Vie de M. Olier, par M
de Brelonvilliers t. i, p. 155.
plus hautes montagnes pour faire sortir de leur assoupissement ceux qui négligeaient la grâce de la mission, ou pour instruire les malades qui ne pouvaient se rendre à la paroisse. Il les visitait dans les creux des rochers, leur demeure ordinaire, et leur rendait les services les plus dégoûtants pour la nature, sans être jamais rebuté par la malpropreté de ces lieux infects (1). Il les traitait avec la tendresse d’une mère et d’une nourrice, s’abaissant jusqu’à les peigner de ses propres mains , leur donnant lui-même à manger, et se nourrissant ensuite de leurs restes (2) ; et puis , après les avoir ainsi visités, il revenait encore auprès d’eux, afin de les assister de nouveau, et de leur enseigner la doctrine du salut, qu’ils ignoraient pour la plupart (3). A l’imitation de ce qu’il avait vu pratiquer à saint Vincent de Paul, il établit àPébrac la confrérie de la Charité pour l’assistance des pauvres malades (4), et prit divers moyens pour que cet établissement subsistât après lui ' . On remarquait dans toute sa personne un grand amour pour la pauvreté du Sauveur, qu’il honorait ainsi dans ses membres ; non-seulement il n’avait rien que de très-simple dans ses habits, mais encore il ne faisait pas difficulté de porter, sous sa soutane, des vêtements si usés, que les plus misérables de ces contrées auraient eu peine à les recevoir (5).
Tout le temps qu’il n’employait pas aux œuvres du zèle, il le consacrait à l’oraison. Un ecclésiastique du Puy, M. Valentin, qui l’accompagna dans le cours des missions, rapporte que M. Olier ne manquait pas de réciter le saint Office à genoux devant le T. S. Sacrement, toutes les fois qu’il était auprès de quelque église où Jésus-Christ résidait. Il aurait voulu y être sans cesse présent ; et il fit un jour quatre lieues, durant les plus accablantes chaleurs de l’été, afin de n’être pas privé du bonheur d’offrir le Saint Sacrifice pour ces peuples, quoiqu’il ne dût trouver qu’un calice d’étain dans
SECONDE MISSION D’AUVERGNE
l’église champêtre où il se rendait. Le soir après avoir achevé l’office clés Matines, il vaquait à l’oraison jusqu’à ce qu’on vînt l’appeler pour le souper; alors, il allait au réfectoire comme à un supplice, et on l’entendait souvent prononcer ces paroles accompagnées de soupirs : Amor meus crucifixus est! paroles qui remplissaient tous ses confrères des mêmes sentiments de pénitence et de componction. Persuadé que , pour attirer sur les peuples des grâces puissantes de conversion, la prière ne suffit pas toujours, il y joignait des mortifications trèsrudes, et affligeait sa chair par de rigoureuses disciplines, deshaireset des cercles de fer qu’il portait secrètement parmi ses meubles de voyage (1).
On conçoit qu'une vie si apostolique était pour ces contrées la plus efficace de toutes les prédications ; aussi la mission de Saint-Ilpise eut un succès inouï, qui remplit d’étonnement M. Olier lui-même. Il comprit dès-lors le besoin qu’il avait de nouveaux ouvriers, pour suffire à tous les travaux qu’il se proposait d’entreprendre. Il avait conduit avec lui, en Auvergne, cinq ou six ecclésiastiques que lui avait donnés saint Vincent de Paul (2), et son exemple avait encore attiré auprès de lui plusieurs prêtres des environs; mais, ne pouvant suffire à tous les besoins avec ce petit nombre, il écrivit à saint Vincent de Paul et aux ecclésiastiques de la Conférence, pour leur apprendre le succès de ses travaux, et les inviter à venir y prendre part. Sa lettre, datée de Vieille-Brioude, le jour de saint Jean, 24 juin 1636, est rapportée, en partie, par les historiens de saint Vincent de Paul (3); nous la donnerons ici en entier :
« Messieurs,
» Je ne puis être plus longtemps absent de votre » compagnie sans vous rendre compte de nos tra- » vaux. La mission commença le dimanche après
(1) Vie Ms. de M. Olier , par M. de Bretonvilliers, 1. 1, p.153, 197. 182, 155, 15G. 195. — M.
Valentin, Attestations aut. p.
Il écrit à MM.
de la Conférence de St.- Lazare,ctleur demande de nouveaux ouvriers.
(2) VieMs.de M. Olier, par }1.
deBretonvilliers t. i. p. 154. — M. Valentin, Attestations autographes, p. 165.
(3) Abelly, liv.
n, ch. i, sect. rt, g in. — Collet, liv. vin, t. n, p.
35t. — Cet auteur rapporte la lettre à, l’année 1G37; elle est de l’année précéd*.
» l'Ascension, et elle a duré jusqu’au 15 de ce mois. y> Ce jour, qui était la fête patronale du lieu, on y> voulut que le soir, en présence du très-saint sacrement, j’adressasse les adieux au peuple: ce »qui se lit avec toute révérence pour la majesté du » Dieu qui présidait, et aussi avec tant de larmes et »de soupirs, qu’il faudrait, je pense, y avoir été » pour le croire. Dieu soit béni! La même chose » était arrivée lorsque nous fîmes la procession des » petits enfants, et au moment de leur communion.
