LE PÈRE BERNARD
NOTE 11, p. 223. — Le jour même de son arrivée à Paris, M. de Quériolet rencontra le Père Bernard d’une manière assez singulière. Le récit que M. du Ferrier fait de cette rencontre esttout-à-fait conforme au caractère du Père Bernard, qui était, dit-on, un fort grand parleur. « M. Bernard » m’ayant rencontré, me dit avec son humeur extraordinaire, » qu’il voulait me faire part d’une rencontre assez plaisante » qu’il avait eue le même jour. Comme j’allais, dit-il, du » côté des Chartreux, j’ai vu venir à ma rencontre un homme » à pied , tout couvert de poussière , avec une soutane re- » troussée, d’une assez mauvaise mine, qui m’a demandé si '> je saurais lui dire où loge un certain M. Bernard, autre- » ment dit le pauvre prêtre. Je lui ai demandé s’il le connais- » sait, et ce qu’il avait’à faire avec lui. Je viens, dit-il, pour » le connaître, parce qu’on m’a dit qu’il était homme de bien » et un peu fou. Me trouvant surpris de ce discours : Je ne » sais, lui ai-je répondu, si vous êtes guère plus sage que » lui. Peut-être est-ce vous, continua-t-il, à qui je parle ? » Oui, c’est moi, dis-je : là-dessus, il m’a étroitement em- » brassé, me disant : Je suis Quériolet, je viens exprès de » Bretagne pour avoir la consolation de vous voir. J’en ai » fait de même, le connaissant par sa réputation depuis qu’il » a été converti à Loudun par le ministère du démon qui » possédait les Religieuses (4). » M. de Quériolet, en disant que le Père Bernard était un peu fou, parlait, selon l’opinion vulgaire , comme l’indiquent ces paroles de M. Godeau, évêque de Vence : « Le bon M. Bernard n’avait point de
( 1 ) Vie Ms. de M. Picoté. Ms.de la Bibl. du Roi, p. 50 et suiv.
(2) Lettre originale de M.
Meyster à l’Evêque de Saintes, parmi celles du Père Amelote.
(3) Vie des quatre Evêques engagés dans la cause de Porî- -Roy.in-12,1756, t. n, p. 118.
(i) Mémoires de M. du Verrier, p. 252.
NOTES
(1) Lettres de M. Gndeau, Evêque de Vence.
Lettre âO,p.l74.
(3 )Collet,Vie de saint Vincent de Paul, 1. 1, p.282.
» science éclatante; son zèle paraissait indiscret plutôt que » prudent en beaucoup d’occasions , ses discours publics » semblaient ridicules , on trouvait mille choses à redire à » sa conduite. . . Cependant son sort est entre les Saints. . . » Voilà que les sages, les doctes et les plus prudents con- » fessent qu’il a trouvé le chemin de la vie (1). »