CONVERSION DE M. DE QUERIOLET
NOTE 12, p. 223. — Les personnes jalouses de connaitre tout ce qui peut inspirer une vive confiance en Marie, nous permettront de faire ici une courte digression pour rappeler un trait ignoré jusqu’à ce jour , et bien propre à montrer son amour et sa puissance. D’ailleurs nous suppléerons en quelque sorte, par là, à une lacune que le dernier des historiens d£ M. de Quériolet a regretté de ne pouvoir remplir. » Il eut à Paris, dit-il, des conférences particulières » avec le Père de Condren et saint Vincent de Paul, mais » ses historiens ne nous en ont pas conservé le détail (3). » — » Voici, en abrégé, rapporte M. du Ferriér, ce que M. de » Quériolet nous dit en nous faisant le récit de sa conver- » sion : Vous resterez d’accord, Messieurs, après avoir eu » connaissance de mes crimes effroyables, que je suis un » exemple de la plus extraordinaire miséricorde de Dieu. » J’ai passé ma vie jusqu’à l’âge de trente-cinq ans dans la » pratique de toutes sortes d’abominations, et dans la pro- » fanation des sacrements que je recevais pour paraître ca- » tholique et vertueux. Après quelques années, je me trou- » vai saisi d’une haine si étrange contre la personne de » Jésus-Christ, que je sortis du royaume pour aller à Con- » stantinople me faire turc. J’avais appris qu’un chiaoux du /> grand Seigneur était à Vienne pour négocier quelques » affaires avec l’Empereur : je fis diligence afin de l’accom- » pagner à son retour; mais l’infinie miséricorde de Dieu en » disposa autrement, quoique ma malice l’eût de nouveau » horriblement méprisée, comme je vais vous dire. Traver- » sant une forêt d’Allemagne, je tombai la nuit entre les » mains de voleurs qui tuèrent d’abord deux hommes que je » menais; me voyant moi-même couvert de leurs feux, je fis » alors le vœu d’aller à Notre-Dame de Liesse, si Dieu me » garantissait de ce danger. Il m’en garantit en effet. Mais -> hélas.. . je continuai mon impie résolution, et me hâtai •> pour joindre le chiaoux que je ne trouvai plus à Vienne. > Dans l’espérance de l’atteindre, car il n’y avait qu’un jour » qu’il était parti, je pris un bateau sur le Danube, et le » suivis jusqu’à la frontière de Hongrie, où on m’arrêta, ne » m’étant point muni de passeport.
M DE QUERIOLET
Prêtre et Conseiller au Parlement dé Rennes, mort en Bretagne le 8 8'5re 1660, a^ê de 58 ans.
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» Je descendis à Venise, à cause des commodités fréquentes » qu’on y rencontre pour Constantinople , et je m’enrôlai » pour soldat de cette république dans la garnison de Ma- » lamoque , d’où partent les vaisseaux. Mais Dieu permit » que, durant six semaines, il n’en sortît aucun du port, et,
» dans l’ennui où j’en étais, je quittai la garnison sans congé » pour revenir en France; ne considérant pas le péril que » )e courais en désertant. Lorsque je fus à Paris, on m’ap- » prit la mort de mon père, que l’affliction de mon malheu- » reux voyage avait sans doute avancée. Alors je me fis » huguenot par intérêt, et comme je n’avais aucune religion,
» et que ma famille m’offrait des avantages pour me rame- » ner à l’Eglise, je me refis aussi catholique. Je continuai » mes communions sacrilèges avec une débauche épouvan- » table. L’excès du vin, quoique je ne m’enivrâsse pas, me » jetait aussi dans une humeur si fâcheuse que j’eus beau- » coup de querelles ; j’avais une soif continuelle du sang » humain, et je tuai plusieurs personnes en rencontre et en » duel ; et, pour me mettre à couvert de la justice, j’achetai » une charge de conseiller au parlement de Rennes, quoique » je n’eûsse aucune connaissance du droit.
