‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 162 sur 249 · Vie d · texte numérisé non relu

Vie d

M. Olier, par M. de Ihetunvilliers, t. iv, p.

426 bis, verso,

cesse quels étaient les jugements du monde sur » moi : si je ne passais pas pour un ignorant, un » idiot, un homme sans piété, sans charité, sans » patience. Je ne pouvais sentir autre chose , ni » m’ôter ces pensées de l’esprit (1). Ces sentiments » d’orgueil et de respect humain, qui me poursui- » vaient partout, me crucifiaient perpétuellement, » parce qu’il me semblait que j’y adhérais*. Je sou- » haitais au fond de lame ne rien faire que pour » Dieu, et mon plus grand tourment était de lui » avoir été infidèle dans la moindre circonstance, » et d’être convaincu que toujours, dans mes ac- » tions, je prenais quelque chose pour moi (2).

» J’avais cru aussi que les bénédictions qui avaient » accompagné mon miré stère étaient attachées à ma » personne ; et il plut à la bonté de Dieu de me les » retirer pareillement, pour me faire sentir ce que » j’étais sans ces aides, et à qui appartenaient ces » dons, que je croyais être miens (3). Ainsi, lorsque » j’avais à parler à la compagnie sur quelque pas- » sage de l’Ecriture, sur quelque parabole que je » devais expliquer, je le faisais avec tant de confu- » sion et de si mauvaise grâce, avec des termes et » un sens si impertinent , qu’il n’y avait en moi » ombre quelconque de la sagesse de Dieu (4).

» Entendant les pénitents en confession, je n’avais » rien à leur dire: j’étais là délaissé comme un » pauvre réprouvé de Dieu. J’estimais les personnes » qui s’adressaient à moi si malheureuses, que je ne » pouvais m’empêcher de dire en moi-même: Eh, » pauvre âme! où viens-tu? que puis-je faire pour » toi? tu ne sais à qui tu t’adresses; le plus grand » malheur qui puisse t’arriver, c’est celui-ci. Durant » ce temps, je rie pouvais point monter en chaire; > et si nos Messieurs m’ordonnaient de prêcher, je » ne savais que dire, je n’avais ni paroles ni pen- » sées (5). Je me souviens cependant qu’un jour, » pour mon soulagement, Dieu permit que, dans » une mission , je fisse devant un grand auditoire

ÉPREUVES DE M. OLIER

» un sermon avec ma première facilité , et même » avec une facilité plus grande : ce fut pour m’em- » pêcher de me trop décourager ou de m’abattre ; » car je croyais tout perdu * (1).

» L’Ecriture Sainte me condamnait partout.

NOTE 2, p.

M. Olier croit être réprouvé.

Olier, par M. de Bretonvilliers,t.

(1) Mémoires dut. de M. Olier, tom. i, p. 177.

. ~ .., .. lier, par M. de

» doutes les fois que je 1 ouvrais, je ny voyais rien BretonviiUcrs, t. » autre chose que le reproche de mes vices et de Iv> P- 4u7> 498. » mon endurcissement : comme, par exemple, dans » l’Evangile où il est parlé du grain qui tombe sur » la pierre ; dans celui où il est fait mention du » grand nombre des réprouvés. Je tombais souvent » sur ces endroits ou autres semblables, presque » toujours sur ceux où il est parlé de Judas. La » comparaison de moi-même avec ce perfide me » poursuivait partout ; et je disais à nos Messieurs:

» On pense qu’il n’est parlé de Judas qu’en quatre » ou cinq endroits de l’Ecriture ; il en est fait men- » tion plus de vingt fois (2). Persuadé que j’étais » un vrai Judas dans la compagnie, si je venais à » tomber sur ces passages, c’était toujours avec des » afflictions et des serrements de cœur non pareils ;

» il me semblait qu’on me donnait alors des coups de » poignard. Je me souviens qu’une fois entre autres,

» disant extraordinairement la Messe au maître- » autel, et, à l’Evangile, tombant sur ce nom affreux,

» je sentis une douleur aussi vive que si l’on m’eût » percé le cœur d’outre en outre : ce qui fut cause » qu’à peine osai-je lire l’Evangile jusqu’au bout.

» C’était la même frayeur lorsque je jetais les yeux » sur plusieurs autres endroits de l’Ecriture (3).

» Par-dessus tous ces tourments, j’étais encore dè- » chiré de scrupules, qui, seuls, me faisaient souf- » frir autant que tout le reste, et me rendaient in- » supportable au confesseur, à mes confrères et atout » lemonde(4). Si l’on parlait des marques derépro- » bation, je les voyais toutes en moi ; il me semblait » que tous les livres spirituels me reprochaient ma x» superbe, entre autres saint Bernard. Je ne pouy> vais rien entendre de la bouche de mon directeur

(3) Mémoires ibid. 1. 1, p. 122.

