‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 138 sur 249 · MISSIONS DE MONTDIDIER ET DE MANTES · texte numérisé non relu

MISSIONS DE MONTDIDIER ET DE MANTES

» leur persuadâmes de les porter à l’Hôtel— » Dieu (1) * . »

On peut se former une idée des effets étonnants que produisit cette mission, d’après les alarmes qu’en conçut le gouverneur, sur les représentations de quelques Religieux, trop affectionnés à la gloire particulière de leur Ordre. Il écrivit plusieurs fois au cardinal Richelieu, que M. Meyster avait acquis un tel ascendant sur les habitants d’Amiens, qu'il était en état de les porter à tout, et même à se donner au roi d’Espagne, dont il était sujet. Mais cette cabale ne servit qu’à accréditer de plus en plus les missionnaires, en mettant au grand jour leur parfait désintéressement. Le duc de Chaulne, gouverneur d’Amiens, continuant d’écrire au cardinal de Richelieu pour lui faire part de ses alarmes, le cardinal donna ordre à l’intendant de Picardie de l’informer de la vérité. C’était M. de Bellejambe, beau-frère de M. Brandon, l’un des missionnaires : il fit connaître la vraie cause de ces prétendus soupçons au cardinal, qui manda au gouverneur de demeurer en repos (2).

Les fruits de cette mission, et tout ce qu’on en racontait, firent désirer aux habitants de plusieurs villes de Picardie de posséder à leur tour les missionnaires, pour recueillir quelque chose des grâces qu’ils répandaient avec tant de profusion. Ils prêchèrent d’abord la mission à Montdidier ; et après quelques semaines de repos, au lieu de retourner en Picardie, ils se rendirent à Mantes, clans le diocèse de Chartres, où M. Éléonor de Valence, évêque de cette ville, les invitait à venir prêcher la mission. Elle eut lieu (3) aux mois de juillet et d’août * , et produisit des fruits si extraordinaires, que les missionnaires y terminèrent cinq cents procès à l’amiable, sans qu’aucune des parties voulût réclamer contre le jugement des arbitres. Ils suivaient cette pratique dans toutes leurs missions. Plusieurs personnes, qui ne trouvaient

(1) Mèmoir. de M. du Ferrier,

* NOTE 22, p .

(2) Mém. de M.

du Ferrier, Me.

de Sainte-Geneviève. p. 73, 71.

— Ms. Bibl. N.

Missions de Montdidier et de Mantes.

(3) M. Leschassier, Attestations authentiques, p. 207 .

* IN OTE 23, p.

(1) Mémoires de. M. du Fe rier, p. 71.

(2) Lettre de M. de Ilarlay, parmi les lettres Ms. de M. Amelote .

M. Bourdoise communique àM. Olier l'esprit paroissial

(3) Lettres aut.

du Père de Condren.

pas leur compte à ces accommodements, accusèrent les missionnaires, devant le Parlement de Paris, de mettre les plaideurs au rang des pécheurs incapables d’absolution. Mais le chancelier fit dire à ces ecclésiastiques, dont plusieurs étaient ses parents, de continuer, les assurant que le Parlement ne se mêlerait pas d’une affaire de confession * (1).

Il paraît que les missionnaires ne se bornèrent pas à la sanctification des laïques, et qu’à Mantes, comme ailleurs, leur zèle s’étendit aussi au clergé. C’était la recommandation que leur faisait le Père de Condrenf. Une lettre qu’ils reçurent, le 18 août de M. François de Harlay, archevêque de Rouen, montre qu’ils méditaient un dessein beaucoup plus vaste: le renouvellement de la discipline dans tout l’ordre sacerdotal. Comme ils avaient consulté ce prélat sur cette matière, et probablement sur un ouvrage qu’ils voulaient publier, il les félicite de leur noble entreprise, leur conseille d’extraire d’abord ce qu’il y a de plus essentiel dans les statuts et les décrets des conciles, et leur promet de coopérer à leur travail en y ajoutant des éclaircissements : en sorte, dit-il, que les prêtres sachent désormais la manière de se conduire en public et en particulier, et que l’on remette en vigueur les règles sacerdotales (2).

Ce fut peut-être pour entreprendre ce travail, qu’en terminant la mission de Mantes, et au commencement du mois suivant, ils se retirèrent dans une terre qui appartenait à l’un d’eux, au Loreau, près d’Epernon. Mais le moyen de réformer le clergé et de rétablir la discipline consistait moins dans la composition de nouveaux ouvrages, que

t Durant la mission d’Amiens, qui se prolongea plus longtemps que de coutume, le Père de Condren leur écrivait : « Je crois que quand Monseigneur d’Amiens jugerait » qu’il fallût finir la mission, vous ne devriez pas laisser » de demeurer le Carême dans cette ville, pour continuer » de parler aux Ecclésiastiques (3). »