» Au commencement, le peuple venait, selon que » nous pouvions le souhaiter , c’est-à-dire, autant » que nous pouvions suffire à l’entendre en confes- » sion ; et cela, Messieurs, avec de tels mouvements » de grâce, que, de tous côtés, il était aisé de savoir » dans quels endroits les prêtres confessaient les » pénitents : les soupirs et les sanglots de ceux-ci » se faisant entendre de toutes parts. Mais, sur la » fin, le peuple nous pressait si vivement, et la » foule était si grande, qu’il nous fallait parfois » douze ou treize prêtres pour subvenir à l’ardeur » de ce zèle. On voyait ce bon peuple demeurer » dans l’église sans boire ni manger, depuis la » pointe du jour jusqu’à la dernière prédication. » malgré la chaleur, qui était extraordinaire, atten- .»> dant la commodité de se confesser. Quelquefois, » en faveur de ceux qui venaient de loin, nous étions » contraints de faire deux heures, et plus, de ca- » téchisme, et tous en sortaient aussi affamés qu’en » y entrant : cela nous laissait tout confus. Il fallait » faire le catéchisme de la chaire du prédicateur, » n’y ayant point de place dans l’église, et même » les environs du cimetière, les portes et les fenê- » très étant chargées de peuple ; la même chose se » voyait au sermon du matin et à celui du soir, » qu’on nomme le grand catéchisme ; sur quoi je ne » puis rien dire, sinon ces paroles : Benedictus Deus! » Benedictus Deus ! Béni soit Dieu, qui se commu- » nique si libéralement à ses créatures, et surtout
SECONDE MISSION ü' AUVERGNE
» aux pauvres ! Car, Messieurs, nous avons remar- » que que c'est particulièrement en eux qu’il ré- » side, et pour eux qu'il demande le secours de ses y> serviteurs, afin d’achever par leur ministère ce » qu’il n’a pas accoutumé de faire seul, je veux dire » l’instruction et la conversion totale de ses peu- » pies. Messieurs, ne refusez pas ce secours à Jésus; » il y a trop de gloire à travailler sous lui, et à con- » tribuer au salut des âmes, et à la gloire qu’il doit » en retirer pendant toute l’éternité. Vous avez » heureusement commencé, et vos premiers exem- » pies m’ont fait quitter Paris ; continuez dans ces » divins emplois, puisqu’il est vrai que sur la terre » il n’y arien de semblable. Paris, ô Paris! tu amuses » des hommes qui convertiraient plusieurs mondes. » Hélas! dans cette grande ville, combien de bonnes » œuvres sans fruits, de conversions fausses, de » saints discours perdus, faute de dispositions que » Dieu communique aux simples! Ici, un mot est » une prédication ; les pauvres de ces contrées n’ont » point méprisé la parole des prophètes, comme on » le fait dans les villes ; et, à cause de cela, Mes- » sieurs, avec fort peu d’instruction, ils se voient » remplis de bénédictions et de grâces ; c’est ce que » je puis vous souhaiter, dans le Seigneur, puisque, » en son amour, je suis, Messieurs, votre très- » humble, très-obéissant et très-obligé confrère. » Saint Vincent de Paul, après avoir reçu cette lettre, résolut de faire partir pour Pébrac quatre ou cinq prêtres de sa compagnie, comme il l’écrivit à M. Olier (1). Mais sur ces entrefaites, les armées ennemies ayant fait une irruption du côté de la Picardie, et Louis XIII demandant à saint Vincent des aumôniers pour suivre ses troupes à la guerre, les ecclésiastiques, qui devaient aller en Auvergne, reçurent une autre destination (2). Plusieurs des amis de M. Olier s’empressèrent néanmoins de venir partager ses travaux, entre autres M. l’abbé de Foix, ainsi que M. Meyster, que le Tom. i. 12
Nouveaux renforts que reçoit M. Olier. M. Meyster.
1) Recueil des lettres de saint Vincent, t. i. p.
(2) Abclly, liv.
1 , C. XXXIII ; cil.
(1) Essai sur l'in/luence de la relig.en France, etc., 1. 1, p. 275.
— Grandet, Vies Ms. t. i, p. 225.
*NOTE 4, p.
(27 20 mars 1637'.
(3) Lettres nul.
du Père de Coudren. — / dires aul.deM. Olier.