Olier, par M. de Bretonvilliers, l.

iv, p. 43(5, 437.

(4) Mérn. dut.

de M. Olier, l î, p. 123.

(1) Copie des Mémoires de V! .

Olier, l. i, pag.

Olier, par M. de Bretonvilliers , t. iv, pag. 438.

* NOTE 3, p.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, \. i, 208, 209. — Vie <le M. Olier, par M. de Bretonvilliers, t. iv, p.

(3) Mémoires aut.. de M. Olier, t. i, p. 247.

(4) Ibid. t. i, p. 182. — Vie de M. Olier, par le B. Giry, pari.

1" cliap. îx. — Remarques historiques. f. IV.

p. 521. — L’année Dominicaine, ib. p. 4(j(j .

- Vie de M. Olier, par M. de Brelonvilliers , t.

iv, p. 385. 38G, 392, 393.

» et de tout autre, qui ne me condamnât. Rien ne » pouvait me soulager ; et je me souviens qu’un » homme, très-exercé dans les voies de Dieu , y » travailla vainement, et perdit beaucoup de temps » à cette occupation, qui me fut tout-à-fait infruc- » tueuse (1)*.

» Quand on parlait de Dieu, je n’en concevaisrien » que comme d’un être fâcheux , rigoureux, très- » cruel ; par conséquent son souvenir m’était très- » affligeant. Je me complaisais dans la pensée de » l’enfer, et la description m’en plaisait, comme du » lieu qui m’était destiné (2). O Père éternel ! vous » avez voulu pendant un très-long temps que votre » nom me fût odieux, et comme insupportable ; » vous avez souffert que je vous conçusse comme » un être très-cruel, ne pouvant alors avoir d’autre » idée de vous. Hélas ! où étais-je dans ce temps? » je ne vous connaissais guère , ô mon Dieu! Aussi » est-il bien vrai que je ne m’étais jamais exercé à » vous adorer et à vous servir dans la pureté de la » foi, étant accoutumé à ces vives lumières et à ces » sentiments si doux que votre bonté me faisait » goûter. La privation de ces dons sensibles me » laissait dans le doute de votre amour et de votre » bonté envers moi; car je ne sentais plus ni ne » voyais plus ce qui, auparavant, me le faisait con- » naître (3).

» Quoique je fusse assidu à l’oraison durant ce » temps, je n’y recevais rien, pas un sentiment, pas » le moindre rayon de lumière. Je ne sentais que » ténèbres, obscurités, sécheresses, qu’impuissance » de m’élever à Dieu, tellement que je n’osais me » tenir devant le saint Sacrement. Un jour, il me » semblait voir mon esprit tomber tout-à-coup dans » son néant , et être délaissé du Saint-Esprit, qui,

» auparavant, le tenait élevé; et je me souviens qu’il » m’arriva de dire à Dieu ces paroles de Job : Muta- » tus es mihi in crudelem ! Mon Dieu, vous êtes » bien cruel pour moi maintenant : vous me faites » bien sentir votre rigueur (4).

ÉPREUVES DE M. OLIER

» Aussi je pensais que toutes les choses qui s’è- » taient passées auparavant n’étaient que des illu- » sions, n’ayant aucune espèce de consolation , ni » aucun signe qui me fît présumer que j’étais aimé » de Dieu. Un jour, le Père de Condren me disait » que ce n’étaient que des peines et des tentations. » Plût à Dieu, lui disais-je, que ce ne fuissent que » des peines (1), et qu’elles pûssent même durer » toute l’éternité (2) ! pourvu que je ne fûsse point » haï de Dieu (3), je ne m-’en inquiéterais pas. En » disant cela, je jetais de grosses larmes, qui té- » moignaient bien ma désolation. Mon tempérament » en fut étrangement altéré; j’avais le visage tout » jaune, et le Père de Condren craignait que je n’en » fisse quelque grande maladie f (4).

» En effet, ce qui me faisait le plus de peine, était » de voir intérieurement mon Dieu, qui me rebu- » tait et me dédaignait, moi, aussi bien que toutes » mes œuvres ; cette vue du dédain de Dieu, se » présentait à moi sous l’image d’une personne qui

f La tentation de réprobation dont M. Olier était attaqué peut produire, même sur le corps, des altérations si étranges. On en voit dans la vie de saint François de Sales un exemple fort connu. « Croyant que sa perte éternelle était » résolue, dit un de ses historiens, l’agitation de son esprit » et le trouble continuel de son cœur le jetèrent dans une » mélancolie profonde dont rien n’était capable de le tirer : il » passait les jours à pleurer et les nuits a se plaindre. Son » corps, quoique robuste, succomba à la fin sous une si rude «épreuve: une jaunisse universelle s’en empara, il perdit «tout d’un coup le boire, le manger, le sommeil. On voyait » sur son visage les marques sensibles d’un désespoir dont » il y avait tout à craindre ; et les douleurs cuisantes qu’il » sentit dans tous ses membres faisaient craindre pour sa vie. » Qui n’a pas éprouvé ce que peut sur un cœur qui aime Dieu » l’effroyable pensée d’en être séparé pour jamais, suspec- » tera sans doute ce récit d’exagération ; cependant il n'est » rien de plus vrai, et de tant d’auteurs qui ont écrit la vie de » saint François de Sales, il n’y en a pas un qui ne raconte les » effets sensibles de cette furieuse tentation, de la manière » dont on la rapporte ici (5). »

(1) La science de l'Oraison mentale, in- 12.

