Dépôt général du Ministère de la guerre
— Fxpédit. de 1040, Pièce 9°.
(5) Vie de S. ■ Vincent de Paul, par Abelly, 1. i, ch.xxxvni,m-4°, p 170.
Pendant qu'ils prenaient leurs mesures pour abandonner la ville de Chartres, M. Picoté vint à Vaugirard f (1), pour aider Marie Luillier, dame de Villeneuve , dans l’établissement qu’elle y avait fait (2), d’après les conseils de saint François de Sales, son ancien directeur (3), d’une communauté de filles pour diriger les écoles dans les campagnes et les hameaux. Cet établissement, auquel saint Vincent de Paul prit aussi beaucoup de part, est l’institut des Filles de la Croix (4) , ainsi appelé à cause des traverses sans nombre que ces filles eurent à essuyer pour s’établir (5). Madame de Villeneuve, animée d’un zèle ardent pour la réforme du clergé , priait Notre— Seigneur , depuis longues années , de donner enfin des séminaires à l’église de France; entendant M. Picoté , dont elle était la pénitente, lui faire le récit de ce qui se passait à Chartres , tout-à-coup elle lui dit : Peut-être Notre- Seigneur demande-t-il que vous venie\ vous établir à Vaugirard. Surpris d’une telle proposition, M. Picoté la rejeta d’abord. Madame de Villeneuve fait instance ; elle lui représente la facilité et les avantages de cet établissement , et les moyens qu’on pourrait prendre pour le faire réussir. Elle lui témoigne que le curé de Vaugirard , M. Copin, docteur de Navarre, en serait ravi, qu’il leur donnerait son église pour y faire leurs fonctions -j*f ; que, pour elle, elle s’engageait à les aider, à les nourrir même s’il était nécessaire. Elle n’oublia ni la facilité qu’ils auraient de conserver dans ce lieu l’esprit de retraite , ni l’avantage qu’ils pourraient retirer du voisinage de Paris , en y consultant les
(6) Hisl. de la Banlieue Ecclés.
de Paris, par l'abbé Lebœuf, in-llî, t. m, 164.
f C’était alors un village aux portes de Paris , appelé autrefois Valboitron. Il fut rebâti au XIIIe siècle par l’abbé de Saint-Germain, Gérard de Moret, ce qui le lit appeler Vaugirard, du nom du restaurateur (6).
•j*f Cette église, démolie récemment, occupait l’espace du carrefour, où la rue Saint-Lambert se joint à celle de Vaugirard,
PROJ. DE SÉMIN. A VAUGIR. Mmc DE VILLENEUVE 329
personnes de piété pour l’avancement de l’œuvre de Dieu. Elle lui fit connaître depuis combien de temps elle priait pour ce dessein, l’attrait qui la portait à en procurer l’exécution ; enfin , elle fit tant que M. Picoté, après avoir recommandé cette affaire à Dieu , en écrivit à ceux de ses amis qui étaient encore à Chartres , et particulièrement à M. de Foix (1).
A l’ouverture de sa lettre, ils traitèrent cette proposition de pieuse rêverie, persuadés que s’établir dans un village tel que Vaugirard, pour y jeter les fondements de la réforme du clergé de France, c’était un dessein contraire à la raison et au bon sens. Ils le qualifièrent ainsi dans leur réponse. Néanmoins , M. de Foix s’étant retiré à Paris , M. Picoté lui représenta de vive voix le dessein de Madame de Villeneuve, d’une manière plus forte et plus étendue qu’il n’avait fait par lettres, et vint à bout d’obtenir qu’il allât en conférer avec elle. Frappé de tout ce qu’elle lui dit, M. de Foix crut y reconnaître à son tour la volonté de Dieu ; et sachant que M. du Ferrier serait assez porté à suivre son sentiment, il le pria de sè rendre auprès de lui, pour en conférer ensemble f. M. Amelote, qui regardait aussi ce dessein comme une pensée extravagante , considérant toutefois que ces Messieurs avaient alors besoin de repos, fut d’avis qu’ils demeurassent à Vaugirard, pour rétablir leur santé. On y faisait, durant ce temps, les exercices du jubilé ; et comme l’on y manquait de confesseurs , M. Picoté pria M. du Ferrier de venir travailler avec lui dans cette paroisse*. Celui-ci , s’y étant rendu, alla visiter Madame de Villeneuve, qui, déjà assurée de M. de Foix (2), et espérant déterminer bientôt M. Olier, n’oublia rien pour le persuader aussi
f Nous avons cru devoir suivre ici la narration de M. Baudrand, d’après lequel M. de Foix fut le premier qui se rendit à l’avis de M. Picoté, tandis que , selon d’autres Mémoires, M. du Ferrier l’aurait adopté d’abord.
(1) Mém. de M. Baudrand, p.8, 9.- — Vie de M. Olier, par le Père Giry, part.
1’", ch. xii. -Remarques historiques, t. m, p.
*N0TE 5, p. 3C5.
(2) Mém . de M. Baudrand,
*iN0TE (1, p.
(1) Mém. de .1 1. du Verrier, p. 153, 154.
M. Olier va trouver ses amis à Vaugirard et fait une retraite pour consulter Dieu.
(d) Mém. de M. Baudrand,
(3) Ibid.
Olier, par le V.
Giry, partie 1", ehap. xn. — Remarques historiques, t. m, p.