Père de Condren lui envoya. M. Meyster, qui devint l’un des plus célèbres missionnaires de son temps, trouva môme, dans ces missions, l’occasion qui développa le don extraordinaire qu’il avait reçu de Dieu, pour annoncer la parole sainte. Le genre de ses discours, son accent, son regard seul, tout en lui concourait à produire les impressions les plus fortes et les plus vives (1)*. Nous en rapporterons, dans la suite, des exemples remarquables. Il avait connu M. Olier à Paris, en 1636, et, comme il allait exercer son zèle en Provence, il eut le désir de lui offrir son service en passant. « Quoique j’aie » peu vu M. Meyster, écrivait le Père de Condren à » M. Olier (2), j’ai reconnu en lui un grand zèle, et » beaucoup d’application au salut du prochain; il » pourra servir pour ce qui vous reste à faire dans » votre mission présente, si vous lé jugez ainsi. Il » me semble être de ceux qu’il faut laisser conduire » à l’Esprit de Notre-Seigneur, qu’il ne faut pas » captiver en lui, comme aussi il ne faut pas qu’il » serve de règle aux autres. Nous avons à le véné- » rer, et à nous humilier de ce que nous ne sommes » pas dignes de la grâce que Dieu lui fait. Nous de- » vons servir cependant à fournir matière à son » zèle, en lui donnant l’occasion de travailler. J’es- » time certainement heureux les peuples auxquels » Dieu l’envoie, et qui peuvent cueillir les fruits de » son esprit. Je reconnais, ce me semble, et honore » en lui quelque chose de la grâce apostolique à la- » quelle je supplie Notre-Seigneur de nous donner » quelque part (3). » Il parut, en effet, que le dessein de Dieu, en envoyant M. Meyster travailler aux missions d’Auvergne, fut de faire éclater en lui les richesses de sa grâce.
« C’est en ces quartiers-là, dit M. Olier, que notre » bon Seigneur a commencé à verser ses extraor- » binaires bénédictions sur ce grand serviteur, M.
» Meyster, homme vraiment apostolique. C’est là » où M. Perrochel. qui a produit tant de bien à Pa-
SECONDE MISSION D’AUVERGNE
» ris, a fait son premier apprentissage; de même » que M. l’abbé de Foix, à qui Dieu a donné depuis » tant de bénédictions, et beaucoup d’autres aussi ;
» enfin, c’est en ces pays que quelques-uns de ces » Messieurs, qui ont paru ensuite avec tant d’éclat » dans Paris, ont commencé à goûter la douceur » de ce ministère. (1) » Le Père de Condren espérait, en effet, que les missions de M. Olier seraient une source de grâce, et ranimeraient le zèle des âmes dans la congrégation de l’Oratoire, et même dans le clergé. Dans ce dessein il aurait désiré, comme il l’écrivait, vers ce même temps, à M. Barthélemi de Donnadieu, évêque de Comminge, ami intime de M. Olier, qu’un Père de l’Oratoire, en qui il avait mis une entière confiance, eût pu y assister. « Le Père Barrême achève son Carême à » Joyeuse * , disait-il ; j’eusse été bien aise qu’il eût » été en la mission que fait M. l’abbé Olier de Pè- » brac, pour voir l’ordre qu’ils tiennent, et appren- » dre avec eux ce que Notre-Seigneur leur voudra » enseigner, et ce que l’expérience leur montrera. » On me mande des merveilles de la grâce qu’il » plaît à Dieu de répandre sur leur travail. Il est » vrai qu’ils s’y conduisent fort apostoliquement(2).» Ces exemples touchants et ces fruits extraordinaires de grâce inspirèrent sans doute à M. Amelote et à M. de Bassancourt le pieux dessein dont parle le P. de Condren dans la même lettre : « Ces Messieurs » sont sur le point de commencer une mission en » Saintonge. Ils partiront d’ici à pied, le bâton à la » main et sans serviteurs, et iront commencer par » un pèlerinage à Notre-Dame-des-Arclilliers (3). » Ils arrivèrent, en effet, de la sorte en Saintonge, et prêchèrent la mission à Champ-Dolent, dont M. Amelote était Prieur depuis longtemps, et où il faisait alors sa première visite (4).
Pour éviter la répétition des mêmes choses, qui se renouvelèrent dans chaque mission, nous nous contenterons de rapporter ici les principaux traits
(I) mémoires aut. de M. Olier, 1. 1, p. 133, 134, 135. — Vie de U.
Olier, par M. de Bretonvilliers ,t.
* NOTE 5, p.
(2) Lettre aut.
du Père de Condren à M. de Donnadieu.
(3) Ibid.
(4) Récit de l’enfance du Père Amelote.
Fruits étonnants de ces missions. Zèle de M. Olier.
Olier, par M. de Bretonvilliers,t.
(2) Ibid. t. i, p. 185.
(3) Ibid. t. 1, p. 185.
; 4 ,i Vie de M.
Olier , par M. de Bretonvilliers,l.
