M. OLIER REVIENT A PARIS
Ce fut à cette occasion que saint Vincent , instruit déjà par ses missionnaires des succès étonnants de ses missions, lui dit en l’embrassant ; « Je ne sais » comment vous faites, mais la bénédiction de Dieu » vous suit partout où vous allez (1). Cela est vrai, » ajoute M. Olier , et je puis bien le dire à la seule » gloire de mon Maître : dans ces missions d’Au- » vergne, où nous étions de pauvres petits ouvriers » de paille, qui n’avions aucune vertu, il y avait des » bénédictions admirables, et tout autres que celles y> que Dieu a répandues depuis sur nos travaux, » quoique nous eussions avec nous , dans ceux-ci, » des hommes de savoir et de grande piété (2), » S’il eût suivi son attrait, M. Olier serait promptement retourné dans ces contrées, où Dieu faisait fructifier si abondamment sa parole. «J’ai toujours » eu ce déplaisir de m’en voir éloigné, écrivait-il » dans la suite. Le Père deCondren, mon directeur, » a eu seul le pouvoir de m’empècher d’y retour- » ner , désirant m’associer à cette sainte assemblée » avec laquelle je vis maintenant. Dieu sait l’état de » mon cœur, et le désir perpétuel dont je brûle pour » le service de ces pauvres âmes. J’attends L’ordre » du Maître qui me délie ou m’attache, pour le » suivre fidèlement (3). »
Le Père de Condren. toujours occupé de la pensée des séminaires , songeait alors à réunir en société les ecclésiastiques dont nous avons parlé. Pour les séparer déjà de leurs familles , en les éloignant de Paris, il détermina, au printemps de cette année 1638, M. du Ferrier à aller passer l’été avec M. de Bassancourt et M. Amelote à Champ- Dolent, en Saintonge, où ils firent quelque temps en commun leurs exercices de piété ; et peu après il leur envoya M. Meyster pour les former aux travaux des missions (4) * , tandis' que M. Olier et les autres exerçaient leur zèle dans les environs de la capitale. Ce fut probablement alors que ceux-ci prêchèrent, au-delà de Saint-Germain,
Olier, par M. de Bretonvilliers t.
i, p. UH). — Vie du même, parle Père Giry, part.
I", chap vu.— Remarques historiques, I. m, p. 5 13.
(2t Mêm. avide M. Olier, t.
i. p. 139. — Collet, t. î, p. 20) .
(3 Ibid. t. i, p. 13).
M. Olier, allant en mission, traverse St-Germainen-Laye dans une charrette.
(4) Récit, de V enfance duPère Amelote ; lettres aut . dit même.
* NOTE 8, p.
( 1) Vie Ms. de M. Olier , par M. de Bretnnvü-
une mission que Dieu bénit, sans doute pour récompenser l’humilité avec laquelle ces dignes ouvriers l’entreprirent. Obligé dépasser par cette ville, où se trouvait le Roi avec toute la Cour, M. Olier, alors sur les rangs pour l’épiscopat, fut bien aise de pratiquer, en cette occasion , la pauvreté évangélique, et de donner un rare exemple de renoncement. Car, au lieu de faire le voyage dans une voiture convenable, il proposa à ses amis de le faire dans une charrette. Quelques-uns lui représentèrent que plusieurs de la compagnie étant connus de la Cour, un tel équipage les ferait passer pour des extravagants, et que cette singularité ne pouvait manquer de donner lieu à des dérisions capables d’empêcher tout le fruit de leur ministère. Mais ces représentations ne lui firent point changer d’avis. « Notre-Seigneur entrant dans Jérusalem » monté sur une ânesse , leur répondit-il, nous a » appris le cas que nous devons faire de tout ce » qu’on pourra dire de nous. Ne s’est-on pas moqué » de lui, qui était la sagesse et la sainteté même ? » Ne s’est-on pas moqué des Apôtres , lorsqu’ils » annonçaient l’Evangile? Non, non, Messieurs, ne » marchandons point, étalions promptement. » Il montra tant de résolution , que sans oser insister davantage , tous consentirent à partager avec lui la confusion qu’ils avaient cru d’abord convenable d’éviter (1).
NOTES DU LIVRE CINQUIÈME
NOTE 1, p. 169. — Quoique M. Olier n’eût plus d’égards pour ses parents lorsqu’ils s’opposaient aux desseins de Dieu sur lui, il était toujours prêt, dans toute autre circonstance, à leur donner les témoignages de l’attachement le plus sincère, malgré la dureté de leurs procédés envers lui. « Mon frère aîné ne me connaît pas, écrivait-il dans la » suite, et j’ai pourtant été la cause de son mariage, selon le » sentiment commun. Outre ce que je fis au dehors pour » procurer la réussite de cette affaire, il plut à Dieu me faire y> faire bien des pénitences pour obtenir ce que les hommes » ne pouvaient avancer. Une fois entre autres, m’étant » retiré la nuit avec le crucifix de la Mère Agnès, pour faire » un acte de mortification, quoique cette pénitence fût assez » légère, ma mère en entendit quelque chose, et, montant » où j’étais, elle me trouva devant le crucifix en prière, » sans toutefois qu’il en parût rien, se doutant bien pourtant » en l’état où j’étais, de ce que je venais de faire. J’avais » toute confiance en mon Dieu, qu’il ferait réussir ce ma- » riage (1). »
NOTE 2, p. 171. — M. Olier dit, dans sa lettre à messieurs les ecclésiastiques de la compagnie de Saint-Lazare, du 24 juin suivant, que la mission de Saint-Ilpise commença le dimanche dans l’Octave de l’Ascension. Cette date est sans doute plus exacte que celle qu’on trouve dans ses Mémoires, écrits six ans plus tard, et où il fixe l’ouverture de cette mission au jour même de l’ Ascensioyi 1636.