‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 144 sur 249 · SUR LA SOEUR DE VAULDRAY · texte numérisé non relu

SUR LA SOEUR DE VAULDRAY

NOTE 7, p. 220. — M. Olier écrivait fréquemment de Cdisson et de Nantes à la Sœur de Vauldray, et ne négligeait rien pour la faire avancer dans la voie du renoncement, qui est l’âme de la vie religieuse. Comme, dans les commencements de sa conversion, elle avait quelque répugnance à quitter son argenterie, il lui écrivit : « Ma très-chère fille, » ne manquez pas tous les jours à mourir à votre sens; car » vous y êtes bien attachée ; et si vous ne faites la guerre » continuellement à ce cruel ennemi, vous serez toujours » sensuelle, et, enfin, accablée par lui. Vous me faites bien » compassion quand vous me mandez la difficulté que vous » avez à quitter l’argent et à embrasser la vileté de l’étain » ou de tout autre métal ; car l’amour est, hélas ! bien petit » dans votre cœur. Aujourd’hui j’ai dîné chez les révérends » Pères Chartreux, où l’on m’a donné une cuillère d’étain » assez noire, qui m’a fait ressouvenir de vous; mais je n’ai » rien trouvé là de dégoûtant. Je prie Dieu qu’il vous donne » la force à vous surmonter ; car ces vertus faibles et à demi » établies lâchent souvent le pied, et tournent en arrière (2).» Non content de donner aux Religieuses de la Régrippière des marques de cette ardente charité pour leur salut , M. Olier l’étendit encore à quelques enfants, chargés, dans les dehors du monastère , des soins les plus grossiers, et, particulièrement , à un petit garçon à qui était confiée la garde de la basse-cour. Il avait eu occasion de connaître cet enfant pendant qu’il était logé dans l’humble réduit où nous l’avons vu se retirer. Par reconnaissance pour le bon accueil qu’il en avait reçu, ou par un effet de son zèle pour la jeunesse, qui le portait à avoir toujours des enfants auprès de lui pour les former à la vertu et aux lettres (3) , il désira, durant son séjour en Bretagne, avoir celui dont nous parlons, ainsi qu'un autre, qu'il avait pareillement connu à la Régrippière. Peut-être voulait-il les confier à quelqu’un des curés dépendants de ses bénéfices, dont l’un, qu’il appelle la perle des pasteurs (4) , établit , peu après , un séminaire de jeunes enfants. Quoi qu’il en soit, il écrivait familièrement à la Sœur de Vauldray : « Je vous supplie » de me faire la charité de m’envoyer le petit écuyer de la » noblesse de votre basse-cour, si sa fièvre l’a quitté ; j’es- » père que cet enfant sera bien docile (5). » Cette fièvre était sans doute la maladie épidémique qui régnait alors dans le pays.

(1) Ibid. p. 39.

-Vies des Saints de Bretagne, t.

(2) Lettres autographes de M.

Olier , p. 345.

(3) Mémoires aut.de M. Olier, t. il, p. 2GI .

(4) Mèm. aut.

de M. Olier, t. i, p. 179.

(5) Lettres autographes de M.

Olier, p. 245.