î, p. 1S3. — L’Année Dominicaine, etc. — - Remarques historiques, t. m, p.
répandus dans les divers mémoires que nous avons sous les yeux. A peine cette compagnie d hommes apostoliques avait-elle passé dans un canton, que, de toutes parts, on voyait accourir les pauvres habitants, non-seulement des campagnes voisines, mais des bourgs et des villages même les plus éloignés. Ils s’estimaient assez récompensés de leurs longues fatigues, par la paix de la conscience quils remportaient, après être rentrés en grâce avec Dieu. Restitutions, ennemis reconciliés, procès terminés au gré des parties f ; hérétiques ramenés à l’Eglise, pécheurs scandaleux, qui avaient vieilli dans le libertinage, devenus des exemples de ferveur; familles entières, divisées depuis longtemps, vivant enfin dans la concorde et l’union la plus parfaite ; une infinité de sacrilèges réparés par des confessions générales, accompagnées des marques les moins équivoques d’un sincère retour (1), tels étaient les effets ordinaires que produisait chaque mission (2); en sorte que, parmi les curés qui avaient pour leurs troupeaux la charité que doit un pasteur à ses ouailles, c’était à qui attirerait les missionnaires dans sa paroisse, pour en bannir les désordres, et y faire fleurir la piété. « Riches et » pauvres, prêtres et peuples, tous profitaient telle- » ment de la mission, que la face de chaque pa- » roisse, qui recevait cette grâce, était totalement » renouvelée et n’était plus reconnaissable (3). » Pour entretenir dans son serviteur ce zèle ardent du salut des âmes, et ne lui laisser aucun relâche au milieu de tant de fatigues et de sueurs, Dieu permit que, durant ces travaux, il fût affligé de peines intérieures (4). M. Olier les avait éprouvées, comme on l'a dit, à l’occasion d’une mission que les prêtres de Saint-Lazare donnèrent aux peuples
Olier, par M. de Rretomilliers,l.
f M. Olier avait avec lui, dans ses missions, un homme spécialement chargé d’accommoder les différends à l’amiable \5).
SECONDE MISSION D'AUVERGNE
des Cévennes, et à laquelle il ne prit point de part (1). « Croyant avoir été infidèle à la grâce, dit- » il, je fus si affligé pendant deux ans, et je souffris » tant de remords et de scrupules, et même de » sécheresses et de grandes obscurités, que sou- » vent, le long du jour, je me jetais à genoux, et » disais à Dieu avec larmes et soupirs : Mon Dieu, » dont la puissance est infinie, et dont la sagesse a » des ressorts sans nombre, réparez par vos inven- » tions la perte que vous souffrez par mes infidéli- » tés ; envoyez en ces lieux des personnes qui vous » servent mieux que moi ; je leur cède toute la » gloire que vous m’aviez présentée ; pour vous, » n’en souffrez pas. Je n’eus point de consolation » jusqu’à ce que j’appris que j’avais bien fait de ne » me point hâter, et que l’évêque du lieu n’eût » point agréé mes services, comme il le fit connaî- » tre. Je pense que ces douleurs servirent à expier » d’autres infidélités, dont je pouvais m’être rendu » coupable; et ce qui m’a beaucoup réjoui a été » d’apprendre, par la bouche d’un très-grand ser- » viteur de Dieu, que, vers ces temps, il alla en ce » même pays travailler avec grande bénédiction, et » que, bien qu’il fût obligé de prêcher aussi en Poi- » tou, il se sentit assez de forces pour aller aux Gê- » vennes. Dieu soit béni à tout jamais (2) ! »
Durant le cours de ces missions, et lorsque la vivacité de son zèle lui faisait encore ressentir ces remords cuisants, M. Olier, célébrant un jour le Saint Sacrifice à Clermont, se sentit porté à offrir à Notre-Seigneur les peuples du Velay, du Vivarais et de l’Auvergne ; dans ce moment il lui sembla que Dieu le chargeait du soin de ces provinces (3); mais n’osant prendre de lui-même aucune résolution, il en écrivit au Père de Condren. « Mon direc- » teur me manda, clit-il, que quand notre bon Maî- » tre m’aurait donné un esprit nouveau, je pourrais » parcourir ces provinces infectées de 1 hérésie, et » pour lesquelles Notre-Seigneur me donnait une
Olier, par lePère Giry, partie Ve.
chap.vu, — Remarques historiques, t. ni, p.
(2) ilém. aut.
de AI. Olier, t i, P- 150, 101.
M.Olierse dévoue aux diocèses de Clermont, du P uy et de Viviers.
Ministre confondu.
(3) M. Le lireton, Attestations aut. p. 176.
(1) Mém. aut.
deM. Olier, t. i, IJ. 139.
(2) Année Dominicaine, etc.
-Remarques historiques, t. ni, 464. — Vie de M.
Olier, parlePère Giry, part. 1", chap. vu. Ibid.
» particulière charité. Je prie notre bon Dieu de me » faire la grâce de les aider par moi ou par autrui ; » et j’espère y contribuer, en faisant tout ce que sa » bonté daignera me témoigner devoir leur être » avantageux, sans rien épargner pour la conver- » sion de ces provinces désolées (1). » M. Olier eut, en effet, la consolation d’y travailler au rétablissement de la religion et de la piété, non-seulement par les missions qu’il leur procura (2), mais encore par les séminaires de Viviers, du Puy et de Clermont, qu’il y établit avant sa mort, et qui, en donnant à ces provinces une suite non interrompue de zélés pasteurs, y ont rendu permanent le bien qu’il s’était efforcé d’y produire.
