle, ne se frisait plus jusqu’à son retour, et, pour obtenir sa conversion, elle vivait dans la pénitence, et adressait à Dieu de ferventes prières. Enfin, son mari se convertit au siége de Bourbourg, se croyant blessé mortellement d’un coup de mousquet. La nouvelle de la blessure s'étant répandue à Paris, le confesseur de madame de Rantzau alla la voir pour la consoler. Elle vint le recevoir sur les degrés avec un visage riant, et lui dit : Je sais, Monsieur, pourquoi vous venez. Il crut la nouvelle fausse, et lui témoigna en être bien aise. Non, dit-elle, cela est vrai; mais voici le sujet de ma joie : lisez, s’il vous plaît, la lettre que M. de Rantzau m'’écrit. Il y trouva ces paroles : «Madame, vous serez affligée, en apprenant que j'ui reçu un coup de mousguet, dunt la balle est entrée par l'oreille et sortie par la bouche; mais vous devez étre consulée sachant que Dieu m'a parlé au cœur, et qu'il m'a fait connaitre l'erreur de ma religion, et la vérité de celie del’Église catholique, dans laquelle je suis entré. Elle était si transvortée de joie, que la perte de son mari, et le renversement de sa maison et üe son état ne lui étaient rien. Elle ne pouvait pas douter de la ruine de sa fortune, après l’épreuve qu’elle avait déjà subie, lorsque le Roi assiégeant Perpignan, et le bruit s’étant répandu à Paris que M. de Rantzau avait été tué, à l'instant ses créanciers firent mettre le scellé chez lui, en sorte qu’elle se vit privée de l’usage des choses même les plus nécessaires. Comme on lui demandait ce qu’elle ferait en pareille occasion : J'ai pensé répondit-elle, que j’entrerais en religion; et si l’on ne me croyait pas appelée, je me mettrais au service de quelque dame (2). Le maréchal de Rantzau, qui guérit de sa blessure, pratiqua depuis la religion catholique, sans aucun respect humain, et la fit respecter par ses troupes. Il mourut le 4 septembre 1650,

Après cette mort, madame de Rantzau entra chez les Annonciades célestes, parce qu’elles ne parlaient jamais à personne du

dehors.

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dehors. Mais le Pape voyant que, par là, le talent qu’elle avait

pour la conversion des hérétiques serait caché et inutile, il fui

ordonna, par un bref, de parler à tous les hérétiques allemands

qui demanderaient à la voir : ce qui produisit la conversion de (1) Mémoir, de plusieurs(1). Elle passa dix ans dans cette maison, occupée de la - A 4 HR prière, et travaillant à la conversion de ses compatriotes qui ru et venaient la visiter. Son zèle lui inspira même la résolution d'aller l’influenve , etc. fonder un couvent d’Annonciades à Hildesheim, afin d’y répandre t ns ci ue la foi dans sa famille et parmi ses amis; elle exécuta ce généreux y4 vitte de Paris, projet (2) en 1666,et mourut dans une exacte observance de la par Félibien,ete.

règle, à l’âge de quatre-vingts ans(3). | pee SUR MADAME TRONSON.

NOTE 5, p. 3. — Madame Tronson eut d’abord pour directeur le Pèr de Condren, qu’elle recevait quelquefois dans sa terre du Perray, près Corbeil (4). Ce fut là probablement qu'il alla se Ca- |ÿ) Lepeu, Hischer lorsqu'il voulut se démettre du généralat de l’Oratoire; car toire du diocèse il était retiré chez madame Tronson, comme nous l’apprend l'au- 4 Hs san silès teur des Mémoires sur M. de Bretoncilliers(5). La lettre 49 du Fu Mémoires, PèredeCondren, qui a pour titre : Que nous devons nous appru- pur M, Bourbon, cher du trés-saint Sacrement, dans un humbie sentiment de "" 1%: v. 163. notre faiblesse pour y trouver notre Jorce, a été écrite par ce ne Père à madame Tronson, le 5 août 1638. On en conserve l'original (7, Memoir.sur au séminaire de Saint-Sulpice (6). Madame ‘ronson fut mère de 44 vle de M: de six garçons : l'aîné devint conseiller au Parlement ; le second, rs M. FR secrétaire du cabinet; le troisième fut supérieur de Saint-Sulpice ; DU P ei . le quatrième, M. de Saint-Antoine, mourut prêtre de la commu- y/ytres des renauté; les deux derniers étaient M. de Maintenon et M, de Ché- quétes, Ms, urt.

vrier (7). . fronsou,

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