M. OLIER EST DÉLIVRÉ DE SES PEINES
» J’éprouve le même changement par rapport » aux facultés de mon âme et aux dons surnaturels. » Pour des ténèbres si épaisses, j’ai maintenant » tant de lumières ; pour la confusion de mon » esprit , tant de netteté dans mes pensées ; pour » mes bégaiements précédents, tant de liberté de » parler; pour les sécheresses désolantes que » j’éprouvais et que je causais aux autres, tant de » bons effets de la parole ; pour cette maudite et » malheureuse occupation sur moi-même, tant de » sentiments d’amour et d’élévation vers Dieu ! Je » suis contraint de le confesser : c’est le divin Es- » prit qui me remplit ainsi, et me possède (1). Je » me souviens que c’était là le sujet de ma conso- » lation dans mes peines ; dans l’impuissance totale » où je me voyais, je me disais à moi-même : Si ja- » mais le bon Dieu voulait se servir de moi (ce que » je ne pouvais pas croire), au moins on connaîtrait » visiblement alors celui qui agirait en moi (2). Mes » délaissements passés m’ont appris que ces biens » sont de Dieu seul, et que leur privation est mon » fond propre. Ce que je possède maintenant n’est » point un bien personnel, et qui soit attaché à » mon âme : c’est une grâce, une miséricorde que je » n’attendais pas, dont j’étais entièrement indigne; » j’étais alors délaissé de tout conseil intérieur et » presque extérieur, pour ma conduite : mainte- » nant la bonté de Dieu me donne , avec une béné- » diction non pareille, tous les conseils que je puis » souhaiter. Si deux choses se présentaient à faire, » je ne savais pas prendre la moindre résolution, » je n’avais aucun mouvement pour me dètermi- » ner : maintenant je ne suis presque jamais en » peine. Intérieurement je suis guidé comme un » enfant, qui en tout serait conduit par un père » très-sage et d’une bonté parfaite. Cela se fait » dans le fond de l’âme, par une opération divine » extrêmement délicate, et que le démon ne peut » contrefaire. Quelquefois c’est un mouvement,
(1) Mém. aut.
de M. Olier , 1. i, p. 224.
(2) Ibid. t. î, p. 234, 235.
M. Olier fait vœu de servitude à Notre- Seigneur.
(1) Mém. aut.
de M. Olier, t. t, p. 237.
Olier, par M. de BretonvillierSjt.
» d’autres fois un sentiment sans parole, qui se fait » entendre bien plus distinctement que la parole. » Car, Dieu qui est parole, se rend bien plus sen- » sible à nos âmes, que les hommes par la parole » articulée. Divine substance qui êtes parole, lu- » mière, puissance, amour; Être divin, soyez loué, » exalté et béni pour jamais ! »
Par ces effets sensibles que M. Olier éprouvait, Dieu voulait lui rendre comme palpable la vérité de la doctrine du Père de Condren , ou plutôt de saint Paul lui-même, sur la résidence et les opérations de Jésus-Christ dans les âmes; afin qu’ayant à former une multitude de prêtres , il les portât à tendre, chacun selon la mesure de sa grâce, quoique d’une manière plus simple et plus commune, à l’union avec le Sauveur. Cette assistance du Saint- Esprit était devenue plus fréquente dans M. Olier, depuis le jour où il avait fait à Jésus-Christ le vœu de servitude dont on va parler. Il avait éprouvé les premiers désirs de prendre cet engagement, pendant le temps de ses épreuves , surtout dans l’Octave des Rois 1641 (1), trois jours après la mort du Père de Condren, qui avait fait le même vœu, sans que M. Olier en eût encore aucune connaissance. Son confesseur lui conseilla cependant d’attendre une année entière (2); et ce fut au mois de janvier 1642, peu après son arrivée à Vaugirard, et le jour même où il se mit sous la conduite du Père Tarrisse, qu’il fit enfin ce vœu dont il explique ainsi la nature. « Etre serviteur d’un maître, c’est faire » tout selon sa volonté ; mais la servitude envers » Jésus-Christ demande une dépendance de corps » et d’esprit, qui s’étend aux moindres choses. De- » puis que j’ai fait ce vœu, je ne puis parler ni « même penser à Dieu , que dans la dépendance de » l’Esprit de mon Maître , qui me possède , et ap- » plique mon âme à ce qu’il veut. Autrefois je » croyais cette sujétion presque impossible. C’est » l’Esprit de mon Maître seul qui me la fait pra-