Son zèle pour la conversion des hérétiques de ces contrées, sembla prendre de nouveaux accroissements par les bénédictions dont Dieu se plut dès-lors à le couronner. Un ministre, fort accrédité dans le pays, et qui s’était vu défié publiquement, par l’un des prêtres de saint Vincent de Paul, trèsbabile controversiste, profita de l'absence de ce missionnaire pour défier lui-même les autres à son tour ; il leur proposa donc d’entrer avec lui en explication sur les matières qui divisent les calvinistes d’avec l’Eglise Romaine. « Me voyant aban- » donné à moi-même, dit M. Olier, je n’eus re— » cours qu’à mon Dieu, et me mis en prière, lui » demandant qu’il lui plût me défendre, et suppléer » à mon ignorance qu’il savait être aussi grande » que possible; après quoi, je fis dire au ministre » que volontiers je m’aboucherais avec lui, et que, » puisqu’il voulait disputer, j’étais tout prêt à le » recevoir. Il se met, en effet, en chemin pour ve- » nir nous trouver, et arrive tout proche de la mai- » son où nous demeurions ; mais à peine a-t-il ren- » contré une croix, qui est à cinquante ou soixante » pas, que tout-à-coup, saisi d’une secrète frayeur, » il rebrousse chemin, et s’en retourne à sa maison » sans plus oser paraître : comme si le signe de la
SECONDE MISSION D’AUVERGNE 183
» croix, qui chasse nos ennemis, l’eût mis en fuite » lui-même. Notre bon Dieu a grande pitié de ses » pauvres ouvriers, et se plaît à les défendre de la » confusion : tant il est vrai que quiconque a re- » cours à Dieu, et se confie en lui, ne sera jamais » confondu (1). »
Dans chacune de ses missions, M. Olier eut la consolation de gagner plusieurs hérétiques à l’Eglise, en même temps qu’il ramenait ou qu’il affermissait les catholiques dans la pratique de leurs devoirs. C’était partout la même abondance de grâces ; les mêmes prodiges se renouvelaient à chaque mission. A la fin de la quatrième, il écrivait, le 10 février 1637, à saint Vincent de Paul et aux ecclésiastiques de la Conférence de Saint-Lazare, la lettre suivante qu’Abelly nous a conservée (2) :
« La quatrième de nos missions a été terminée » il y a quinze jours, et il s’y est fait plus de mille » confessions générales, quoique nous ne fussions » que six ouvriers, et, sur la fin, huit. Nous étions » tous accablés par l’affluence du peuple qui y » abordait de sept ou huit lieues de pays, nonob- » stant la rigueur du froid et l’incommodité du » lieu, qui est un vrai désert. Ces bonnes gens ap- » portaient leurs provisions pour trois ou quatre » jours, et se retiraient dans les granges, et là on » les entendait conférer ensemble de ce qu’ils » avaient ouï à la prédication et au catéchisme ; et » à présent l’on voit ici les paysans et leurs femmes » faire la mission eux-mêmes dans leurs familles,
» les bergers et les laboureurs chanter les com- » mandements de Dieu dans les champs, et s’in- » terroger les uns les autres de ce qu’ils ont appris » pendant la mission fi. Enfin, la noblesse, pour
(I) Jfém. aut.
de M. Olier, I . i, p. 138. — Vie Ms. deM. Olier, par M. de Brclonvilliers, l. i, p. 186.
Lettres à MM. de la Conférence de St. -Lazare.
(2). Abelly, liv.
H, chap. i, — Collet, 1. il, p. 352.
fi La dévotion à la sainte Vierge, dit ailleurs le serviteur de Dieu, a depuis continué dans ces cantons, et l’on voit encore ces pauvres gens porter toujours leur chapelet
M. Olier sanctifie aussi les petits enfants, et inspire le même zèle au clergé.
(I) Vie Ms de M. OUer , par M. de Bretonvil- 154*
(2) Mémoires aut. de M. Olier,
» laquelle il semblait que nous ne parlions pas, » nous servant d'un langage aussi grossier que » nous le faisions, après s’être acquittée chrétienne- » ment et exemplairement de son devoir, ne nous » a pu laisser partir qu’en fondant en larmes. Cinq » Huguenots ont abjuré leur hérésie en cette der- » nière mission, quatre desquels, qui nous fuyaient » auparavant, sont venus eux-mêmes nous y cher- » cher; et cela, Messieurs, pour nous apprendre, » comme vous me l’avez souvent enseigné, que la » conversion des âmes est l’ouvrage de la grâce, » que nous y mettons souvent empêchement par y> notre propre esprit, et que Dieu veut toujours » opérer, ou dans le néant, ou par le néant ; c’est- » à-dire, en ceux et par ceux qui reconnaissent et » confessent leur inutilité et leur impuissance. » Une des fonctions de la mission,' à laquelle M. Olier s’attachait de préférence, était l’instruction des enfants. On ne se lassait point d’admirer la charité ingénieuse avec laquelle il savait captiver leur attention, en leur expliquant les éléments de la doctrine chrétienne, ou en leur faisant goûter le lait de la piété. Après les pénibles travaux de la confession et de la prédication, c’était là un de ses délassements ordinaires ; l’humilité avec laquelle il traitait les enfants, et le tendre amour qu’il leur témoignait, attiraient mille bénédictions sur son ministère. A le voir ainsi s’abaisser, on eût dit qu’il se mettait au-dessous du plus petit d’entre eux, et qu’il se serait estimé heureux d’avoir à exercer cette fonction toute sa vie (1). Pour leur rendre la mission utile, ainsi qu’aux autres fidèles, il les préparait, par des catéchismes et des exercices journaliers, à une communion générale, cérémonie touchante qui tirait des larmes de tous les assistants. Elle était précédée d’une autre non moins
à la main et le réciter lorsqu’ils vont au travail ou qu’ils en reviennent (2).