Lyon et Paris, 1821 ; p. 276,

(2) Année Do minicaine , etc.

— Remarques hist. t. ni, p.

Olier, par le P.

Giry, part. lr% ch. ix. — Ibid.

(4) Mém. aul.

de M. Olier, 1. 1, p. 184. — Vie de M. Olier, par M.

deBretonvilliers t. iv, p. 441, 437, 431.

Dieu et les Saints semblent le dédaigner.

{b)Marsollier , liv. i.

(1) Mèm. aut.

de M. Olier, t. i, p. 180. — Vie de M. Olier , par M. de Bretonvilliers, t. îv, p.

426 ( bis) et verso

(2) Ibid. pag. 410. — mémoires aut. de M.

Olier, t. i, pag.

(3) Mèm. aut.

de M. Olier, t.

— Copie des Mémoires aut. de M. Olier, t. u, p. 340. — Vie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, t. iy, pag.

♦NOTE 4, p.

» dirait avec mépris à un homme de néant, en re- » muant la main, et rejetant ainsi sa personne et » ses services : A //ep aile p Cette vue était pour moi » plus cruelle que la mort, ayant été accoutumé » depuis longtemps à être caressé, ou au moins » souffert par la bonté divine (1). O mon grand » Maître! tout m’était supportable dansces épreuves, » excepté les rebuts et les dédains qui venaient de » votre part. L’enfer et toutes ses peines ne sont » point si affligeants. Il n’y a rien de beau et de » doux sur la terre à une âme qui sait que vous ne » l’aimez pas ; comme aussi une âme qui sait que » vous l’aimez, peut-elle souffrir quelque chose? Je » me souviens des paroles fâcheuses qui m’étaient » dites, des reproches intérieurs que Dieu me faisait, » des songes qui m’ôtaient toute espèce de joie, le » jour et la nuit. Dieu, les anges, les Saints du ciel: » tout semblait être bandé contre moi (2). Une fois » je crus voir en songe Sœur Agnès, cette âme bien- » heureuse, qui m’aimait tant, et en qui j’avais toujours eu tant de confiance; elle paraissait être à » la grille de son monastère, et, comme je me pré- » parais pour faire quelque entretien spirituel, elle » me rebuta et me dit: Vous êtes un orgueilleux, » vous ne prêcherez pas. Dans un autre songe, il » me semblait que j’aidais M. Bourdoise à adminis- » trer les sacrements, et que Notre-Seigneur, me » montrant ce saint prêtre, me disait, pour me » reprocher mon orgueil : Il en est de son action à » la tienne, comme d’une personne qui met dans » un tronc un quadruple, et d’une autre qui y met » une pièce de trois blancs. De plus, la sainte Vierge, » qui était alors mon seul refuge, et par la faveur » de laquelle je pensais que je n’avais rien à craindre, » paraissait m’humilier extrêmement, et prendre » moins de complaisance dans mes services que » dans ceux des autres, particulièrement dans ceux » d’un garçon qui me préparait les ornements dans » une de ses chapelles où j’allais quelquefois (3) *.

ÉPREUVES DE M. OLIER

» Je ne recevais de Notre-Seigneur que des té-

» moignages de dédain et de colère; je n’osais me

» présenter à lui, tant j’étais intérieurement rebuté ;

» à la fin, je n’avais point la hardiesse de me tenir

» en sa présence, j’allais me cacher dans une cha-

» pelle de Notre-Dame où je n’avais pas ces rebuts,

» mais aussi je n’éprouvais aucune consolation, en

» sorte que tout semblait être perdu pour moi(l). (1) rie de M.

» Sans cesse dédaigné, lorsque je voulais m’élever ^retôniTllier^

» à Dieu, je ne pouvais avoir de paix qu’en me cou- p. 405.

» chant la face contre terre, et me prosternant inté-

» rieurement devant lui. Je ne dormais presque

» point pendant ces temps ; je me réveillais au mi-

» lieu de la nuit, tout tremblant, dans la croyance

» que j’étais déjà réprouvé. Il me semblait voir les

» démons au pied de mon lit, qui voulaient m’en-

» trainer en enfer; et une fois, entre autres, il me

» paraissait que l’un d’eux me disait : Donne-toi à

» moi, et je te délivrerai de tes peines. Je mesou-

» viens qu’en ce moment mon cœur demeura iné-

» branlable comme un rocher par la volonté de

» mon Jésus f (2). Le malin semblait avoir alors (2) Mém. aut.