(6) Règlements de la communauté de S. Sulpice, in -8°, p. t', note.
(6) Mém. sur M. Olier, p. 11.
Jui-mème. Elle lui représenta que c’était le moyen d'assembler des ecclésiastiques, l'assurant que dans Paris ils ne se réuniraient jamais à eux ; elle fit agir sur son esprit l’abbé de Pormorant , ecclésiastique dévoué comme elle à l’instruction chrétienne de la jeunesse, et qui s’efforcait de former des maîtres d’école pour le diocèse de Paris 3 « M. Picoté et 3> M. l'abbé de Pormorant qu’elle poussait à cela. » m’en pressèrent beaucoup, dit M. du Ferrier,; !> mais j’avoue que ma dureté ne céda qu’à la Messe ■» qu’on me fit chanter : car à la communion, je fus » entièrement convaincu qu’il fallait venir dans ce » lieu, s’y abandonner à Dieu, et le laisser agir(l). » Réunis tous trois au même avis, ils résolurent d’en écrire à M. Olier (2). M. Picoté, son confesseur, se chargea volontiers de la commission ; il lui exposa fort au long leurs vues sur l’établissement projeté, et le conjura de s’y rendre favorable , ou du moins de partir sans délai pour Paris , afin de traiter l’affaire de vive voix. Mais Dieu, en choisissant M. Olier pour la pierre fondamentale de l’édifice, voulait être reconnu lui seul auteur de tout ce dessein , et sa providence en ménagea de loin une preuve sensible. Elle permit que M. Olier y trouvât plus de difficulté encore que les autres , et les marquât à M. Picoté dans sa réponse ; néanmoins, pour satisfaire au désir de ses amis, il partit peu de jours après. Arrivé à Paris , il se trouva toujours, quoi qu’on pût lui dire, aussi opposé au dessein de Madame de Villeneuve; et tout ce qu’on gagna sur lui , ce fut qu’il recommanderait cette affaire à Notre-Seigneur (5). Dans le dessein de connaître plus sûrement sa volonté, il se retira, au commencement du mois de décembre de l’année 1641, dans une maison de campagne (4), à Notre-Dame des Vertus, près Parisf (5), où M. Picoté alla le visiter
'•[* M. Baudrand dit cependant que M. Olier se retira à Notre-Dame de Liesse, près Saint-Germain en Laye (6).
NOUVELLE SOCIÉTÉ A VAUGIRARD
quelquefois, soit pour l’assister- spirituellement, soit pour connaître les sentiments que Dieu pouvait lui inspirer sur cette affaire. Le Seigneur, dans cette retraite, daigna lui parler en vision, mais cl’une manière tout opposée à ce que lui avait suggéré jusqu’alors sapropre sagesse. « Le 5 ou le 6 du mois >> de décembre (6), dit M. Olier, dans la retraite que » je faisais , pour savoir si c’était le bon plaisir de » Dieu que nous assemblassions quelques ecclésias- * tiques, afin de former un séminaire ; étant encore » tout ignorant de ce dessein et des succès qu’il » devait avoir ; ne sachant non plus quelles seraient » les personnes ni les membres de ce corps qui de- » vaient commencer : il plut à Dieu de se présen- » ter à moi en esprit ; et, pour m’encourager, il mè » paraissait porter dans ses bras une compagnie de » personnes , et m’exprimer par-là le grand soin » qu’il prendrait de nous; j’éprouvai en même » temps une confiance extraordinaire que cela » serait de la sorte. Dans cette vue, il me faisait ré* » péter ces paroles , dont il me montrait le sens. » auquel je n’avais jamais fait attention : Qui regis » Israël , intende ; qui deducis relut ovein Joseph : » Veillez sur nous, Seigneur, qui conduisez le » peuple d’Israël, qui conduisez Joseph et sa famille » comme une brebis. Je prononçais ces paroles » avec un cœur tout pénétré de confiance et » d’amour , et le sens m’en paraissait alors tout » nouveau (1).
» Voulant ensuite monter à cheval pour aller » trouver nos Messieurs, qui me mandaient de sor- » tir de ma solitude, je me sentis porté , par un » mouvement intérieur à remonter dans mon » appartement , où je me prosternai par terre. » demandant à mon Dieu abondance d’amour pour » nos Messieurs, et pour ceux qui devaient servir a » son dessein : ce qui me fut promis , et fut même » comme accompli sur l’heure; car il me semblait » les voir nager dans la grâce et dans l’amour.
Dieu manifeste à M.
Olier sa volonté sur le nouvel établissement.
(1 ) Analyse du 1 1 c cahier des Mémoires autographes de M.
Olier.
i2) Vie Ms. de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, t il. — Mémoires aut. de M. Olier, t. î, p.
249,250,efc.t.ii, p. 130. — Copte des mêmes, t. i, p . 5, 6, 7 j t . il, p. 143.
(I) Érang.cap.
xvn, v. 10.
(2) Vie Ms. de M. Olier, par M. de Bretonvillicrs, t. n, p. 49, 50. — Copie des Mémoires aut.
de M. Olier, t. m, p. 7, 8.
(3) Analyse du 11e cahier des Mémoires autographes de M.
Olier, par M.
Leschassier. — Abrégé du 11e cahier de ces Mémoires, Ms. de M. Bourbon. — Vie Manus. de M. Olier, par M:
f.eschassier , p.