toutes nos filles de Nantes et de la Régrippière
» qu’elles seraient un jour grandes, élevées en gloire » et en majesté! Je prie ce doux Jésus, ce divin » Maître, qu’il le fasse aux dépens de quoi que ce » puisse être (1). t>
M. Olier reçut une autre faveur dans ce voyage : il goûta plus de calme qu’il n’en avait jamais éprouvé depuis le commencement de ses peines. « Outre » cettejoie, dit-il encore àla M. de Bressand, lejour » que je partis, la bonté de notre Maître, qui n’a point » de bornes pour ses pauvres abandonnés, me fit faire ï> rencontre d’un de ses grands serviteurs, parlemi- ■» nistère duquel je me réconciliai. Je le trouvai » admirablement éclairé ; notre bon Maître me s> donna ouverture pour lui, et, en un instant, je » lui découvris tout mon état : il me remplit telle- » ment de joie et de consolation, que j’en eus pour » jusqu’à Chartres. Il m’approuva et m’expliqua » ma voie, et m’encouragea si bien dans ma con- » duite, que , depuis ce temps-là, je ne suis plus » arrêté dans mes obscurités et mes doutes comme » auparavant, et je vois clairement comme je me » dois tenir auprès de notre bon Maître. Cela m’a- » vance bien , et raccourcira beaucoup du chemin. » si la bonté de Dieu ne permet pas que je le dé- » laisse; je n’en ai point envie : million de morts » plutôt. (2) ! »
Cependant , en arrivant à Chartres, il ne fut pas difficile à M. Olier de remarquer la diversité d’opinions et de desseins qui commençait déjà à diviser ses confrères , et exposait toute la société à une entière dissolution. « J’ai trouvé bien de la besogne » dans notre petite troupe, écrivait-il ; car Dieu ou » le diable semble vouloir en éloigner un sujet qui s paraît devoir être ou très-utile ou très-nuisible, » selon les diverses faces sous lesquelles on » le voit. Priez beaucoup pour ce sujet , et en » silence ; recommandez instamment cette affaire » à Notre-Seigneur , puisqu’elle est la sienne (5). »
INCERTITUDES SUR l’ÉTABLISSEM. DE CHARTRES 527
Peut-être M. Olier a-t-il voulu indiquer ici M. de Foix; car celui-ci, à son retour de la Règrippière, aj^ant témoigné à M. Amelote et aux autres l’inutilité de leur séjour à Chartres, avis que M. Olier partagea bientôt, la Compagnie improuva ce discours, et il parut dès-lors qu’elle ne tarderait pas à se dissoudre. M. du Ferrier, au milieu de ces incertitudes, après avoir imploré le secours de la sainte Vierge, dans la chapelle souterraine de Notre-Dame de Chartres, alla consulter la Mère Gabrielle . carmélite , sœur du Père de Condren *j*. C’était une personne prudente, de grande piété ; et il ne fit pas difficulté de lui demander conseil, quoiqu’elle fût dirigée par M. Amelote, et qu’elle préférât l’avis de ce dernier à celui de M. de Foix et de M. Olier sur leur séjour à Chartres. Mais lorsqu’il lui eût rapporté ce que lui avait dit le Père de Gondren avant de mourir, et dont il n’avait jamais parlé à M. Amelote, elle lui répondit que si celui-ci témoignait qu’il fallait tout quitter, ce serait une marque de la volonté de Dieu, pour qu'il se rangeât du côté de M. de Foix et de M. Olier, et qu’il commençât, de concert avec eux, l’établissement d’un séminaire. M. Amelote ayant en effet conclu, le lendemain même, que chacun devait se retirer de son côté, M. du Ferrier demeura persuadé que son confrère n’était point appelé à travailler à cette œuvre. Ils continuèrent néanmoins de vivre dans la douceur et l’amitié ordinaires. Mais cet état de choses finit bientôt : car l’évêque de Chartres ayant été fait archevêque de Reims, et devant quitter son diocèse, ils se dispo- il. sèrent eux-mêmes à en sortir (1). p‘
f L’historien de M.Bourdoise suppose que cette Religieuse était sœur de IM. Olier (2); et celui de la Vie des quatre ( évêques assure que M. du Ferrier s’adressa au P. de lio, Condren lui-même, qui était mort le 7 janvier de cette année (3).
I) Mëm . de du Ferrier, 144, 145.
2) iis. iii-lo- I. iv, ch. iv.
(3)T. ii, p. 119,
M. Picoté goûte le projet d’établir un séminaire à Vaugirard.
Il attire à cet avis M. de Foix et M. du Ferrier.
(1) Mém. de M. Baudrand,
(2) Mém. de p. 153.
(Z)FIistoiresdes Ordres monastiques,
ch. xvii, p. 127.
(4) Archives du Royaume , section histor. Ms.