» Pendant ces désordres abominables, Dieu me préserva » deux fois de la mort; mais je n’en devenais que plus furieux » et plus impie. Ainsi, dans l’une de ces circonstances, après » d’horribles blasphèmes que j’avais vomis contre Dieu, la » foudre tomba sur ma chambre pendant que je dormais,
»■ et en emporta le couvert et le plancher , et même le ciel » de mon lit, en sorte que je me sentis couvert d’une ondée » de pluie qui accompagna le tonnerre : je me mis à blas- » phémer de nouveau, défiant le tonnerre et celui qui l’avait » lancé. Il me revint cependant quelques remords, et j’eus » la pensée de me convertir; j’allai même prier les Char- » treux de me recevoir dans leur Ordre ; mais le troisième » jour , je les quittai sans leur dire adieu; et dès lors, je » devins absolument athée , étant persuadé qu’il n’y avait » ni Dieu, ni Paradis, ni Enfer, ni Démons (1). » (1) Mémoires
M. de Quériolet en était venu à cette affreuse extrémité de M. du Fer lorsqu’il se rendit à Loudun. Dans le voyage, il avait en- «er, p. 253 et tendu parler des possessions de cette ville, qu’il regardait, suwselon son expression , comme des supercheries de bohémiennes , ne croyant pas même à l’existence des démons ; et il y alla , par amusement, comme s’il fût allé à une vraie comédie. Mais la miséricorde divine l’y conduisait pour le terrasser et le convertir. Il s’était approché de très près afin d’être témoin de l’exorcisme; lorsque la possédée, qu’on exorcisait alors, se tournant vers lui, le démon par la bouche de cette fille, se mit à vomir d’effroyables blasphèmes contre Dieu, l’accusant d’injustices, de ce qu’après avoir réprouvé
NOTES
(1) Mémoires de M. du Ferrier, p. 253 et suiv .
Bourdoise, Ms.
tant d’anges pour un seul péché, il voulait faire miséricorde au plus méchant des hommes, qui en avait comme une infinité de bien plus horribles; et de ce qu’il lui avait arraché des mains ce misérable, ce blasphémateur , cet athée, lorsqu’il fit à Notre-Dame de Liesse ce vœu qu’il n’avait jamais accompli, et quoiqu’il fût indigne des bienfaits de cette Vierge.
Ce reproche d’avoir violé un vœu , dont M. de Quériolet n’avait jamais parle à personne , plus formidable que la foudre, brisa sur-le-champ la dureté jusqu’alors invincible de ce cœur. Abîmé dans un océan d’amertume, il gagna une chapelle voisine, et là, tombant la face contre terre, il donna un libre cours à ses pleurs. On crut qu’il était malade, on voulut le relever ; mais ses larmes firent connaître la nature de son mal. Après avoir passé la nuit prosterné sur le pavé de sa chambre , en l’arrosant sans cesse de ses larmes, il fit le lendemain sa confession générale ; et, commençant sa nouvelle vie par le pèlerinage voué à Notre- Dame de Liesse, il renvoya d’abord ses domestiques, donna aux pauvres tout ce qu’il avait avec lui, se revêtit lui-même de l’habit d’un pauvre, et fit tout le voyage nu-pieds , nutête, demandant l’aumône et pleurant sans cesse ses péchés. De Liesse, il alla de la même manière à la Sainte-Baume, en Provence , afin d’obtenir , par l’intercession de sainte Madeleine quelque part de son esprit de pénitence et de son amour pour Jésus-Christ. Il revint à Rennes dans le même état, et persévéra jusqu’à la mort dans la rigueur de sa pénitence et de ses humiliations, s’étant condamné à ne jamais regarder que la terre, faisant huit ou dix heures d’oraison par jour, et ne prenant presque aucune nourriture depuis le jeudi à midi jusqu’au dimanche à la même heure (1).