SECONDE MISSION D'AUVERGNE
attendrissante; les enfants interpellés promettaient à haute voix d’observer le quatrième commandement : Tes père et mère honoreras, afin que tu vives longuement, et allaient ensuite en procession dans la paroisse avec l’ordre et le recueillement le plus religieux.
Non content de se livrer ainsi à l’instruction des petits enfants, M. Olier sut communiquer encore ce même esprit de zèle aux ecclésiastiques de ces provinces. Jamais on n’y avait vu les curés plus assidus à catéchiser la jeunesse, et à prêcher la doctrine chrétienne à leurs paroissiens. Un grand nombre de chanoines et de Prieurs se livrèrent, comme à l’envi, à cette fonction, prêchant et catéchisant dans les villes et les campagnes ; en sorte que les ouvriers apostoliques, en petit nombre dans la plupart des cantons avant l’arrivée de M. Olier, s’y trouvèrent dès-lors en abondance, toujours prêts à partir au premier signal (1). «Je ne puis » m’empêcher de penser, dit-il lui-même, que ce » changement admirable ne soit l’effet des prières » de Sœur Agnès, cette sainte âme, qui a tant prié » Dieu pour apaiser sa colère, et convertir les peu- » pies de ces contrées. La pensée du Père de Con- » dren était que bien souvent tout le fruit d’une » prédication avait été obtenu par les prières de la » plus pauvre petite femme qui soit dans l’église ; » au lieu que le prédicateur, simple canal de la » grâce, n’a pour lui, dans son partage, que la pure » vanité. Dieu m’en préserve à tout jamais, et me » pardonne toute celle du passé. (2) ! »
Pour fournir un aliment à lâ ferveur qu’il avait allumée dans les cœurs de ces ecclésiastiques, M. Olier porta les chanoines de l’église cathédrale et les ecclésiastiques du Puy à former une compagnie semblable à celle qui se réunissait à Saint-Lazare, et leur donna les mêmes règlements, avec quelques légères modifications. Il ne se sépara d’eux qu’après les avoir accoutumés à s’assembler toutes
; 1 - Vie Ms. de M. Olier, par M.
de Bretonvilliers, 1. 1, p. 185.
— V ie du même, par le Père Giry, repartie, chap.
vu - — Bemarq.
hist.t. m, p 513.
de M. Olier, t. x, p. 135. — Vie de M. Olier, par M.
de Bretonvilliers, t. t, pag.
Zèle de M.
Olier pour la sanctification du clergé des diocèses du Puy et de S.- Flour.
Olier , par M. de BretonvillierSjt.
i, p. 151, 185, 190. — M. deliéget, Altestatv ns ant. p. 17 1.
(2) Abelly, 1.
U. chap. m, seU.
v. -- Collet, t. î, p. 203.
(3) Abrégé du 9" cahier des Mémoires ant.
de M. Olier , par M. Bourbon.
(4) Analyse du 9' cahier, etc. par M. Leschassier, p. 35.
(5) Abrégé du 9' cahier par M.
Bourbon.
les semaines, pour conférer ensemble sur les devoirs de leur vocation, et se renouveler dans la piété sacerdotale (1); et, comme il ne faisait rien sans en rendre compte à saint Vincent de Paul et aux ecclésiastiques de la Conférence de Saint-La« zare, il leur écrivait la lettre suivante : « Vous êtes » établis, par Notre-Seigneur, dans la ville de Pa- » ris, comme des lumières posées sur un grand » chandelier pour éclairer tous les ecclésiastiques » de la France ; à quoi vous devez être particulière- » ment encouragés par les grands fruits que fait » dans la ville du Puy la compagnie de messieurs » les ecclésiastiques qui ont heureusement parti- » cipé à votre esprit. Ils donnent des exemples de » vertu qui ravissent toute la province ; les caté- » chismes se font par eux en plusieurs endroits de » la ville ; la visite des prisons et des hôpitaux y » est fréquente; et, à présent, ils se disposent pour » aller faire la mission dans tous les lieux qui dè- » pendent du Chapitre. Je demeure confus, voyant » leur zèle, et de ce qu’ils désirent que j’aille faire » l’ouverture de leur mission, en étant si peu ca- » pable (2). »
Dans ses Mémoires, M. Olier, en faisant l’éloge du Chapitre du Puy, forme le vœu de voir d’autres Chapitres imiter un si bel exemple (3). Ces désirs ne furent pas entièrement stériles ; il eut lui-même la consolation d’établir une sainte émulation de ferveur entre le chapitre du Puy et un autre également considérable qu’il ne nomme pas. « Ces Cha- » pitres, dit-il, catéchisent, confessent, donnent les » exercices aux ordinands, font des missions, édi- » fient par leur modestie ; et ils se sont présentés » l’un et l’autre à leur évêque, pour être ses pré— » curseurs dans ses visites (4). » Il ajoute que le Chapitre de Noyon imita l’exemple de celui du Puy, et que tous deux s’étaient unis de société à l’assemblée des ecclésiastiques de Saint-Lazare (5).