» toute sorte de pouvoirs pour s’approcher de moi,

» et se transformer en ange de lumière.. Ce mal- ! vie deM. o-

» heureux ne m’a jamais tenté alors de faire le mal; lier< var M- de . . . , j j , j Bretonvilliers ,

» mais il s efforçait de me jeter dans des exces de t, 1V) p 517-

» bien, par exemple, dans les humiliations de sa

» façon, parce qu’il voyait que tout de bon j’y tra-

» vaillais (3). (3) Ibid. t. i,

» Non content, ô mon Dieu, des dédains et des p' 198, 199‘

» rebuts que vous me faisiez alors endurer, un

•f Cette réflexion de M. Olier prouve manifestement que le désespoir apparent dont il parle, était une épreuve divine opérée pour sa parfaite sanctification. « Loin que le déses- » poir dont on paraît assiégé et tout rempli soit effectif, dit » Bossuet, si l’on sonde au vif les âmes que Dieu met dans » ces exercices, au milieu des ténèbres et de la désolation, » on y trouvera un fonds de confiance inébranlable et inal- » térable (4). »

(4) Bossuet, Instruction sur les états d'oiaison, liv. x, t.

xxvn, p. 411.

Olier, par M. de Brctonvilliers , t. iv, pag. 408.

— Mém. aut. de M. Olier , t. i, p.

M. Olier est méprisé de tout le monde.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, I.

* jNOTE 5, p.

» jour vous me dîtes dans le cœur un mot qui » m’effraya plus que le tonnerre; ce fut lorsqu’en » colère, et d’un ton de voix si terrible que j’en » demeurai tout tremblant, vous me fîtes entendre » cette parole : Vous êtes superbe. J’étais si hors de » moi-même, que, peu après étant allé me con- » fesser dans une église, je tremblais de tous mes » membres, je frissonnais de peur : tant j’étais transi ') d’effroi, après cette foudroyante parole, qui aurait » rempli de terreur le cœur le plus inébranlable et » le plus audacieux du monde. Mon Dieu, que vous » êtes terrible dans vos colères! que vos justices » seront accablantes, si vos petites et légères me- » naces affligent et étonnent si étrangement! Je » pense que j’en aurais été inconsolable, si, après » cette alarme, ouvrant mon Gerson, je n’avais » trouvé ces paroles : Dieu parle à ses amis quelque- » fois en les rudoyant, quelquefois en les caressant, » comme à l’égard de ses Apôtres, lorsqu’il leur dit: » O stulti et tardi corde ad credendum(\) !

» A toutes ces peines intérieures, se joignaient » encore le rebut des gens de bien, le mépris uni- » versel de tout le monde, parents, amis, serviteurs, » grands et petits (2) *. Ce fut surtout vers la fin » des fêtes de Noël 1640, que je reçus plus d’affronts; » je fus alors la fable de tout Paris : le Roi, le car- » dinal de Richelieu, messeigneurs les évêques, » surtout M. le Chancelier, tous mes parents, » toutes les personnes de ma condition, commen- » cèrent à faire, sur mon refus de la coadjutorerie » de Châlons , des plaisanteries étranges : car un » autre ecclésiastique l’ayant acceptée, et l’évêque, » étant venu alors à mourir, celui-là en fut pourvu » par le Roi et fut fait évêque de cette église. La » compagnie à laquelle j’étais attaché, prévenue ■ alors contre moi, augmenta encore cette tempête; » et je vis s’accomplir pleinement la promesse que » mon bon Maître m’avait faite , sur ma prière, »deux ans auparavant, de changer en mépris et en

ÉPREUVES DE M. OLIER

» humiliations l'estime qu’on faisait de ma personne, » et les louanges qu’on me donnait partout (1). Il » ôta de l’esprit de nos Messieurs toute l’estime » qu’ils avaient conçue de moi. Quoiqu’ils m’eûssent » vu dans une mission travailler avec ma liberté » première, et qu'ils eûssent été témoins du succès que Dieu m’avait donné en touchant les cœurs » par sa miséricorde, ils prirent la résolution de » m’interdire tous les emplois extérieurs, prédicav tions, conférences et autres, et ne me permirent de » confesser qu’en cas de nécessité absolue. Dans mes humiliations, ils voyaient de grandes fai- » blesses d’esprit ; ils demeuraient de plus en plus » fermes dans leur croyance , et laissaient croire » aux autres tout ce qu’ils voulaient de plus dèsa- » vantageux , sans m’excuser. Outre ces faiblesses d’esprit, ils remarquaient quelquefois en moi, un ;•> port et une contenance arrogante; et jugeant, a » de telles marques, que l’Esprit de Dieu ne pouvait » résider en moi, ni se plaire à opérer par mon mi- » nistère, ils ne m’exposaient qu’avec peine, même » à la confession *(2).

