VAU GIRARD. DOM TARRISSE
« C’est une merveille, disait plus tard le serviteur » de Dieu, en rappelant cette circonstancede sa vie, » comme la miséricorde divine m’a mis entre leurs » mains. Dix-huit mois avant d’avoir pour Direc- » teur et Supérieur le Père Tarrisse et le Père Bataille, Dieu me les montra en esprit : carme » voyant alors abandonné de mon directeur à cause » des mauvais bruits dont on l’entretenait, Notre- » Seigneur me montra le Père Bataille à côté du Père » général de son Ordre que sa sainte Mère me y> destinait (1).»
M. Olier, dans ses mémoires, revient plusieurs fois sur ce sujet : Il ne se lassait pas d’admirer la Providence, qui avant même de leur faire connaître l’œuvre à laquelle ils étaient appelés, les adressa à ces deux Religieux auprès desquels ils allaient trouver tout le secours nécessaire pour le succès de leur entreprise. La paroisse de Saint-Sulpice, en effet, dont ils allaient être chargés et sur laquelle ils devaient établir le séminaire, dépendait, aussi bien pour le spirituel que pour le temporel, de l’abbaye de Saint Germain dans laquelle dom Tarrisse et cjpm Bataille , l’un comme supérieur général et l’autre comme procureur de la Congrégation de Saint-Maur, avaient une autorité considérable. Et ce qui n’était pas moins important, ces deux Religieux avaient un désir immense de procurer l’amélioration spirituelle du faubourg. Dom Tarrisse , depuis surtout qu’il résidait à l’abbaye Saint-Germain , déplorait avec douleur la dépravation où était la paroisse Saint-Sulpice, et sa peine était d’autant plus amère qu’il se voyait dans l’impuissance d’opposer à un mal si universel et si effrayant des remèdes efficaces , quoiqu’il s’efforçât d’assister spirituellement les paroissiens, par quelques uns de ses Religieux , et de suppléer ainsi, autant qu’il était en lui, à l’insouciance du curé et de ses vicaires (2). De son côté le Père Bataille désirait si ardemment la réformation du faubourg, Tom. i. 22
(1) Hém. aut.
de, M. Olier, p. 55, 122.
Dessein de la Providence dans le choix que M. Olier fit de ces deux hommes.
(2 ) Mém.part., année 1643.
(1) Mém. part.
année 1643.
(2) Ibid, années 1641 , 1642, etc.
Dom Tarrisse visite les solitaires à Vaugirard et les accom pagne.
qu’il s’était voué à Dieu en qualité de victime pour la procurer , même s’il le fallait, par l’effusion de son sang(l). Nous verrons bientôt les fruits de ces heureuses dispositions : ce que nous devons encore noter ici, c’est que l’événement semble montrer qu’une des fins principales que Dieu s’était proposées en plaçant ces deux Religieux à la tête de l’abbaye Saint-Germain, avait été de préparer une protection aux prêtres de Saint Sulpice.
Le Père Bataille, d’abord profès de l’Ordre de Cluni,se sentit attiré vers la réforme deSaintMaur, et il quitta son habit et son institut pour l’embrasser. Il y fut élu procureur général et y travailla durant plusieurs années : mais après avoir déployé toute l’énergie de son zèle pour l’établissement des œuvres de Saint-Sulpice , et quand le séminaire, nouvellement institué, eût été solennellement approuvé par l’autorité ecclésias.tique et par l’autorité civile , alors il quitta la congrégation de Saint Maur et retourna à son ancien Ordre, comme si sa mission à Saint-Germain eût été remplie (2). Quant au Père Tarrisse, Dieu le retira de ce monde dès que ces œuvres furent accomplies, et avant même qu’on commençât la construction du séminaire ainsi que nous le dirons dans la suite.
Comme donc ce digne Général de la réforme de Saint-Maur, avait été destiné par la Providence divine, à concourir à l’accomplissement de son œuvre ; à peine les trois solitaires de Vaugirard, lui eurentils fait connaître le motif de leur réunion, qu’il les confirma dans leur dessein, les assurant avec toute la confiance et la fermeté que donne l’Esprit de Dieu, qu’ils étaient appelés à servir utilement l’Eglise. Il fit plus : malgré les grandes occupations de sa charge, il alla les visiter dans leur solitude; et leur donna tous les témoignages d’intérêt et de dévouement les plus propres à les encourager. « Je ne » puis assez admirer la conduite de Dieu sur moi,
» dit M. Olier, voyant le soin particulier qu’il en a
YAUGIRARD. LE P. BATAILLE
» pris. Lorsqu’il a voulu m’appliquer au dehors,
» dans l’emploi extérieur des missions, alors il m’a » tenu et m’a conduit par les mains de M. Vincent,
» supérieur des Missionnaires ; quand après il a » voulu m’éclairer par sa bonté et me donner quelle que lumière particulière,' il m’a conduit par la » voie du défunt Père de Condren, l’homme peut- » être de l’Eglise le plus éclairé dans la sagesse di- » vine, et qui était aussi grandement expérimenté » dans la vie intérieure; en sorte que j’ai reçu, par » son moyen, mille facilités, pour comprendre les » choses que la bonté de Dieu a voulu me faire » entendre depuis. Enfin, maintenant qu’il semble » me vouloir près de lui, et m’appeler à une vie » plus retirée, il me met entre les mains de ce grand » personnage, tout-à-fait retiré et séparé du monde, » de l’esprit duquel je prie la bonté divine de vou- » loir me faire participant (1). Il a pris soin de nous » venir visiter, et nous a donné tous les témoigna- » ges possibles de son affection paternelle, et peut- » être plus grands qu’il n’en a jamais donné à per- » sonne (2)... C’est une chose inexplicable, que le » bien qu’on reçoit de l’abandon à Dieu. Car, après » m’avoir retiré le Père de Condren, Notre-Sei- » gneur m’a rendu le révérend Père Tarrisse, qui » prend le soin de toute la Compagnie.
« Il m’a donné déplus, en mon-pauvre petit par- » ticulier, le révérend Père Bataille , procureur gè- » néral de l’Ordre de Saint-Benoît, qui, par sa » grande charité, a bien voulu souffrir mon impor- » tunité, et se charger de ma fâcheuse et très-en- » nuyeuse conduite. C’est un homme qui m’est » plus utile que tout ce que je saurais choisir de ■» directeurs dans Paris ; il a peut-être plus de lu- » mières pour la conduite intérieure et pour l’ex- » térieure, et plus le don de faire avancer les » âmes, que toutes les personnes que je connais (3). » Il me semble qu’il n’y a point de dons du Saint- » Esprit , que ce saint personnage n’ait reçus en
(t) Copie des Mém. aut. de M.
Olier, t. m, p .
(2) Ibid. t. n.
Dom Hugues Bataille ; son éloge.
(3) Copie des Jlém. aut. de M.
Olier. t. m, p.
(1) Mém. aut.
de M. Olier, t. n, p. 39, 89, etc.
36, 52, 53, 129, 130, etc.
(2) Copie des Mém. aut. de M.
Olier, t. m, p.
(3) Mém. aut.
de M. Olier, t. n, p. 123.
(4) Ibid. t. u, p. 37, 459, etc.
(5) Mém. sur M. Olier, par M.
Baudrand, pag.