‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 102 sur 249 · ÉLOGE DU PÈRE DE CONDREN · texte numérisé non relu

ÉLOGE DU PÈRE DE CONDREN

» marque, dans la théologie, que la lumière des » anges est de telle nature.., que les anges infé- » rieurs ne pourraient point porter sans miracle » l’étendue de la lumière des anges supérieurs ; » ainsi en était-il de sa lumière au regard du reste » des esprits... On disait seulement, en quittant ce » grand homme : Oh ! que cela est admirable! que » bienheureux sont ceux qui recueillent les miettes » qui tombent de cette table céleste ! C’était l’image » de Salomon. Bienheureux étaient ceux qui le ser- » vaient ; et pour cela je disais même â son frère » servant, que je portais bien envie à sa condition.

» Un jour, lui proposant de vouloir écrire pour » l’édification de son Eglise, je lui disais que tant » de personnes l’en pressaient, et priaient Dieu pour » cela; et que j’avais lu dans saint Jérôme qu’autre- » fois toute l’Eglise avait jeûné et pleuré fort long- » temps, pour obtenir de Dieu la grâce que saint » Jean voulût écrire l’Evangile ; après quoi, ce grand » Saint se laissa vaincre, et donna à l'Eglise cette » grande lumière qui l’éclaire maintenant, cet » Evangile qui seul parle plus et donne plus de » connaissance de la divinité de Jésus-Christ, que » tous les autres Evangiles, et tous les autres livres » de l’Ecriture sainte. Je le priai donc, qu’à l’imi- » tation de ce grand Saint, il voulût écrire pour » l’instruction de l’Eglise, surtout après tant de » prières et de désirs des âmes saintes qui l'en » avaient sollicité.

» Alors il me répondit ces belles paroles de N.-S. » Jésus-Christ : qu’il rendrait au centuple à ceux » qui se seraient mortifiés de quelque chose pour » lui ; et que d’ordinaire ceux qui s’abstenaient » d’écrire pour l’amour de lui, recevaient en récom- » pense le don d’illuminer les âmes, don beaucoup

Pourquoi le Père de Condren n’a pas écrit.

écrit du Père de Condren justifie l’éloge que M. Olier en fait lorsqu’il le qualifie : l’intelligence la plus vaste qui fût alors au monde.

» plus avantageux à l’Eglise que celui cle l’Ecriture. » Caries Livres Saints sont exposés à tout le monde; » les faibles se scandalisent des plus belles lumières, » et n’en font point l’usage qu’ils pourraient. Ces » vérités saintes sont proprement les pierres précieuses que Jésus-Christ défend de donner aux » pourceaux, et le pain saint qu’il ne faut pas jeter » aux chiens. Or, c’est le grand inconvénient de » l’Ecriture; et il ne se rencontre pas dans le don » d’illuminer; car l’esprit de discernement qui l’ac- » compagne, fait que les lumières divines ne se » donnent qu’à ceux qui sont disposés à en faire un » bon usage. Cependant, comme il était dans une » grande dépendance de Dieu, et dans une grande » condescendance aux hommes, il voulut un jour » se disposer à écrire. Il se retira pour cela avec son » frère (servant) quinze jours entiers, ■ pour tenter » s’il pourrait satisfaire au désir de sa compagnie. » Tous les matins il se mettait en état de commen- » cer; son frère prenait la plume pour écrire; mais, » après avoir prié, il disait : Mon frère, attendons » encore à demain: Notre-Seigneur ne lui en don- » nant point l’ouverture ni la facilité. Quelquefois » même il disait en riant à ceux qui le sollicitaient » d’écrire: Voyez-vous, les Apôtres n’ont écrit que » fort peu de lettres en leur vie : j’en ai déjà écrit » plus de cent. »

» Mais la raison la plus forte pour laquelle il n’a » point écrit se doit prendre dans l’ordre de la di- » vine Providence. Elle avait suscité ce grand » homme, et l’avait donné à l’Eglise dans le temps » de ce renouvellement, pour qu’il fût un modèle » parfait de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la » conduite de sa vie; aussi, comme ce divin Maître, » a-t-il éclairé ses disciples par ses entretiens. Son » grand don était celui de la conversation, et il » l’avait reçu de Dieu avec une si grande abondance, » qu’il était quelquefois des quatorze heures en- » tières à converser, mais si utilement que fort peu

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