SUR LA MARQUISE DE PORTES
NOTE 6, p. 34. — Lorsque la duchesse de Saint-Simon tenait sa fille dans une sorte de prison, et la pressait vivement d'ermnbrasser la vie religieuse, M. Oiier écrivait à celle-ci : « L'avis que » Je vous donne aujourd’hui, c’est de ne vous point inquiéter de » l’avenir, ni de votre vocation. Ce n’est pas ici le temps de vous » déterminer. Notre-Seigneur vous défend de prendre une réso- » lution dans ce trouble; attendez le calme et la sérénité(8). » (8) Lettres aut. Ce fut sans doute pour examiner plus à loisir sa vocation qu’elle & #. Olier, p. demeura pendant quatre ans chez les religieuses de la Visitation sal
(4) Vie de Mme la duchesse de Montmorency, 1.
(2) Lettres aut.
de M. Olier, p.
à Moulins, où elle sc montra aussi ponctuelle aux exercices de la communauté, que la plus fervente novice (4). Durant ce temps, elle continua d'écrire à M. Olier, pour lui faire part de ses dispositions (2). Enfin, plusieurs religieuses de cette maison, se persuadant qu’elle était appelée à entrer dans leur institut, et la pressant de prendre un parti, elle s’en rapporta encore à la décision de M. Olier, qui la fixa par la réponse suivante. « Notre sœur » n. doit et ne peut se déterininer avec la précipitation qu’on » lui impose ; car quoique cette promptitude soit juste du côté » des religieuses qui la demandent, conformément à leur règle, » elle ne l’est pas à l'égard de notre sœur. Elle ne peut se déter- »'miner par elle-même ; et, par conséquent, puisque Dreu lui » cache sa volonté, et la tient en balance, elle doit prendre le » temps et le loisir nécessaires pour la connaître, Quant aux mar- » ques de vocation, les raisons générales, tirées de la perfection » de l’état religieux, ne suffisent pas pour l’embrasser. Autre- » ment toute personne qui voit ces raisons, serait obligée à y en- » trer, et il y aurait vocation à la religion pour tout chrétien per- » suadé de la beauté et de la sainteté de l'Evangile. 11 faut quel- » que chose de plus que ces raisons extérieures ; c'est un mou- » vement que la Bonté divine imprime à notre cœur, et par le- » quel elle nous persuade, et nous convainc d'entrer dans la » religion, nous y excitant, nous y portant avec paix et avec joie. » Notre sœur n’a point l'expérience de s'être sentie appelée à cela » par aucune puissante persuasion intérieure. Elle n'a que ces » raisons extérieures qui jaissent l’âme sans vie, sans joie, sans » paix, ou plutôt, en quelque sorte, dans la tristesse et l’embar- » ras. Au contraire, elle éprouve un désir intérieur qui la porte » à servir le prochain : son cœur vole quand elle pense à assis- » ter les pauvres dans un hôpital, Elle se sentirait portée, par » l'esprit intérieur, à verser son sang, et à donner tout ce qu’elle » a de bien, de temps, de santé et de vie, pour gagner à DIEU » l’âme d’un seul des huguenots dont ses terres sont remplies. » Elle a reçu de tout temps une impression forte et un attrait » efficace pour le service des pauvres et du prochain, et s’y est » même exercée avec une bénédiction abondante. D'ailleurs, elle » se souviendra qu’un de ses motifs en faisant son vœu de virgi- » nité, était d’avoir par ce moyen la liberté entière de servir les » pauvres, et qu’elle n’avait aucune vue de la religion, dont Dieu » apparemment lui eût donné alors la pensée, s’il l’y eût appelée; » tellement que la grande contestation de sesproches sur son » vœu, venait de ce qu'elle ne voulait point être religieuse, et » désirait demeurer dans l’état de virginité au milieu du monde.
