ÉLOGE DU PÈRE DE CONDREN
tinuelles , il lui demanda ce qu’il désirait donc de lui. Pour réponse , le Père de Condren lui donna un réglement de vie : ce réglement , bien différent de celui que M. Amelote s’était tracé à lui-même, devait lui imposer le sacrifice journalier de ses goûts les plus chers et les plus favoris. Dominé par le désir le plus immodéré de l’étude , il se mettait au travail dès quatre heures du matin , ne cessait qu’à onze pour aller entendre la sainte Messe , et passait encore l’après-dîner en Sorbonne ; et son nouveau réglement lui interdisait, pendant un an, toute sorte de lecture et d’étude , à l’exception de deux chapitres de l’Ecriture sainte, chaque jour* (1), (i)Récit de l'enl’un de l’ancien , l’autre du nouveau Testament , fance du Père qu’il lirait à genoux et sans commentaire, adorant, Amclote * lbuL dans le premier, Dieu le Père , préparant le monde à la venue de son Fils, et, dans le second, écoutant Jésus-Christ qui veut bien nous instruire lui-même. (2) Mémoir. de Ce règlement n’était pas particulier à M. Amelote : M- du Verrier, les autres disciples du Pere de Condren le sui- Geneviève. passaient également (2). — Bibl. N. y, 24.
Les dix-huit mois que M. Olier passa à Paris IX. pour attendre la conclusion de l’affaire dont nous Eloge du avons parlé, furent une occasion que lui ménagea de Co^~ la Providence pour qu’il se pénétrât de l’esprit et 0jier’ pai des maximes du P. de Condren. Ce grand homme, à qui Dieu avait manifesté ses desseins, « s’appliqua » uniquement à le former aux fonctions ecclésias- » tiques, et à lui communiquer toutes les hautes » connaissances et les sublimes lumières qu’il avait » du sacerdoce de Jésus-Christ (3). » Jamais dis- ^..(3K%sauZ«, ciple ne fut plus heureusement disposé à recevoir 25c. ’ P’
les impressions de son maître, parce qu’il n’était pas possible d’ajouter à la vénération dont M. Olier se sentait pénétré pour la personne du Père de Condren. Nous le laisserons parler lui-même dans le magnifique éloge qu’il en a tracé : « Il n’était » qu’une apparence et une écorce de ce qu’il parais- » sait être, dit-il, étant au dedans tout un autre
» lui-même, étant vraiment l’intérieur de Jésusif» Christ, et sa vie cachée; en sorte que. c’était plu-
(1) L'esprit de if. Olier. t. n, p. Z33 . — Abrégé du 9* cahier des Mémoires de M. Olier.
(2) Mémoires aut.deM. Olier, t. u, p. 254.
(3) Mém. aut.
deM. Olier, t. i, p. 238, 239.
» tôt Jésus-Christ vivant dans le Père de Condren » que le Père de Condren vivant en lui-même. Il » était comme une hostie de nos autels : au dehors,
» on voit les accidents et les apparences du pain.
» mais, au dedans, c’est Jésus-Christ. De même » en était-il de ce grand serviteur de Notre-Sei- » gneur singulièrement aimé de Dieu (1). Notre- » Seigneur, qui résidait en sa personne, le prépa- » rait à prêcher le christianisme, à renouveler la » première pureté et piété de l'Eglise ; et c’est ce » que ce grand personnage a voulu faire dans le » cœur de ses disciples pendant son séjour sur la » terre, qui a été inconnu comme le séjour de » Notre-Seigneur dans le monde (2). Je lui fus » donné de Dieu, comme les Apôtres l’avaient été » à Notre-Seigneur, selon ces paroles : Pater , quos » dedisti mihi, non perdidi ex eis quemquam ; et, pen- » dant sa vie, il tâcha de nous traiter comme Notrey> Seigneur avait traité ses Apôtres. Ce bon Père me » dit même que je serais un de ses héritiers, non » pas de biens périssables, grâce à Dieu, mais d’es- » prit et de grâces. Hé! plût à Dieu que je pusse » avoir une petite étincelle de son pur amour, qui » fut si violent qu’il avait pensé en être dévoré, et » que son cœur en fut si enflé, qu’il éleva deux » ou trois de ses côtes, ce qui a paru jusqu’à sa » mort (3). »
« C’était une chose merveilleuse que la sublimité » de ses lumières. Elles surpassaient si fort la por- » tee ordinaire des esprits, qu’il était impossible » de coucher par écrit toutes les vérités qu'il disait, » tant elles étaient saintes et dégagées des voies » grossières de concevoir et d’apprendre les choses, » les ayant toutes par infusion f. Et comme on re-
f Voyez : Vie du Père de Condren, par le Père Amelote ; édition de 1657, pages 30, 97, 131 et suivantes. Ce qu’on a