» D’ailleurs ils croyaient que mes grandes tris- » tesses venaient de ce que je n’étais plus dans les » grandeurs du monde ni dans le faste. Ils attri- » huaient mon abattement à ce que je n’avais pas » été porté par mon directeur à prendre la coaclju- » toreriede Châlons, et s’imaginaient quemonafflic- » tion venait de ce que jetais encore comme l’un » d’eux. Le Supérieur de notre Compagnie, M. Ame- »lote, qui avait droit de méjuger ainsi, me deman- » dait, de temps en temps, si je n’avais point la » pensée de prendre un carrosse et une suite dans » Paris. Il voulait savoir si je n’avais point cédé à la » tentation. C’est qu’en effet, lorsqu’on n’éprouve » que rebut dans le service de Dieu, le démon, pour » nous en retirer, propose alors les délices du » monde. Ne sachant pas pourquoi mon Supérieur » me faisait ces questions, et formait sur moi de

(I) Mèm. aut.

î, p. 189. — Vie de M. Olier, par le P. Giry , lre part., chap. xi,

— Rernarq. historiques, t. ni, p. 520. — Année Dominicaine, ibid. p. 4G5.

— Vie de M. 0lier, par M. de Bretonvilliers , f. îv, pag. 504,

* NOTE 6, p.

(2) Mém. t. i,

Vie de M. Olier, par le P. Giry.

Ibid. — Vie de M. Olier , par M. de Bretonvilliers, t. iv, pag.

Les confrères de M. Olier regardent ses peines comme un dépit d’orgueil.

(1 ) Mém. aut.

de M. Olier, t.

— Copie des Mémoires aut. de IU. Olier, t. n, p. 344, 345. — Vie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, t. îv, p. 509, 510.

(2) L’homme de Dieu, t- n, part. 3, chap. x, p. 22S, 229, 230.

» pareils doutes, si éloignés de mes pensées et des » dispositions de pénitence et d’humiliation où la » bonté divine me tenait : Hélas ! mon Père, lui ré- » pondais-je, j’en suis bien loin; je ne songe qu’à » trouver un trou pour y faire pénitence, voyant » que mes misères sont insupportables à tout le » monde. Je croyais, en effet , qu’on voulait me » chasser de la Compagnie, et cette pensée était tou- » jours dans mon esprit{l).

» Notre-Seigneur m’ayant comme retiré son se- » cours ordinaire, le démon se jouait souvent de ma » faiblesse, pour me faire paraître impertinent au » service de Dieu, et ridicule devant le Supérieur f. » Je me souviens, en passant, d’un petit mot qui » me fut dit par ce dernier : Pour vous, alle^-vous-en où » voits voudrez; nous n’avons que faire de vous. Déjà, »une autre fois, il m’avait dit quasi la même chose: » que je n’étais bon à rien, qu’il me conseillait de » quitter mes bénéfices et de m’en aller cacher dans

f Boudon rapporte du P. Surin (2) des épreuves tout-àfait semblables à celles qui terminent ce récit: « Dans ces » humiliations, dit-il, le démon lui faisait faire malgré lui t> quantité d’extravagances extérieures, qui donnaient juste » sujet de croire qu’il était fou ; et l’usage parfait de la raison » qui lui était demeuré, ne lui servait qu’à le rendre plus mi- » sérable, dans la connaissance qu’il lui donnait des mépris » et des rebuts que l’on avait pour lui.... Il souffrait de toutes » parts, et de la terre et du ciel, et des hommes et des démons, » et des Saints et de Dieu même; il souffrait non-seulçment » des personnes sans vertu ou d’une vertu commune, mais » des plus grands serviteurs de Dieu, qui ne connaissaient » pas son état, et le traitaient d’extravagant. Enfin, il écrit » que, durant ses peines, il semblait que toutes les créa- » tures fussent armées contre lui, et que Dieu fît des miracles » pour s’en servir à le tourmenter. La très-douce et très-mi- » séricordieuse Vierge, qui est l’asile et le refuge des plus » grands pécheurs, ne lui paraissait que dans une sainte » colère, avec des foudres pour le châtier; il ne voyait les » Saints que comme des personnes qui lui étaient justement » opposées ; mais, par-dessus tout, il voyait encore Dieu qui » lui était contraire, et qui, après s’être servi de toutes les «créatures du ciel, de. la terre et des enfers pour l’affliger,

» voulait le frapper de sa main. »

