‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 133 sur 249 · LA SOEUR DE LA ROUSSIERE · texte numérisé non relu

LA SOEUR DE LA ROUSSIERE

» lait bien que ce fût une âme très-pure, puisque » la sainte Hostie s’était détachée de ses doigts, et » avait été d’elle-môme dans la bouche de cette » chère Sœur. Un autre ecclésiastique, le recteur » de la paroisse de Nort, qui est encore vivant, » demanda, il n’y a pas longtemps, si la Religieuse » qui avait une marque au visage n était point » morte; que c’était assurément une Sainte; qu’il » la croyait telle, ayant vu la sainte hostie voler » dans sa bouche en la communiant (1). » Cependant la maladie de M. Olier traînait en longueur plus qu’on n’avait cru d’abord. Il écrivit au Père de Condren le 27 octobre de cette année 1638. « Mon très-honoré Père, depuis le départ de » M. Boudet, je n’ai pas eu un moment de santé par- » faite ; une rechute, qui m’a longtemps affaibli, a » prolongé ma maladie. C’est une fièvre tierce qui » a été cette année une espèce de contagion en » Bretagne, occasionnée, à ce qu’on dit, par les ex- » trêmes chaleurs qui ont précédé cet été. Le pau- » vre M. Vialar (je vous mande ceci en secret, car » je pense qu’il ne désire pas que madame sa mère » le sache) est atteint de la même fièvre ; mais la » différence est qu’il a pris son mal au champ de » bataille, et non pas moi (2). »

M. Olier profita de son séjour à Nantes pour affermir la réforme qu’il avait si heureusement commencée à la Régrippière. Il visita plusieurs fois ces Religieuses, et leur écrivit fréquemment des lettres pleines de ferveur, qui ne leur furent pas moins utiles que ne l’avaient été ses discours et sa présence. Ces lettres contribuèrent à l’affermissement de leur conversion, surtout en fortifiant le généreux courage de l’une d’elles, la Sœur de Vauldray, que M. Olier appelle la marque et le sceau de son apostolat, et qui paraît avoir été cette même Religieuse dont les exemples trop funestes avaient entraîné toutes ses Sœurs dans le mépris des règles et l’amour du monde. Sa conversion fut aussi du-

(1 ) Abrégé des vertus de notre très - honorée Sœur delà Roussière, in-4°, p. 5.

M. Olier consolide la réforme de la Régrippière.

(21 Lettres aut.

de M. Olier, p.

* NOTE 7, p.

M. Olier revient à Paris.

(I) Mémoires auU de M. Olier,

rable qu’elle avait été sincère ; et, depuis, elle conserva la plus profonde vénération pour M. Olier, qu’elle regarda toujours comme l’instrument de sa sanctification Enfin, avant de se séparer de cette communauté, il donna encore des avis de vive voix à toutes celles qui avaient profité de la grâce du salut, et leur laissa par écrit des maximes propres à conserver parmi elles la vigueur de la discipline.

Au commencement du mois de janvier 1639, il crut être assez rétabli pour reprendre le chemin de la capitale. Depuis qu’il avait vendu son équipage, il faisait ses voyages à cheval ; mais l’état de convalescence où il se trouvait, joint à la rigueur de la saison, ne lui permettait pas alors de voyager de la sorte..» Je faisais demander à mon Dieu quelque » ouverture, dit-il, pour sortir du pays, ne voyant » pas que je pusse me hasarder à faire ce voyage à » cheval dans cette saison, et à l’issue d’une si » longue maladie. Alors, par une providence mani- » feste de Dieu, un homme de condition, sachant mon » embarras, me fit offrir de me ramener avec lui dans » un carrosse à six chevaux, en me priant seule- » ment de consentir qu’il s’arrêtât à une abbaye un » peu écartée du chemin, ayant à traiter avec l’ab- » besse. Jamais circonstance n’avait été plus favo- » rable ; car cette abbaye était celle de Fontevrault, » et j’avais grand besoin d’y aller aussi moi-même » pour en voir l’abbesse, afin de consolider la ré- » forme de la maison où j’avais travaillé, et qui dé- » pendait de cette abbaye (1). » Le changement que venaient d’opérer la présence et les exhortations de M. Olier avait d’ailleurs besoin, pour se maintenir, de quelque main habile à manier les esprits et à gouverner les cœurs. 11 savait que, dans le voisinage de Fontevrault, entre autres Religieuses, il y en avait une qui réunissait toutes les qualités nécessaires pour conduire cette œuvre à une heureuse fin. Il profita donc de la circonstance pour la demander à l’abbesse, et il l’obtint ; ce ne fut pas

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sans peine, à la vérité : mais les grands fruits que retira la maison nouvellement réformée, de la translation de cette tille, aussi prudente que pieuse, justifièrent, aux yeux de l’abbesse, la démarche de M. Olier, et rendirent sensibles à celui-ci les soins de la Providence, sur la por- U) Copie des tion du champ du Seigneur qu’il venait de cul- t m,

tiver (1). p- 24s, 24s*.

