‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 139 sur 249 · L ABBE DE SATNT-CYRAN · texte numérisé non relu

L ABBE DE SATNT-CYRAN

pas inutile de faire remarquer, à cette occasion, le premier motif de l’éloignement de M. Olier et des siens pour ce patriarche de la nouvelle secte. Ce fut son orgueil révoltant qui les éloigna peu à peu de sa personne; car il osait bien, lorsqu’ils le visitaient séparément, témoigner un grand mépris pour le concile de Trente *, soutenir qu’il n’y avait plus d’Eglise, et que, depuis six siècles, personne que lui n’avait entendu le dogme de la grâce. M. de Bassancourt, M. de Foix, M. Brandon, et tous les autres ayant rompu tout commerce avec cet abbé, il s’efforça alors de séduire M. Bourdoise, et usa tour-à-tour de mille flatteries pour le gagner. Il paraît que celui-ci, peu familiarisé avec les matières de théologie, ne se tint pas assez en garde contre l’austérité hypocrite du sectaire : il écouta trop volontiers ses discours captieux, dit l’ancien auteur de sa Yie, et en eut même l'esprit un peu embarrassé (1). Pour l’éblouir, Saint-Cyran feignait sans doute de vouloir concerter avec lui les moyens d’arracher les scandales de l’Eglise, et de ramener dans le clergé la sévérité et la discipline des premiers temps. Mais à la fin M. Bourdoise reconnut le piège, et cessa de fréquenter cet abbé. Alors on usa d’un autre artifice. Les prétendus disciples de saint Augustin résolurent d’introduire, dans la communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, un des disciples cachés du patriarche de la secte, pour qu’il y répandît secrètement le poison de l’erreur. M. Bourdoise n’aperçut pas d’abord ce nouveau stratagème ; mais M. Olier et ses amis l’ayant bientôt découvert, dans leurs visites à Saint-Nicolas, crurent devoir lui déclarer qu’ils seraient contraints de rompre tout commerce avec lui, s’il recevait ce sujet; et M. Amelote, comme supérieur de la petite société, lui en écrivit en ces termes, le 4 octobre 1640, de Saint-Maur-les-Fossés : « Si » vous gardez M. N.... à Saint-Nicolas, vous refroi- » direz nos Messieurs ; et vous gâterez plus, en un

( H r?!e de lit.

Bourdoise, Ms.

in-4°, p. 077.

( I ) Vie de M .

Bourdoise, Ms.

in-4*,p. 07 8,679.

(2) Vie du même, par le Père de la Cour, de la Compag. de Jésus, Ms. in-folio.

Bibl. Masarine.

(3 ] Histoire de l’abbaye dePort- Rnyal, par Besoigne, t. îv, p.

(4) Notice sur Port-Royal, par Petitot — Recueil de mémoires, etc. t. xxxm.

» jour, que vous n’aurez pu faire en beaucoup de » temps. Vous savez avec quel soin il faut entretenir » ces commencements. . . . Mais vous pouvez vous as- » surer que nous sommes munis contre toutes » sortes d’attaques, et résolus d’aimer la religion » et l’Eglise. Vous savez comme je parle franche- » ment.... Continuez-nous votre charité ; nous pro- » fîterons de tout (1) » Cette lettre produisit sans doute son effet (2) ; car M. Bourdoise continua de les instruire, et de les exercer comme auparavant aux fonctions de leur état. Il paraît qu’elle n’empêcha pas néanmoins ce faux frère de séjourner quelque temps à Saint-Nicolas; et ce fut lui probablement qui pervertit un ecclésiastique de mérite et de talents, attaché depuis huit ans à cette maison, dont il semblait devoir être un jour et l’ornement et la gloire : nous parlons de Claude Lancelot, qui se fit un nom dans les lettres, et illustra même Port-Royal. Le perfide émissaire lui fit envisager, comme une grâce singulière, l’honneur d’être admis au nombre des disciples de Saint-Cyran (3) ; et il y réussit si bien, que Lancelot ne revint jamais de son fol enthousiasme. Après avoir tiré Lancelot de Saint-Nicolas, cet abbé enleva Antoine Singlin à saint Vincent de Paul, et s’attira encore Toussaint des Mares, qui commençait à se faire, dans la chaire, une brillante réputation (4). Nous aurons occasion de parler de ces deux derniers dans la suite.

NOTES DU LIVRE SIXIÈME

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