Abelly, en rappelant une lettre que M. Olier avait
SECONDE MISSION D’AUVERGNE
écrite aux membres de cette même assemblée, au mois d’octobre 1636, nous fait encore connaître ce que le serviteur de Dieu entreprit pour la réforme du clergé du diocèse de Saint-Flour. « Ce très- » digne abbé, dit-il, ayant obtenu de M. l’évêque » de Saint-Flour son agrément, pour faire la re- » traite aux curés du diocèse dans son abbaye de » Pébrac, et même les exercices de l’ordination. » comme il se pratiquait à Paris ; il écrivit une let- » tre, au mois d’octobre de l’année 1636, à MM. les » ecclésiastiques de la Conférence de Saint-Lazare, » de Paris, pour leur demander du secours, en leur » représentant qu’il y allait de la réformation de » tout un diocèse (1). » Il reçut les curés et les ordinands dans son abbaye, les défraya durant tout le temps des exercices, et procura même aux plus pauvres les secours temporels nécessaires à eux ou à leurs paroisses. Le grand ascendant qu’il avait sur eux, et la confiance qu’ils lui témoignaient en toute rencontre, était l’effet de la sainteté de sa vie, surtout de son humilité et de son désintéressement. Etant un jour à Saint-Ilpise, il pria son grand vicaire, frère Guérin Joanneur, religieux, d’aller à Pébrac pour lui apporter quelques papiers dont il avait besoin ; celui-ci refusa d’obéir, ce qui obligea M. Olier à lui dire quelques paroles un peu dures ; mais quelques heures après, il en eut tant de déplaisir, qu’il chercha ce Religieux pour se jeter à ses genoux et lui demander pardon (2). Dans une assemblée, que l’évêque de Saint-Flour avait convoquée pour régler l’imposition des dîmes sur les bénéfices de son diocèse,' ce prélat et les autres membres de l’assemblée sachant le saint usage que M. Olier faisait de ses revenus, lui offrirent de décharger son abbaye ; il en parut choqué, et leur répondit ces paroles, qui leur donnèrent encore une plus haute opinion de sa vertu : « 11 n’est pas » raisonnable, Messieurs, de soulager les abbés, » qui ont d’ordinaire beaucoup de revenus, et ne
(1) Abelly, liv.
i, ch. 32, Ms.
(2) M. Valentin, Attestations aut. p. I7G. — Vie de M. Olier, par M. de Brctonvilliers, t i, p. 155, 15G.
(1) M. le B / eton, A ttestatii ns aut. p. 175.
(2) M. Valentin, Attestations aut. p. I7ii. — Vie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, t. i, p. ISO, 154.
Olier, par M. de B relu milliers, t.
i, p. 155. -- M- Valentin, Attestations nul. p.
Plusieurs gentilshommes le poursuivent à main armee.
» font rien, pour faire peser toutes les charges sur » les pauvres curés, qui travaillent beaucoup et » n’ont qu’un revenu fort modique (1). » Un ecclésiastique, qu’il avait chargé de régler ses comptes avec le fermier-général de son abbaye, vint lui apporter l’acte de ce règlement, et une somme de plus de 5000 livres qu’il avait touchée pour lui. M. Olier signa les comptes sans vouloir les vérifier, quelque instance que lui en fit cet ecclésiastique, et il abandonna la somme pour qu’on l’employât à faire de nouvelles missions : enfin, dans l’espace de dix-huit mois, il dépensa plus de 16,000 livres, tant pour la subsistance des missionnaires, que pour soulager les pauvres de ces cantons (2).
Autant il avait soin de ses coopérateurs, autant il semblait s’oublier lui-même : lorsqu’il allait à Vieille - Brioude, dans le voisinage de laquelle étaient situées diverses dépendances de son abbaye, il logeait chez le Prieur, qui se faisait un honneur de lui céder sa chambre, comme à son abbé : elle était à deux lits, l’un destiné pour luimême, l’autre pour un ecclésiastique qui l’accompagnait; et c’était toujours ce dernier que M. Olier retenait pour son usage, parce qu’il était fort petit et très-simple (3). S’il se plaignait alors, c’était d’être traité avec trop de ménagement, et de ne point assez pratiquer la pauvreté évangélique. M. Reboul, archiprêtre du diocèse de Saint-Flour, ayant eu occasion de l’accompagner quelquefois dans ses voyages, rapportait depuis, que la grande et continuelle application de M. Olier à Dieu lui faisait oublier de prendre ses repas, et qu’il l’avait chargé de l’en faire souvenir.