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DU LIVRE CINQUIÈME, 19 » Elle remarque, il est vrai, qu’elle craint le siècle, qu’elle se » connaît, qu’elle se méfie d'elle-même, et autres choses sem- » blables : c’est un sujet de consolation, Dieu la préparant par » là à opérer son salut avec crainte, et à faire les œuvres de » JÉSUS-CHRIST en esprit d'humilité ; ce qui est le grand principe » de notre force et de notre confiance. Enfin, dans le genre de » vie qu’elle veut embrasser, elle ne se désiste point du désir de » se sacrifier totalement à Dieu; elle ne se retire en effet de la » clôture, que pour se conserver la seule liberté de servir le pro- » chain, dans les temps qui lui seront prescrits par lobéis- (t;Lettres ant. » sance (1). » cs V.
Û ) L Cette réponse fit renaître la paix dans le cœur de la marquise de Portes. Elle quitta la communauté de Moulins, pour travailler à établir le règne de DrEu dansses terres des Cévennes, surtout à Térargues, Saint-Jean, Genouillac, Saint-Germain de Calberte. Elle établit à Térargues un monastère de la Visitation, afin qu’en qualité de fondatrice, elle pût, par une clôture volontaire, se conserver dans le calme et la paix (2). Elle joignait cependant aux (9) Discours sur exercices de la vie contemplative les œuvres du zèle pour la con- .. piste 0 version des Huguenots, usant de toute son autorité pour affaiblir a A et pour éteindre, si elle l’eût pu, cette secte dans ses terres. Be- de l’ordre de lu noît, dans son Histoire de l'Édit de Nantes, se plaint vivement . A de mademoiselle de Portes, qu’il blâme d’avoir mis une garnison de Mazelli, in 8, de cent arquebusiers dans une de ses seigneuries, qu’il appelle ie pe U ri Taraux (probablement Térargues), pour y faire cesser l’exercice Rod M, de de la religion prétendue réformée. Il était sans doute peu instruit « Bul. Made ce qui concernait son caractère et ses inclinations; car il lui at prète des motifs incompatibles avec ce que nous avons rapporté. de 37. l'abbé de Cette marquise non encore mariée, dit-il, voulait peut-être mériter {a core p. 82. un époux par des marques d’un zèle éclatant (3). Mu ds Il paraît que les Jansénistes s’eflorcèrent d'attirer à eux mademoiselle de Portes. Pour la prémunir contre la visite d’une dame fort dévouée au parti, M. Olier lui écrivit : « J'ai cru expédient » de vous envoyer ce mot pour prévenir votre esprit, de peur » que madame de Luynes, qui va vous voir en passant, et qui est » dans les embarras des opinions, ne vous aille embrouiller l’es- » prit, et le tirer de la netteté dans laquelle Notre-Seigneur l’a- » vait mis; je prie ce bon Maître de vous l’y conserver. » Cette prière n’élait pas sans quelque fondement ; car il semble qu'avant la bulle d’Innocent X, mademoiselle de Portes était assez portée vers les opinions nouvelles. Dans une lettre du 19 juillet 1653, M. Olier dit à son sujet : « Je n’écris pas à mademoiselle de » Portes; c’est que j'attends de savoir comment elle aura recu
IT,
» les nouvelles de la bulle : » il ajoute ces mots, qu’il a lui-mème
D ee ris effacés : e/ su soumission parfaite(1). On ne craint j.as cepen-
85,429," dant d'assurer qu’elle se soumit au jugement du Saint-Siége, et
à qu’elle persévéra dans son attachement à la doctrine de l'Eglise
jusqu’à sa mort arrivée en 1702. La preuve en est dans la haute
(2) Discours estime que les religieuses de la Visitation du Pont-Saint-Esprit,
D a et celles d'Avignon, eurent constamment pour elle, jusqu'à lui
rablesmères,etc. dédier, en 1689, les Z'ies de leurs mères qu’elles firent impri- ‘bid. Dédicace. mer (2).