Il revint de Nantes à Paris, toujours comblé dans le chemin des consolations intérieures, que le Bienaimé de son cœur lui prodiguait presque continuellement ; et s’empressa d’aller conférer avec le Père de Condren, qu’il n’avait point revu depuis son départ pour la Bretagne : jamais il n’avait trouvé plus d’onction et de grâce dans les paroles de cet homme de Dieu. « Après avoir fait connaître

» mon état à notre très-cher Père, écrivait-il à la » Mère de Bressand, il m’expliqua les dispositions » dans lesquelles je me devais tenir, qui étaient les » mêmes que j’expérimentais ; c’étaient les sentiï> ments communs et les mouvements ordinaires » de mon oraison. Ce ne fut pas sans laisser tom- » ber trois ou quatre larmes que j’ouïs ces saintes » et divines paroles, ces inimitables conseils. Il n’y » a rien de pareil à cet homme dans le monde (2). » Il y a peu de jours, étant dans sa chambre, je me » disais, après avoir ouï la sagesse de Dieu par sa » bouche, que j’aurais bien souhaité que vous eus- » siez l’avantage d’avoir part à ses admirables pen- » sées. Ce n’est pas pour une fois que je l’ai sou- » haité, mais plusieurs fois, ne possédant aucun » bien dont je ne voulusse vous voir partici- » pante (3). »

Dans ses entretiens avec le Père de Condren, M.

(2) Lettres au t .

de M. Olier, j .

(3) Ibid. pag.

M. Olier ne cesse de prier pour la conversion entière de la Ré-

Olier s’occupa particulièrement des moyens de grippière, maintenir la ferveur parmi les Religieuses de la * NOTE 8, p. Régrippière * ; et Dieu répandit, sur cette commu- 2<(j‘ nauté, de nouvelles bénédictions (4). Ce n’est pas que toutes eussent été dociles à la grâce ; Dieu 300 et alibi.

de M. du Février, p. 142.

* NOTE 0, p.

(2) Mémoires

aut. de M. Olier, t. i, p 1 5(i.

Voyage de M. de Quériolet à Paris. M.

Bernard.

permit que, pendant trois ans, plusieurs demeurassent attachées à leur vie mondaine et dissipée, et se prêtassent mutuellement la main pour repousser le joug de la réforme. Celles qui avaient profité des exhortations du serviteur de Dieu, persévérèrent constamment dans la pratique de leurs observances; tandis que les autres, livrées à l’esprit d’indépendance et de schisme, faisaient souffrir toute la partie saine du corps. Ce fut pour M. Olier le sujet d’une continuelle sollicitude : il priait presque sans cesse pour cette communauté (1) ; et il pria avec tant d’instances, qu’il mérita enfin, dans un second voyage qu’il fit en 1641, de renverser le mur de division, et de faire tellement régner la concorde dans cette communauté, que toutes n’eurent plus qu’un cœur et qu’une âme, comme nous le dirons dans la suite.

Dans le séjour qu’il faisait alors à Paris, M. Olier achevait de rétablir ses forces, épuisées par la longue maladie qu’il avait essuyée en Bretagne * ; et pour sanctifier cette espèce de convalescence, il augmenta son oraison, et reprit l’étude de la théologie et de la sainte Ecriture, qu’il avait commencée à son retour d’Auvergne. «Je me sentis alors » plus attiré à l’oraison, dit-il ; tellement qu’au lieu » d’une fois que je la faisais auparavant, j’obtins de » mon directeur de la faire deux fois par jour, une » heure le matin et autant le soir, excepté les jours » d’étude, où je n’en faisais le soir qu’une demi- » heure. Dieu m’a fait cette miséricorde, de ne ja- » mais omettre l’heure entière du matin, en quel- » que état que je me sois trouvé (2). »

M. Olier et ses amis se préparaient ainsi, par la prière et l’étude, à reprendre le cours de leurs missions, lorsque Dieu, pour donner une nouvelle impulsion à leur zèle, et accroître leur confiance en son infinie bonté, voulut mettre sous leurs yeux un des prodiges les plus extraordinaires de sa miséricorde, dont l’histoire ecclésiastique fasse men-

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