M. BOURDOISE LUI COMMUNIQUE l’eSPRIT PAROISS. 237

dans la formation d’une génération exercée de longue main au ministère des autels, et qui, profondément pénétrée de l’esprit de religion, pût le ranimer parmi les peuples. M. Olier et ses collaborateurs eux-mêmes, allant en tant de lieux, et sans cesse occupés des travaux des missions, ne connaissaient qu’imparfaitement les cérémonies ecclésiastiques, les règles concernant le culte divin, l’ordre qui doit régner dans une église de paroisse; et ce fut dans leur séjour au Loreau qu’ils s’appliquèrent à en acquérir quelque notion, à l’occasion de ce que nous allons raconter. M. Bourdoise, toujours consumé de zèle pour communiquer aux prêtres ce qu’il appelait l’esprit paroissial, vint, par hasard, les visiter en allant à Chartres. Voyant, à sa grande surprise, qu’au lieu de fréquenter l’église du pays, chacun de ces messieurs faisait ses exercices de piété dans la chapelle de la maison, il leur proposa d’aller à l’église de la paroisse, d’y chanter une Messe solennelle en l’honneur de saint Matthieu, dont on faisait la fête ce jour-là*, et il choisit sur-le-champ les officiers. « M. le curé » qui sait chanter, dit-il, fera choriste avec M. » Brandon; » puis, s’adressant à un Jésuite, qui se trouvait là par hasard, « le révérend Père fera cé- » lébrant ; je ferai diacre et conduirai les officiers » de l’autel. » Enfin le sous-diacre, les acolytes et les thuriféraires furent pris parmi les autres ecclésiastiques de la compagnie. Le Père jésuite, surpris d’une invitation si brusque, fit d’abord quelque difficulté : il se rendit néanmoins comme les autres, et tout se passa si bien, dit l’historien de M. Bourdoise, que non-seulement le peuple en reçut une grande édification, mais que ces Messieurs eux-mêmes, surpris et contents, ne pouvaient comprendre comment ils avaient pu réussir en une chose qui leur était si nouvelle (1). M. Bourdoise fit plus encore: à Vêpres, il associa au Père jésuite le Père de Condren lui-même, qui était

*21 septembre

(1) Vie imprimée de M. Bourdoise, in-4“, I. v.

(I) Vie de ,17.

Bourdoise , Ms.

in-fcilio, p. 548 .

(2) Vie du même, Ms. iii-40, p.

(3) Vie du même, in-folio, ibid.

(4) Fie de M.

Bourdnse,\n-h°.

(5) Jbid. in-i“, p. 518, 520.

* NOTE 2 4, p.

(0) Lettre de M. 0 Lier, dans la Vie de M. Bourdoisc, Ms. in-4°, p. 515.

Intrigues cle l’abbé de Saint-Cyran.

venu au Loreau, et leur fit prendre à l’un et à l’autre le surplis et la chappe. Enfin il rendit ces Messieurs tellement affectionnés a la paroisse, qu’ils menaient à celle du Loreau tous les ecclésiastiques qui venaient les voir, et les y faisaient assister, en surplis, à tout l’Office(l). Ils en usèrent de même à Saint-Maur-les-Fossés, où ils avaient eu, jusqu’alors, une chapelle domestique pour leurs exercices de piété. M. Bourdoise y étant venu passer quelques jours avec eux, vers la fin de septembre, les engagea à ne plus dire la sainte Messe qu’à l’église de la paroisse, et à y assister aux offices, en surplis : ce qu’ils firent avec joie (2). Il est même à remarquer que le Père de Condren. qui vint les visiter peu après, voulut se conformer à cette édifiante pratique, et les suivit à l’église de la paroisse, revêtu du surplis (3).

Charmé de la piété et de la docilité de ces ecclésiastiques, M. Bourdoise les invita à venir exercer leurs fonctions à la paroisse de Saint-Nicolas-du- Chardonnet, lorsqu’ils demeuraient à Paris : c’était là surtout qu’il formait ses nombreux disciples au chant, aux cérémonies, à l’administration des Sacrements. Ils reçurent cette invitation avec une sincère reconnaissance, s’y rendirent dès le dimanche suivant, et continuèrent ainsi jusqu’à la Septuagésime (4), où ils reprirent le cours de leurs missions. Durant tout ce temps, M. Bourdoise les exerçait fréquemment aux cérémonies, tant à l’église de Saint-Nicolas, qu’à celle des Bernardin s(5). Ce fut lui qui leur enseigna ce qu’ils surent dans la suite sur cette matière ; du moins M. Olier, lui rappelant les soins qu’il avait reçus de sa part, lui disait : « Vous nous avez donné les premières » teintures de la cléricature ; et entre autres à ce » pauvre novice qui vous écrit1* (6).»

Mais cette bonne harmonie entre M. Bourdoise et ces ecclésiastiques faillit d’être rompue par les intrigues de l’abbé de Saint-Cyran ; et il ne sera

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