LA MÈRE DE BRESSAND ET LA MERE BOUFARD
il eut tout le temps de sedilier, en entendant raconter à cette sainte fille toutes les particularités de la vie du bienheureux évêque, dont elle avait été témoin pendant plusieurs années ; et il y prenait une satisfaction incomparable, disant qu’il souhaitait former sa conduite sur ce saint prélat (1).
La Mère de Bressand croyant retrouver en effet dans M. Olier quelque chose des vertus, des lumières et des grâces de saint François de Sales, ne mit point de bornes à son estime pour lui ; elle le pria même de la conduire dans les voies intérieures, et se dirigea depuis par ses conseils. L’auteur de sa Yie rapporte qu’elle avait conservé avec grand soin toutes les lettres de M. Olier; mais que, craignant de ne pas lui survivre, elle les brûla presque toutes, pour dérober ainsi la connaissance des grâces dont Dieu la comblait. «Plusieurs ecclésias- » tiques, qui communiquaient avec elle, ajoute-t-il, » en faisaient une grande estime; mais, par-dessus » tous les autres, ce grand serviteur de Dieu, M. » l’abbé Olier dont la sainteté est si connue aujour- » d’hui dans l’Eglise. » Aussi lui donna-t-il tous les détails de sa conversion et de ses divers rapports avec la Mère Agnès (2) : tant elle lui avait inspiré de confiance par sa simplicité, sa droiture et l’élévation de ses sentiments.
Durant son séjour à Nantes, M. Olier eut aussi les rapports spirituels les plus intimes avec une autre grande servante de Dieu, la Sœur Marie Boufard, dont la Yie a été pareillement donnée au public. Cette fille, née à Nantes d’une honnête famille, mais réduite à une grande pauvreté par la mort de son père, et devenue enfin maîtresse d’école, était en si grande réputation de sainteté, qu’on la consultait de toutes parts pour connaître la volonté de Dieu sur les affaires les plus importantes. Dès son enfance, elle avait été singulièrement prévenue de la grâce ; et Dieu lui avait inspiré des dispositions assez semblables à celles que
(1) Vie de la Mère de Kress and, in- 12 1(170 p. 29.
Sainte liaison deM. Olier et de la Mère de Bressand.
Ses rapports avec la Soeur Boufard.
(2) Vie de la Mère de Bressand, p 29.
* NOTE 0, p.
( I ) Vie de la Sœur Marie Michelle Buufard, in -8°. Nantes, Il 00. — Vies des Saints de Bretagne, 1S38, 1.
Vertus de la Sœur de la Roussière.
nous avons vues en M. Olier, surtout un tendre amour pour la très-sainte Vierge, et une dévotion extraordinaire pour le très-saint Sacrement, qui lui aurait fait désirer d’être lampe pour se consumer entièrement à sa gloire. Comme les faveurs et les grâces dont Dieu la comblait, passaient tout-àfait l’ordre commun, et qu’elle craignait extrêmement l’illusion, elle fut ravie de pouvoir s’ouvrir à M. Olier ; et ce serviteur de Dieu, trouvant en elle un esprit solide, un jugement droit, une simplicité rare, profita de ces heureuses dispositions pour la conduire dans la voie ordinaire des grandes âmes, la confiance aveugle et l’humilité * (1).
Il fut aussi témoin d’une faveur bien extraordinaire que recevait de Notre-Seigneur une Religieuse de la Visitation, dévorée pareillement d’une faim insatiable pour la divine Eucharistie, et qui s’appelait Françoise-Madeleine de la Roussière, fille d’un gentilhomme d’Anjou. Dans l’abrégé de ses vertus, que les Religieuses de la Visitation de Nantes firent imprimer après sa mort, elles s’expriment de la sorte : « C’était une de ces âmes qui » ne respirent que Dieu, et n’aspirent qu’à lui à » chaque instant; mais la veille de ses communions, » ce n’était qu’ardeurs et soupirs continuels pour » le Pain de vie. Elle en paraissait tout en feu, jus- » qu’à en avoir le visage baigné de sueur, au milieu » même de l’hiver. Notre-Seigneur a bien fait voir » le plaisir qu’il prenait à entrer dans cette âme. » Nous l’avons appris de plusieurs ecclésiastiques, » qui l’ont communiée, entre autres de feu M. » l’abbé Olier, qui, étant en cette ville, et logeant » dans la petite maison de nos jardiniers, disait » souvent la Messe en notre église, et communiait » nos Sœurs. Un jour il demanda à notre très- » honorée Mère de Bressane! comment se nommait » une des Sœurs qui avait une rougeur au visage » (c’était une marque qu’elle avait eue en naissant); » et, après qu’on la lui eut nommée, il dit qu’il fal-