EPREUVES DE M. OLIER

» un trou (1); et encore: qu’il craignait bien pour moi, » tant j’étais faible. Je me souviens que je ne pou- » vais m’offenser de cela , ni le trouver mauvais ; » au contraire, voyant que j’étais la confusion et le » déshonneur de toute la compagnie, et ayant toujours ce sentiment dans mon cœur, je trouvais » toutes ces paroles très-véritables. Aussi j’avais » le cœur si net et si plein de sentiments de charité » pour mon supérieur, au moins par la bonté de » Notre-Seigneur, que tous les jours je priais Dieu »pour lui, et disais la Messe à son intention, non » pas comme pour un ennemi et un persécuteur ; car » je ne pensais pas à cela, mais comme pour le plus » intime de mes amis, m’intéressant à tous les biens » que Dieu lui faisait comme aux miens propres, et » plus mille fois. J’admirais ses lumières et ses dons; » j’en rendais grâces à Dieu de tout mon cœur, et »le priais de les lui continuer. Il me semblait, en »ce temps-là, que je fusse comme une bête morte, » comme une pauvre victime immolée à la gloire de » Dieu. Je me souviens qu’étant beaucoup persé— » cuté et moqué par notre compagnie et par des » étrangers de condition (2), je prenais un grand » plaisir à dire à Dieu, me mettant devant lui en » esprit d’hostie: Ah! mon Dieu, que ceci serve à » mon sacrifice ; il faut mettre en pièces la victime ; »il faut retrancher de moi tout l’honneur de ce » monde. Ah ! mon amour, coupez et faites couper » par qui il vous plaira tout l’honneur que je prétends sur la terre.

» Je me souviens qu’en ces temps, tout le monde » m’abandonnant , je cherchais quelqu'un qui me » servit d’appui : malheureux que j’étais, de ne pas » voir que Dieu m’ôtait tout secours humain, pour » m’obliger de ne m’appuyer que sur lui, et dern’a- » bandonner à lui seul (3)! Car telle est la convic- » tion qu’ont produite depuis en moi tous ces » délaissements. Un homme de talent se présentant »pour me servir dans mes affaires, je m’estimai

OHer, par le P.

Giry, ib. p. 520.

(2) Copie etc.

Ibid. t. h, pag.

320, 321. — Abrégé du 1er cahier des Mém.

Vie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers , t, iv, p. 500, 501,

M. Olier ne trouve personne qui le console dans ses peines.

(3) Mhn. t. i, p. 17 0.

(1) Mém. aut.

de i M. Olier, t.

Motif des humiliations de M. Olier.

(2) Mém. de M. du Ferrier,

(3) Récit de l’enfance du F.

Amelote. Ms.

» heureux de ce secours, dans l’état où j’étais. Je me » jetai entre ses bras, et m’appuyai sur lui pour » trouver quelque soulagement ; mais, ne cherchant » pas Dieu en lui , et n’ayant en lui qu’un appui » temporel et grossier, j’en fus aussitôt payé comme »je méritais de l’être: car, se servant contre moi » des faiblesses de mon esprit, et de l’état pitoyable » où j’étais, il se joua de moi, et brouilla davantage » mes affaires. Ce fut encore là une des marques » les plus visibles de la miséricorde de Dieu, qui » voulait que je fûsse tout à lui, et n’usâsse de ses » créatures que dans une dépendance entière de sa » bonté, ayant plus de confiance en lui que dans » tout le reste (1). »

Tel est le tableau que M. Olier nous a tracé de ses peines. Quelque rigoureuse que puisse paraître en apparence la conduite de Dieu sur son serviteur, l’on ne saurait s’empêcher d’y admirer l’ouvrage de sa bonté et de sa providence ; puisque ces épreuves devaient servir, non-seulement à la sanctification personnelle de M. Olier, mais encore à préparer les voies à l’établissement du séminaire et delaSociété de Saint-Sulpice, comme la suite le montrera. On a vu que lorsque les ecclésiastiques formés par le Père de Condren se réunirent en société, ils nommèrent pour chef M. Amelote (2); et ce choix, à le considérer selon la raison et la prudence humaine, était sage et éclairé. Doué dès son enfance d’une facilité d’esprit et d’une pénétration peu commune, M. Amelote, déjà docteur en théologie depuis l’âge de vingt-deux ans (3), possédait plus qu’aucun de ses confrères la doctrine du Père de Condren (4); et comme chacun l’estimait avec raison pour sa vertu et pour sa science, il semblait réunir toutes les qualités qu’on pouvait désirer dans unSupérieur. Mais ce n’était pas celui dont la divine Providence avait fait choix; elle destinait M. Olier pour servir de pierre fondamentale à l’édifice ; et, toutefois, elle ne permit pas que ces ecclé-

EPREUVES DE M. OLIER

siastiques le nommassent Supérieur, de peur, sans doute, que l’œuvre du séminaire, réservée à M . Olier, semblât être un dessein concerté par les hommes. Bien plus, afin que ce choix parût manifestement l’ouvrage de sa puissance, lorsque le moment en serait venu, il tint son serviteur durant deux années dans cet état d’humiliation profonde, et voulut que celui qui devait être, incontinent après, le chef des autres, semblât être devenu alors le rebut et l’opprobre de tous (1).