NOTE 8, p. 221. — Le Père de Condren songeant toujours à la formation d’une société uniquement vouée au clergé ; il ne fut pas d’avis que M. Olier dirigeât habituellement les Religieuses de la Régrippière, et voulut qu’il se contentât de leur écrire quelquefois dans l'année. Cette résolution était de nature à affliger beaucoup ces bonnes filles, surtout la Sœur deVauldray, qui regardait les conseils de M. Olier comme un appui nécessaire à son salut. Pour la préparer à cette nouvelle et la consoler, M. Olier lui écrivit la lettre suivante : « Quoique sainte Thérèse ait pleuré le départ de » son directeur, sans que le Fils de Dieu le trouvât mauvais, y> lui témoignant qu’on ne devait pas moins aux médecins » de l’âme qu’à celui du corps, dont on peut légitimement » regretter l’absence ; toutefois , dans la partie supérieure » de son esprit, elle était satisfaite du bon plaisir de Dieu, » et s’accusait elle-même de ses larmes en se plaignant à » son Epoux. Faites-en de même, ma très-chère fille , et ne » doutez pas que cette pauvre créature, demeurant séparée t> de vous, vous ne receviez davantage que si elle vous était » présente. Jésus , votre époux, ne sera pas moins présent » à votre âme, il le sera même bien davantage, puisqu’il » ôte d’auprès de vous celui qui vous le représentait et » suppléait à ses conseils. C’est à lui de combler maintenant » ce vide, et de vous récompenser de ce sacrifice avec » une abondance d’époux. Abandonnez-moi donc tout à » lui, demandez-lui qu’il me conduise où il voudra , qu’il » dispose de moi selon son bon plaisir, et protestez-lui que » votre volonté est satisfaite de la sienne : que vous ne » voulez d’aborcl que lui , et ensuite en lui seul ce qui lui » plaira davantage. Je vous dis ceci ppur vous porter à ne » vouloir rien que Jésus, et à vous mettre dans la disposition y> où il veut voir ses épouses : ayez pour lui un amour pur, » aimant Jésus sans mélange des créatures, un amour ar- » dent qui vous porte vivement et fortement à faire pour lui y> toutes vos actions sans lâcheté ni retardement, un amour » actuel, c’est-à-dire, renouvelant les actes de l’amour le (3) Lettres aut . y> plus souvent que vous pourrez (3). » de M. Olier, p. Cette lettre ne fit pas sur l’esprit de la Sœur de Vauldray 349 etsuiv. toute l’impression que M. Olier aurait pu désirer; voyant que cette âme encore faible, et qui avait besoin de ménagements, ne pouvait pas s’adresser sans de grandes répugnances aux directeurs qu’il lui avait assignés avant son départ de la Régrippière , il écrivit à la Mère de Bressand qui portait le plus vif intérêt à cette communauté : « Si » ma Sœur de Vauldray n’est pas disposée à s’adresser à » M. Basseline, M. de la Dauversière lui procurera, s’il est » possible, le R. P. Chauveau, jésuite.. . Je serais bien » aise que vous vissiez le R. Père lecteur des Capucins, s’il

» est encore à Nantes. Il me paraissait très-grand serviteur » de Dieu, et il eût pu être beaucoup utile à notre pauvre » fille, si elle n’eût cherché que la solide vertu. Mais quand » on n’est pas bien détrompé de la vanité du siècle , on » cherche de l’éclat dans la vertu aussi bien qu’en autre » chose; et, ordinairement, il y a delà fausseté. Notre-Sei- » gneur ne porte pas cet éclat avec lui, et ne le met pas aussi » dans ses vrais serviteurs. Il y met bien de la force pour » toucher et convertir ; mais peu d’éclat, d’extérieur et d’ap- » parence. Le royaume de Dieu ne vient point avec observation,

» dit Notre-Seigneur. C’est ce qui abuse nos pauvres filles;

» car sous ombre que je ne leur ai pas mis en face des per- » sonnes de grand extérieur, ou qui, sous un extérieur fort » humble , ne font point d’actions et de discours éclatants,

» elles ne prennent point en eux la croyance qu’elles de- » vraient avoir, et cela est abus et tromperie (1). (1 ) Lettres aut.

Le 11 mars, il écrivit à la Sœur de Vauldray elle-même ; de M. Olier, p.

et après l’avoir encouragée à servir Dieu avec un entier dé gagement de toute consolation, il lui dit de s’adresser au Père Chauveau , lui faisant remarque^ que Fontevrault avait ratifié ce choix -j-

l’abbesse de Mais la Sœur de Vauldray étant tombée dans de grandes obscurités de conscience sous la conduite de ce nouveau directeur, le Père de Condren, qui craignait de la mettre à une trop rude épreuve, ordonna à M. Olier d’en reprendre la direction. Ce dernier écrivait à la Mère de Bressand : « Le Père général, quoique » j’eûsse destiné la Sœur de Vauldray au R. P. Chau- » veau , m’a ordonné d’en reprendre le soin , crainte de la » brouiller, comme cela était arrivé déjà. Elle m’en avait » fait jusqu’ici de continuelles instances , et d’ailleurs les » soins et l’application que Dieu m’inspire de donner à son » âme ne sont point petits. Je pense qu’à la fin vous aurez » dit vrai en m’assurant que j’en dois répondre à Dieu. Cela » me sera aisé si elle continue ; j’en dirai autant de vous, » ma pauvre fille (3). »

(2)Jittd.p. 339.

(3) Lettre aut.

de M. Olier, p.

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