‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 164 sur 249 · DÉCLARATION DU P. DE CONDREN · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU P. DE CONDREN

» Père de Condren ; et comme il venait de dire la » sainte Messe, je lui proposai ce que j’avais à lui » demander pour mon instruction. Dans les ré- » ponses qu’il me fit, il redit encore qu’il fallait » faire quelque chose de mieux que ce que nous » avions fait jusqu’alors. Mais, lui dis-je, mon Père, » que peut-on faire de meilleur que les missions, » où l’on voit tant de pécheurs se convertir? — Je » vais vous le dire, me répondit-il. — Aussitôt je » me ravisai, lui demandant pardon de ma curio- » sité indiscrète, et le priai de ne pas me faire con- » naître ce que c’était. — Non, me dit-il, ne vous » troublez pas : ce n’est pas curiosité ; c’est un effet » de la Providence de Dieu, qui veut que je vous dé- » clare , enfin, ce qu’il demande de vous; le » temps est venu. Mais puisqu’il est tard, remet- » tons à demain matin : je vous attendrai à huit y> heures. Je le quittai et me retirai.

» Le lendemain, après avoir dit la sainte Messe, » je me rendis, à huit heures du matin, à la chambre » du Père de Condren, où je trouvai M. de Renty, » qui se retira, lorsqu’il lui entendit dire, que j’étais » fidèle à l’heure du rendez-vous. Etant donc seuls, » il commença à me parler : et après m’avoir montré » que le fruit des missions, quoique excellent , se » perd, s’il n’est pas conservé par de bons ecclésias- » tiques, parce qu’il n’est que passager, il conclut » qu’il fallait nécessairement travailler à en former » dans l’Eglise, sans compter sur ceux qui sont déjà » avancés en âge, et promus aux Ordres sans prépaie ration, parce qu’il n’arrivait presque jamais qu’un » mauvais prêtre se convertît. C’est donc, ajouta— » t— il, une raison qui doit nous convaincre de la né- » cessité d’élever les jeunes gens dans l’esprit cléri- » cal : ce qui ne peut se faire que dans des séminai- » res, comme le Concile de Trente nous l’a sainte- » ment montré. Sur cela, je lui exposai des difficul- » tés qu’on croyait alors insurmontables, et lui rap- » pelai la persuasion où chacun était qu’inutilement

» on travaillerait à établir des séminaires, après » qu’on avait vu depuis plus de soixante ans que » ceux de Toulouse , de Bordeaux , de Rouen, » n’avaient pu réussir, nonobstant les soins des car- » dinaux de Joyeuse et de Sourdis. Il me fit voir » qu’on se trompait ; qu’il n’y avait rien de plus » aisé que d’en établir utilement , pourvu qu’on n’y » reçût que des jeunes gens avancés en âge, et dont » le jugement, déjà formé, pût faire juger, après » les avoir éprouvés quelque temps, s’ils étaient » appelés au service de l’autel. Il s’étendit beaucoup »là-dessus, me donnant courage pour attendre le » secours que Dieu donnerait indubitablement à » cette œuvre. Il ajouta même qu’il ne fallait point » perdre de temps pour commencer, parce que » l’esprit malin ne manquerait pas de faire naître » des divisions et des troubles, pour empêcher de » former de bons ecclésiastiques. Nous étions alors » dans une grande tranquillité, et on ne parlait point » encore de ces opinions, qui ont jeté depuis la di- » vision, avec un dommage extrême, dans l’Eglise. » Il m’avertit enfin, de ne prendre aucun parti que » celui du Pape, et d’éviter les combats de paroles » et les contentions , selon la recommandation de » saint Paul.

» Dix heures sonnèrent, et Frère Martin, qui était » son assistant, vint l’avertir de dire la sainte Messe ; » il lui dit d’attendre encore. Le Frère revint à » onze heures et le pressa un peu : alors je fus sur- » pris d’entendre le Père de Condren, cet homme » si sage et si circonspect, lui faire cette réponse :

» Mon Frère, si vous saviez ce que je fais, vous ne me » presseriez pas ; car ce que je fais vaut mieux, que ce » que ce que vous voule\ que je fasse. Enfin, après » avoir continué à me parler jusqu’à midi, il me dit » alors : Frère Martin se fâcherait, remettons la » suite pour demain matin. Il alla donc dire la sainte » Messe; je me retirai et ne l’ai jamais plus revu. Car,

» y étant retourné le lendemain , je trouvai qu’il était

Page 1