‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 129 sur 249 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

M. OLIER ENTREPREND LA REFORME DE LA REGRIP- PIÈRE ; IL SE RETIRE AU MONASTERE DE LA VISITA¬ TION, A NANTES, POUR Y RETABLIR SA SANTÉ. MIS¬ SIONS DIVERSES

M. Olier étant revenu à Paris, y fit, au mois de juillet, les exercices de la retraite 'spirituelle pour se préparer à de nouvelles missions; et. après sa retraite, on lui proposa en même temps, d’aller exercer son zèle dans deux provinces. « Etant fort » en peine, dit-il, à cause de l’absence de mon direc- » teur, je me mis en prière pour consulter Dieu, et » je me sentis puissamment porté à partir pour la » Bretagne (1). Peu de temps auparavant, j’avais été » tout pénétré de la nécessité de plaire à Dieu dans » toutes mes actions ; et cette grâce fut si forte, que » j’en ressens encore maintenant les effets (2). » M. Olier partit donc pour la Bretagne, et se rendit à son prieuré de Clisson. Il se proposait d’aller joindre de là M. Meyster, qui prêchait des missions en Saintonge (3), lorsqu’un fort rhume l’en empêcha, et l'obligea de s’arrêter quelque temps à Clisson. Il y fit de nouveau pour lui-même les exercices de la retraite spirituelle, se rendant fréquemment dans la chapelle de Notre-Dame-de-Toute-Joie *, pèlerinage voisin de son prieuré, où la très-sainte Vierge semblait prendre plaisir à le combler de consolations (4) ; il profita aussi de ce temps de convalescence pour faire quelques entretiens aux ecclésiastiques du pays (5).

Pendant qu’il rétablissait ainsi sa santé, il apprit que, à deux lieues de là, il y avait un Prieuré de

M. Olier part pour la Bretagne , et se rend à la Rcgrippière.

Olier, par le P.

Giry, partie lre, chap. rx — Remarques historiques, t. in, p.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, t.

(5) Mémoires deM.du Ferrier, Ms. Sainte -Geneviève, p. 07, 68, en. — Ms.

Bibl. Nation., p.

* NOTE 1 , p.

(4) Mémoires aut. de M. Olier, t. r, p. 151, t.

(5) f.eltres aut.

de M. Olier, p.

( 1 ) Mémoires de M. du Verrier, p. 141. — Vie de M. Olier, par le Père G iry , partie 1", ch n.

(2) VieMs.de M. Olier, par M.

deBrelonvilliers t. i, p. 3-28.

* NOTE 2. p.

(3) Ibid.

Religieuses de l’Ordre de Fontevrault, appelé la Régrippière, où le relâchement et l’esprit du monde avaient introduit, outre des divisions étranges, tous les abus qu'entraîne dans une communauté la perte de l'esprit intérieur (1). Il s’y rendit, poussé par un mouvement de zèle ; et, sans se faire connaître, il y demanda l’hospitalité pour lui et pour un missionnaire qui l’accompagnait; c’était le 20 juillet 1638. Une espèce de maladie épidémique faisait alors beaucoup de ravages dans plusieurs cantons de la province; les Religieuses, le prenant pour un homme qui fuyait la contagion, et craignant elles-mêmes de la contracter , lui refusèrent une retraite. Loin de se plaindre de ce traitement, l’humble disciple de Jésus-Christ y trouva un nouvel encouragement à son généreux dessein; et, sans retourner sur ses pas, il examina si, dans les cours qu’il avait traversées pour arriver à la porte du cloître , il ne rencontrerait pas quelque couvert pour passer la nuit. Il aperçut dans la basse-cour une masure qui servait de poulailler, et il y entra , espérant qu’au moins on lui permettrait de partager ce triste ré cluit avec les animaux confiés aux valets de la maison. Les valets, par respect sans doute pour l’habit et la personne d’un prêtre, n’osèrent en effet le contraindre d’en sortir, et il y demeura en paix, attendant les moments du Seigneur (2)*.

