PREMIÈRE MISSION DE LA REGRIPPIÈRE
» l’on n’entendait que des chansons du monde et » des nouvelles de gazettes, on n’entendit plus rè- » péter que ces mots : plaire à Dieu (1). »
De quarante qu’elles étaient, M. Olier en gagna quatorze, qui formèrent ensemble et dans un concert parfait le dessein de vivre en véritables Religieuses. Ce fut le jour même de sainte Madeleine; elles commencèrent leur retraite de dix jours le lendemain et la terminèrent le jour de saint Pi erreaux-Liens, 1er du mois d’août. M. Olier, qui honorait sainte Madeleine et saint Pierre, comme patrons et modèles des âmes pénitentes, ne put s’empêcher de remarquer cet heureux rapprochement. Ecrivant, l’année suivante, à l’une de ces Religieuses, et lui rappelant le jour de saint Pierre-aux- Liens: » Il y aura un an, jour pour jour, lui dit-il. » que le Ciel vous délivra de vos chaînes. Je serai, » s’il plaît à Dieu , fidèle à l’en remercier ; et je le » prierai qu’il vous dégage de mille menues choses » qui empêchent la parfaite union avec Dieu (2). » Il n’eut pas de peine à ramener ces quatorze Religieuses à la vie commune, jusqu’alors bannie de cette maison, et à les dépouiller de tout esprit de propriété, vice qui, une fois introduit dans un monastère, en fait toujours une maison de dissipation, souvent même de désordre (3). Un changement si inespéré produisit une grande sensation dans tout le pays ; et autant les gens de bien avaient été alarmés des scandales que donnaient depuis longtemps ces Religieuses , autant furent-ils consolés de ce commencement de réforme qu’y introduisit le zèle de M. Olier. Il en écrivit en ces termes au Père de Condren, le 26 août suivant : » Mon très-honoré » Père, après avoir été longtemps sans vous parler » des succès de l’Evangile, je vous dirai que j’ai re- » connu plus que jamais la puissance de Dieu sur » les cœurs. Nous avons vu, ces jours passés, des » conversions éclatantes s’opérer par les exhorta- » tions de ce chétif prédicateur, qui ne sait monter
(1) Mèm. aut.
de M. Olier, t. i, p. 142, H3, 144.
(2) Lettres aut.
de M. Olier, p.
Olier, par M. de Bretonvilliers,t.
i, p. 333.— Jd.
par lePèreGiry, part. lr% chap.
ix. Ibid. p. 515.
— L’Ami. Dominicaine, ibid. p.
(1) Lettres mil.
de M Olier, p.
Naissance de LouisXIV.La part que M.
Olier y prend.
(2) Essai sur l’influence de la religionenVrance, etc. t. i, liv.
n, p. 324. — Vie de M. Bourduise, Ms. in- 4°, p 493.
» en chaire que pour faire rougir l’Evangile ; c’est » pourtant avec un tel instrument, que Dieu a opéré » les merveilles que je vous raconterai à loisir. » Nous nous trouvâmes appelés au village nommé » la Régrippière, où il y a un prieuré de Fonte- » vrault. Après quelques rebuts ordinaires à notre » condition, nos exhortations furent reçues si heu- » reusement des Religieuses et du peuple, que cha- » cun était forcé de dire : Je suis vaincu, je me rends: » nous vîmes des effets prodigieux de la puissance » de Dieu sur les âmes. De la Régrippière nous » sommes venus à Nantes, où nous attendons M. » Vialar et M. Basseline fi pour les mettre un peu » en train et leur faire voir ce que c’est que la mis- » sion (IV »
La joie de M. Olier fut augmentée encore par l’heureuse nouvelle qu’il apprit, et-qui fit naître la plus vive allégresse dans tous les cœurs. Depuis longtemps la France gémissait sur la stérilité de la Reine: Louis XIII et Anne d’Autriche, après vingttrois ans de mariage, n’avaient point encore eu d’enfants, et le duc d’Orléans frère du Roi n’avait qu’une fille. De tous côtés l'on adressait à Dieu des vœux et des prières, lorsqu’enfin la grossesse de la Reine se déclara, et le 5 septembre 1638, à onze heures du matin, cette princesse mit au monde un Dauphin, depuis Louis XIY, regardé généralement comme un enfant de miracle, et surnommé pour cela Dieudonné (2).
La reconnaissance de M. Olier fut proportionnée à l’ardeur et à la générosité avec lesquelles il avait demandé à Dieu un s: heureux événement. Il ne l’avait pas seulement sollicité par des prières ferventes, il avait encore offert, pendant longtemps,
fi II paraît que M. Basselme, dont parle ici M. Olier, est le même qui fut établi vics-gérent et second official de Châlons par M. Vialar, .orsque celui-ci eut été promu au siège de cette ville. Vie de M. Bourdoise, manusc. in-4°, pag.