Pendant que M. Olier semait avec tant de fruit dans le champ du père de famille, l’homme ennemi n’épargna rien pour anéantir ses travaux. Dieu permit que plusieurs habitants des environs de Pébrac lui suscitassent de grands obstacles ; et que, pour récompense de son zèle, il ne reçût que
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des injustices et des vexations de la part même de ceux qui auraient dû montrer plus d’empressement à le seconder. Entre les habitants les plus riches et les plus recommandables du pays, il s’en trouva qui se firent un mérite de le persécuter, et qui, non contents d’avoir usurpé une partie des biens de son abbaye, soulevèrent contre lui tous les libertins du canton, qui ne voulaient pas entendre parler de mission et de réforme. Enfin, les mieux disposés n’osaient prendre parti pour lui. voyant qu’il avait à lutter contre des ennemis que leur force et leur audace rendaient redoutables (1). «Je me voyais environné, dit-il, de la noblesse de » France la plus violente et la plus animée contre » moi, tant à cause de mon bien d’église, auquel ils » portaient envie, qu’à cause des emplois que je » venais de remplir. Je n’avais donc que Dieu seul » pour moi, et, sans doute, il était assez fort pour » me défendre. Il y avait, dans les environs, une » douzaine de gentilshommes qui venaient pour » intimider les paysans, lorsque je voulais donner » les fermes au plus offrant, et qui les empêchaient, » par leurs menaces, d’enchérir sur le prix, afin » qu’à leur défaut, je me visse obligé de remettre
» entre leurs mains les terres de mes bénéfices .
» J’avais affaire, moi seul, à l’homme du monde le » plus dangereux, qui me suscitait toutes ces tra- » verses ; il s’était rendu redoutable à tout le pays » par ses actes de violence, surtout depuis un at- » tentât audacieux qu’il avait commis, en poignar- » dant, dans son lit, un M. de Montmorency, oncle » ou cousin du duc de ce nom qui a été déca- » pité (2). »
Tel est le récit que fait M. Olier de la pénible situation où il se trouvait alors. Rien ne put cependant abattre son courage; la prière, la patience et la confiance en Dieu étaient les seules armes dont il savait user contre ses persécuteurs, et l’unique vengeance qu'il avait appris à tirer de
Olier, par lePère Giry, partie 1", chap. vu. -- Remarques historiques, 1. m, p.
(2) Mém. aut.
de M. Olier, 1. 1, p. 114, 115. — Année Dominicaine, etc. --Remarques historiques, t. 3,p. 404.
Dieu le protège dans les dangers.
(l)Mém. aut.
de M. Olier, t. i, p. 112, 113.
leurs vexations : ces armes ne furent pas impuissantes. « Je me souviens, dit-il, d’une protection » bien remarquable dont Dieu nous favorisa pen- » dant nos missions. Revenant un jour d’exhorter » de pauvres peuples, et étant seul et mal monté, » je rencontrai, par la campagne, à vingt pas de » moi, deux cavaliers, accompagnés d’un homme » de pied, qui paraissait leur servir d’espion. Dès » qu’ils m’eurent aperçu, ils mirent la main au » pistolet, qu’ils tirèrent du fourreau, attendant » ma rencontre; mais, au lieu d’aller les joindre, je » me détournai vers une petite chapelle, devant la- » quelle j’avais catéchisé quelques pauvres trois » jours auparavant. Lorsque j’étais dans cette ap- » préhension, un prêtre assez éloigné de moi, et » qui était au bas d’une vallée, ayant pris l’alarme, » accourut vers moi pour me secourir. Il vint à » moi à toute bride, croyant que ces gens avaient » tiré l’épée contre moi ; car, dans l’éloignement » où il était, il avait pris la lueur de leurs pistolets » pour l’éclat d’une épée nue. Dès qu’il m’eût joint, » il me dit avec une hardiesse non pareille : Allons, » allons ; et me pressa de pousser auprès d’eux » avec courage ; ce que nous fîmes avec d’autant » plus d’assurance, que, dès qu'ils avaient vu de » loin ce prêtre venir se joindre à moi, ils avaient » remis leurs pistolets dans le fourreau. Je prie » Notre-Seigneur de vouloir me conserver tou- » jours sous sa sauvegarde (1). »
Dans le temps même où l’orage formé contre M. Olier, par les gentilshommes des environs de Pébrac, grondait le plus contre lui, il éprouva combien Dieu se plaît à adoucir, en faveur des siens, les hommes les plus féroces, et à changer pour eux les loups en agneaux. « Par une conduite admi- » rable de la protection de Dieu, qui favorise ses » moindres petits serviteurs, dit-il, sur la fin d’une » grande maladie que j’eus après nos missions, le » gentilhomme le plus intraitable et le plus dange-