‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 163 sur 249 · RAPP. DU P. DE CONDREN AVEC MARIE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

RAPP. DU P. DE CONDREN AVEC MARIE ROUSSEAU

ensuite de l’Eglise, il l’entretint sur la nécessité de rétablir les paroisses par des séminaires, où l’on formerait de bons prêtres, et ajouta, qu’il avait dessein de composer sur ce sujet quatre livres pour l’utilité de l’Eglise, et qu’il se retirerait à la maison de l’Oratoire de Notre-Dame des vertus, pour écrire les lumières que Dieu lui en avait données (1). Après plus de deux heures d’entretien, comme il fallut se quitter, Marie Rousseau lui dit : Monsieur, vous devriez écrire le plutôt possible; à quoi il répondit, que ce serait pendant le carême, que l’on venait de commencer. Marie Rousseau reprit alors, et toujours en présence du Père Chrysostome : qu’il pouvait bien avoir cette pensée, mais qu’il n’en viendrait pas à l’exécution ; et ne verrait point sur la terre l’œuvre sur laquelle il avait plu à Dieu de l’éclairer. M. du Ferrier parle de cette entrevue dans ses mémoires, et la rapporte en ces termes: « Le Père » de Condren, qui estimait beaucoup Marie Rous- » seau, ayant désiré la voir avant de mourir, elle lui » dit, qu’il aurait dû avoir écrit ce qu’il projetait » depuis longtemps ; et comme il témoigna son in- » tention d’y mettre la main, elle l’assura qu’il n’en » était plus temps. Après qu’elle se fût retirée, le » Frère Martin , attaché au service du Père de » Condren, ayant demandé a ce dernier, ce qu’il » pensait d’elle : je l’estime beaucoup, lui dit-il; mais » nous n’avons pas été d’accord sur une chose, que je » crois faisable; et elle non. La suite, ajoute M. du Ferrier, montra qu’elle avait dit vrai (2). » En effet, le carême et le reste de l’année se passèrent sans qu’il eût le temps d’écrire; et, comme nous le dirons bientôt, il mourut ainsi dix mois après cette entrevue.

Ce fut la seule qu’il eut avec Marie Rousseau , quoique depuis il se servit du Père Jean Chrysostome, pour lui faire de nouvelles communications sur l’œuvre future ; comme de son côté, elle employait le même moyen, pour lui soumettre les lumières Tom. i. 19

(I) Mémoires particuliers , années 1640,1041.

(2) Mémoires de M. du Ferrier, p. 275.

Communications du Père de Condren à Marie Rousseau.

(1) Mémoires particuliers, années 1640, 1642.

Le Père de Condren instruit de sa mort prochaine, fait connaître le dessein de Dieu touchant les séminaires.

(2) Mémoires deM.du Fer ricr, p. 134, 135, 136,

qu’elle recevait. Elle savait dès ce temps, peut-être par suite de ces communications, que les enfants spirituels du Père de Condren, apporteraient la paix à l'Eglise de Saint-Sulpice ; queM. Olier, celui de ses disciples sur lequel il avait agi le plus efficacement, hériterait de son travail et de celui du Père de Bérulle, et achèverait ce que ces deux Généraux de l’Oratoire avaient commencé dans les cœurs de plusieurs grands du faubourg Saint-Germain, en y jetant les premiers germes de leur conversion. Enfin, comme tout ce que le Père de Condren lui communiquait, s’accordait parfaitement avec les vues qu’elle avait elle-même, il lui semblait que le Père fût comme un canal, par lequel Jésus-Christ, résidant au très-saint Sacrement, versait en elle ses lumières , pour lui faire connaître d’avance les œuvres que la très-sainte Trinité avait résolu d’accomplir par M. Olier à Saint-Sulpice, tant pour rétablir les autres paroisses par des séminaires, que pour donner dans celle-là une figure et un modèle de cet établissement (1).

Nous venons de voir, que dans son entrevue avec le Père de Condren le 6 mars, elle lui déclara qu’il ne composerait pas les écrits qu’il méditait ; et ne verrait pas de son vivant l’établissement de l’œuvre, sur laquelle Dieu lui avait donné sa lumière. Avant la fin de cette année 1640, elle connut, dans l’oraison, qu’il mourrait bientôt et n’écrirait pas : Ce qu’elle manda au Père Jean Chrysostôme, pour qu’il allât lui en faire part ; et ce fut, selon toutes les apparences, cet avertissement de Marie Rousseau , qui détermina le Père de Condren, à exposer enfin de vive voix son dessein àM. du Ferrier, l’un de ses disciples, en le chargeant de le communiquer aux autres. Du moins, lui fit-il cette déclaration à la fin du mois de décembre de cette année, et la veille même du jour où se manifesta la maladie, qui le conduisit si rapidement au tombeau (2). « Il ar- » riva, rapporte M. du Ferrier, que j’allai voir le

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