Mais pour qu’il ne manquât à M. Olier aucun genre d’épreuves , Dieu, par une conduite qu’il tient assez ordinairement sur les grandes âmes (2), voulut qu’il fût entièrement privé des consolations que lui avait jusqu’alors données son directeur. Il permit donc que le Père de Condren entrât luimême dans les desseins secrets de sa providence, et se conduisît à l’extérieur comme s’il n’eût plus fait aucune estime de M. Olier (3), quoique, dans le fond, cet homme si éclairé regardât son état d’épreuves comme une faveur privilégiée, et une préparation aux grâces les plus insignes. « La bonté » de Notre-Seigneur, ditM. Olier, voyant que j’avais » une très-grande confiance dans le Père de Con- » dren et que je m’appuyais beaucoup sur lui, peut- > être trop, voulut me sevrer encore de cette conso- » lation. Comme je savais que je devais être déta- » ché de tout appui des créatures, je me souviens » que je lui dis un jour : Mon Père, vous me quitte- » rez. Ce ne sera qu’à la mort, me répondit-il. Et » pourtant les rapports qu’on lui faisait de mes » déportements l’obligèrent à me délaisser, et à ne » plus faire compte de moi (4). » Ce délaissement » apparent, l’une des plus grandes peines qu’une » âme puisse souffrir(5), dura deux mois, c’est-à- » dire, jusqu’à la mort du Père de Condren, arrivée, » comme nous le dirons bientôt, le 7 janvier de » l’année suivante. »

Pendant tout ce temps, M. Olier, alors retiré à

(1) V’î'e de M.

Olier, par le Père Giry, part.

lre, chnp. ix. — Remarques historiques, t. m, p. 518.

Conduite du Père de Condren. Ses dernières paroles à M. Olier.

(2) M. Bou¬

don, Vie du P.

Surin , 1 820 ,

t. ii, part, ni, ehap. x, p. 229,

Olier, par M.

de Bretonvilliers, t. iv, p.

(4) Mém. aut.

de M. Olier, t.

î, p 180 ; t. Il,

(51 M. Boudon, ihid.

* NOTE 7, p.

(1) Mém. aut.

de M. Olier, t.

ii, p. 218, 219.

— Copie des Mémoires aiit. de M. Olier, t. m, p. 3 1 , verso. — Abrégé du 9e cahier des Mémoires aut. de M.

Olier.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, t.

1, p. 182, 213 ; t. il , p. 30, 219 ; 1 lll, p. i.

Saint-Maur avec ses compagnons, ne laissait pas, quoiqu’il n’en reçût aucun soulagement, de venir toujours le visiter selon sa coutume. Mais dans une visite qu’il lui fit à la fin du mois de décembre, et qui fut la dernière, il aurait pu comprendre aisément que, malgré cette froideur apparente, son sage directeur regardait ses peines comme une épreuve, uniquement ménagée pour le rendre capable de travailler un jour au rétablissement de la piété, et au renouvellement de l’esprit sacerdotal. Dans cette visite, le Pèrede Condren l’entretint fort de cet ange de l’Apocalypse auquel il l’avait exhorté autrefois d’avoir grande dévotion , et qui viendra sur la fin de l’Eglise, jetant du haut du ciel en terre le feu de l’autel, qu’il aura mis dans son encensoir. Il lui fit remarquer que la dévotion envers le très-saint Sacrement, l’Hostie de notre autel, est la dévotion propre des prêtres, et qu’il devait s'appliquer à la répandre partout. Ce qu’il ajouta ne fut pas moins remarquable, et montrait que Dieu, par toutes ses épreuves, avait voulu faire mourir M. Olier au vieil homme, pour le remplir ensuite de l’esprit de la vie de Jésus -Christ, l’homme nouveau. « Or donc, continue M. Olier, » après m’avoir fort exhorté à faire honorer le très- » saint Sacrement, il me dit ces paroles qui me » furent bien ohères et utiles: Prene\ l'enfant Jésus » pour votre directeur. Et il me dit cela sans que je »lui eusse fait connaître qu’en effet je m’abandon- » nais déjà à l’enfant Jésus pour me conduire. Cette » dévotion allait à continuer la vie et l’esprit de » mon directeur sur la terre ; il se conduisait lui— » même selon les sentiments et les mœurs de fendant Jésus* (i). » C’était la pratique habituelle de M. Olier, depuis qu’il s’était vu comme privé de tout appui: dans les moments où ses peines lui donnaient quelque relâche, il s’adressait à l’enfant Jésus, qu’il avait pris pour modèle, et même, au défaut de tout autre, pour son unique conducteur (2).

