MARIE DE VALENCE
» reux dont j’ai parlé, vint me visiter dans mon » lit, me témoignant par là son déplaisir pour » toutes les peines qu’il m’avait causées; il était » accompagné de sa femme et de trois de ses » filles (1), les seules qu’il eût alors dans le pays.
» Ce trait me fit singulièrement admirer et adorer » la providence de Dieu, qui humilie, comme il lui » plaît, et exalte les siens selon son bon plaisir (2).
» Je dirai encore qu’un jour, m’en revenant au pe- » tit pas, il prit tout-à-coup à mon cheval un ca- » price qui le fit sauter du lieu où je marchais dans » un chemin fort bas qui était à côté ; me voyant » ainsi en l’air, tout surpris de ce saut inopiné, je » me mis à crier : Ah ! mon Dieu, mon amour ! et » sur-le-champ mon cheval s’arrêta (3). »
Ce fut vers ce même temps que M. Olier connut Marie Tessonnière, l’une des âmes les plus élevées de son siècle, et qu’on a comparée à sainte Thérèse, pour l’éminence de ses dons. Cette sainte veuve, appelée communément Marie de Valence, de la ville où elle résidait, s’était mise autrefois sous la conduite du Père Coton, Jésuite, pour se prémunir contre les illusions qu’elle redoutait souverainement ; et, depuis que ce guide sage et éclairé eut dissipé ses inquiétudes, elle fit toujours de nouveaux progrès dans les voies de la perfection (4). Le cardinal de Bérulle, saint Vincent de Paul, et d’autres grands personnages de ce temps, en avaient la plus haute estime; jusque là que saint François de Sales ne craignait pas de l’appeler une relique vivante *. Durant le cours de ses missions, M. Olier eut la pensée d’aller la visiter, et, dans ce dessein, il se rendit à Valence (5). Cette sainte femme, alors âgée de plus de soixante ans, était sans cesse occupée des moyens de glorifier la très-sainte Trinité : c’était là son attrait dominant, et comme sa grâce particulière. L impression qui saisit M. Olier en la voyant, et les mouvements extraordinaires de religion qu il ressentit, lui firent
Olier, par le Père Giry, partie 1". cl,, vu. — Remarques historiques, p. 513.
(2) Mém. Ib.
(3 Ib. p. 158.
Union de M.
Olieravec Marie deValence.
(4) Vie du Père Coton, par lePère d’Orléans, in- 4° 1688, p. 274,
* NOTE 6. p.
(1) Mémoires aut. de M. Olür, t. n, p. 26.
(2) Ibid. t. v.
p. 388 et suiv.
(3) Espiit de M. Olier, t. n, p. 363 .
croire que Dieu le mettait lui-même en participation de la même grâce. Dès ce moment et jusqu’à sa mort, il éprouva un désir ardent d’imprimer le respect et l’amour de l'adorable Trinité dans tous les cœurs; désir qui l’a porté à composer la belle prière du matin, par laquelle les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice honorent tour à tour les trois divines personnes et se consacrent à elles (1).
Marie de Valence éprouva, de son côté, des impressions intérieures toutes semblables, et se sentit pénétrée de respect en la présence du serviteur de Dieu, comme si elle se fût approchée de Jésus- Christ, caché au très-saint Sacrement de l’autel.
«Après la mort de Sœur Agnès, dit-il lui-même, » Notre Seigneur me donna la connaissance de Sœur » Marie de Valence, qui me témoigna tant d'ouver- » ture , que, depuis la mort du Père Coton, son » directeur, elle n’en a jamais tant témoigné à per- » sonne ; jusque là qu’elle voulut me découvrir » toutes les grâces qu’elle avait reçues depuis la » mort de son directeur , et m’apprendre celles » qu’elle avait mises par écrit de son vivant ; elle a » pour moi une vraie charité de mère (2). » Le dessein de la Providence, en formant cette union entre eux, fut de donner à M. Olier un nouveau secours qui l’aidât dans l’œuvre de sa sanctification, et de nouvelles lumières sur sa vocation future. L’une des dévotions de Marie de Valence était de prier chaque jour pour le clergé séculier. Elle demandait à Notre-Seigneur de remplir tous les prêtres de piété, de science, de pureté d’intention, de zèle, de détachement (3), en un mot de toutes les vertus apostoliques ; et l’on est fondé à croire que, pour consoler sa servante, Dieu lui fit connaître quelque chose du renouvellement qu’il allait opérer dans l’ordre sacerdotal. Au moins lui donna-t-il une vue surnaturelle de la destinée de M. Olier, comme ce dernier nous l’apprend. « Ce fut Marie de Valence,