La tranquillité avec laquelle il venait de supporter le refus qu’on lui avait fait essuyer , la charité qu’on admira dans tous ses discours , la modestie et la religion qu'il faisait paraître dans ses prières, ne tardèrent pas à lui concilier beaucoup de respect de la part des personnes qui occupaient les dehors de la maison. L’opinion que l’on conçut de sa grande piété ayant pénétré dans l’intérieur du monastère, on l’invita à recevoir, dans le bâtiment des étrangers, un logement plus convenable; maisquelqueinstance qu'onluifit, sa réponse fut toujoursque sa petite loge était tout ce qu’il lui fallait (3). Un ma-

PREMIÈRE MISSION DE LA RÈGRIPPIÈrE 211

gistrat, président de la justice d’une ville voisine, qui se trouvait sur les lieux, ayant entendu parler de cet hôte inconnu , fut curieux de le voir. C’était une circonstance ménagée par la bonté divine, pour préparer le succès de la démarche qu’elle avait inspirée à son serviteur : le président particulièrement lié avec la famille de M. Olier , dès qu’il l’eût vu, n’eut rien de plus pressé que de le faire connaître aux Religieuses qui l’avaient d’abord si mal accueilli ; et, plus il leur témoigna combien il était recommandable par sa naissance , sa vertu et ses autres qualités personnelles , plus elles parurent affligées de ce qui s’était passé. Inconsolables de leur méprise, elles se hâtèrent de la réparer, en lui donnant aussitôt toutes les marques d’honneur et d’estime dues à un homme de ce mérite ; et , après lui avoir fait porter des excuses proportionnées à la faute qu’elles se reprochaient, elles le pressèrent d’entrer dans l’hospice pour y occuper le plus honnête appartement.

La conduite de M. Olier, dans cette occasion, paraîtra tenir trop de la singularité pour être universellement applaudie ; mais combien de traits plus singuliers dans les Saints de tous les siècles? Il remercia , avec son affabilité ordinaire , celles qui étaient venues de la part du couvent lui offrir une chambre, et répondit bien autrement qu’on ne s’y attendait. « Après que Jésus-Ciirist , mon maître, » leur dit-il, a voulu naître dans une étable, et de- » meurer si longtemps dans une crèche, il ne serait » pas raisonnable que je sortisse si promptement » d’un lieu où je me trouve si bien. » De nouvelles instances ayant été employées en vain, les Religieuses, aussi confuses que surprises de sa persévérance, ordonnèrent qu’au moins on eût soin de tenir les animaux de la basse-cour éloignés du misérable asile que ce vertueux hôte voulait de préférence occuper jusqu'à la fin. «Non , répondit- » il agréablement, ces pauvres bêtes qui mont si

M. Olier convertitl4deces Religieuses. Il écrit au Père de Condren.

(I) Vie Ms. de M. (Hier , par M. de Bretonvilliers, t. i, p.

(2) Vie du même, par le Père Giry, partie lr', eh. ix. — Jbid.

» bien reçu ne méritent pas d’être chassées; et si » la voix du coq a pu convertir le prince des Apô- » très , je ne désespère pas que Dieu ne se serve du » même moyen pour opérer enfin ma conversion. » Il fallut se rendre à sa prière (1).

Une humilité si profonde ne tarda pas à porter son fruit. Dès le lendemain du jour qui suivit ce combat d’honnêteté (2), quelques-unes des Religieuses désirèrent fortement de s’entretenir avec M. Olier. « La plus vaine de la maison, dit-il lui-même, » voulut me voir par curiosité. C’était une âme qui » marchandait avec Dieu, et lui demandait trois » ans de terme pour sa conversion; assez jeune, et » très-bien faite de corps et d’esprit , elle était vi- » sitée sans cesse par la noblesse du pays ; c’était le » coq de la vanité de la maison et de toute la pro- » vince. En venant me parler, elle passa par l’é— » glise du monastère, où elle sentit dès-lors que » l’heure de sa conversion était venue ; et, en me » voyant, il lui sembla voir Monseigneur de Genève,

» comme elle me l’avoua, durant la retraite qu’elle » fit ensuite. Elle fut en effet si fortement touchée,

» qu’elle résolut à l’instant de se convertir ; elle alla /> même trouver la Supérieure, et lui dit : Voici mon » apôtre, il faut que je me rende, je ne tarderai plus.

» Notre bon Maître voulut que, après cela, on me » priât de prêcher pour le lendemain 22 juillet. Je » le fis, et ce divin Sauveur donna tant de bénédic- » tion et de force à mes paroles , que non-seule- » ment cette Religieuse , mais plusieurs autres se » résolurent à faire leur confession générale et la re- » traite de dix jours : ce dont elles n’avaient jamais » eu la pensée. J’étais encore tout pénétré du sen- » tinrent qui, peu auparavant, avait fait une si vive » impression sur moi, c’est-à dire, que je devais •> plaire à Dieu dans mes actions ; et prêchant à ces » Religieuses, je prononçai deux ou trois fois ces » paroles: plaire à Dieu. Cela toucha si vivement t> les coeurs, que, dans cette maison, où auparavant

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