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Cependant le Père de Condren approchait de la fin de sa vie, sans avoir encore déclaré a aucun de ses disciples le dessein de ) établissement des séminaires qu’il méditait, et dont il ne leur avait parlé jusqu'alors que d une manière couverte fl g Cette année, M. Amelote, un peu dégoûté des travaux des missions, lui ayant écrit qu'il doutait s’il était dans i état pour lequel la Providence lavait destiné:

* Je ne pense pas, lui avait répondu le Pere de Con- // dren, que l’occupation des missions soit votre vo- >/ cation pour toujours ; mais elle doit fonder ou

* faire naître quelque autre emploi, que Dieu vous // donnera (2). » Sans expliquer davantage sa pensée, il se contentait de leur dire depuis longtemps qu’il mettrait par écrit le projet de l’œuvre qu’il avait en vue, afin que cet écrit put leur servir d’instruction, s’il n était plus au monde lorsque le moment de l’exécution serait venu (3). *. Quand je

* sera: sorti de 1 accablement des affaires présen-

* tes, écrivait-il a M. de Donnadieu, évêque de « Cornminges, je travaillerai a dresser les Mémoi-

* res de cette institution, et à en jeter les fonde- ^ ments dans l’esprit de ceux qui doivent y con- » sentir (4). >

La personne qui devait y prendre le plus de part, était sans contredit, Marie Rousseau, cette sainte Veuve dont nous avons parlé sous l’année 1629; et qui depuis longtemps priait avec tant d’ardeur, pour le renouvellement de l’ordre sacerdotal, et en particulier pour la réformation de la paroisse de Saint-Sulpice. Elle savait d une maniéré surnaturelle, que les jeunes ecclésiastiques, dont eile avait obtenu la conversion, seraient les premiers instruments de cette renovation, et l’un de ses directeurs, le père Armand, de la Compagnie de Jésus, qui la conduisit longtemps, lui avait Elit faire beaucoup de communions pour obtenir le parfait accomplissement de cette œuvre, bien qu alors eile n'en eût pas une vue aussi nette.

Le Père de Condren de laisser un Mémoire sur l’oeuvre des séminaires.

(I) Mémoires de M. du Ferrier, p. 134.

(1) lettres et écrits du Pere de Condren, Ms.

’o) Mémoires de yj. du Ferrier, Ms. liibl.

N. p. 154. — Ms.

Sainte - Genetiete, p. 101.

(y Lettres et écrits du Père de Condren, Ms.

Origine des rapports du Pere de Condren avec Marie Rousseau.

(1) Ma. particuliers. Année

(2) Ibid. Année 1640.

(3) Ibid. Année 1641 .

(4) Mss. particuliers , Année

xy.

Marie Rousseau annonce au P. de Condren qu’il n’écrirait pas sur les séminaires

ni aussi circonstanciée fl) qu’elle la reçut dans la suite. Après la mort de ce Religieux, peut-être même avant la fin de l’année 1638, qui "fut celle où il mourut, elle avait été mise, par un dessein particulier de la divine Providence, en communication spirituelle avec le Père de Condren, quoiqu’il n’y eût entre eux aucune relation extérieure. Un jour qu’elle était dans l’Eglise de l’Oratoire, rue Saint-Honoré, où le Père faisait alors sa résidence, et qu’elle priait devant le très-saint Sacrement, elle entendit ces paroles : Ici est votre Père , sans en comprendre alors, ni même en soupçonner le sens (2). Déjà pourtant le Père de Condren faisait quelquefois recommander à ses prières certaines intentions, par le canal du Père Jean Chrysostôme, du Tiers-Ordre de saint François (3), en grande réputation parmi les hommes d’oraison de ce temps et dont la vie a été donnée au public. Mais comme d’autres personnes en usaient de même à l’égard de Marie Rousseau, il ne paraît pas que ces recommandations de la part du Père de Condren, à qui elle n’avait jamais parlé, lui aient donné l’intelligence de ces paroles : Ici est votre Père , jusqu’à ce qu’enfin ce qui arriva au mois de Mars 1640, dût lui en découvrir le sens, si elle l’avait ignoré jusqu’alors. Il lui envoya dire par le Père Chrysostôme, et par le Frère Jean-Baptiste du même Tiers-Ordre, qu’il voulait lui parler ; et que, si elle n’allait pas le trouver, il se rendrait lui-même chez elle. Une telle invitation l’humilia beaucoup et lui fit comprendre que le Père de Condren avait reçu de Dieu quelque lumière, pour la lui communiquer. Elle alla donc à l’Oratoire, accompagnée de ce Religieux et du Frère Jean-Baptiste (4).

Dans cette entrevue, qui eût lieu le 6 Mars 1640. le Père de Condren lui parla en présence du Père Chrysostôme pendant plus de deux heures. Il se répandit en pensées sublimes sur Dieu, sur la beauté de la gloire de la très-sainte Trinité et parlant

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