XXVI. Vers le même temps, la bonté de Dieu attira par
M. de Bas- les mêmes moyens, à Vaugirard, un ecclésiastique sancourt en- qU} ne fut pas mcqns utile à la Compagnie que le tre dans la précédent. Quoique moins habile que celui-ci dans
nouvelle com- j . .. , . 1 , ,
munauté *es sciences ecclesiastiques, il était tres-verse dans la connaissance de l’Ecriture sainte , l’intelligence et la pratique des cérémonies , du chant ecclèsias- . tique, de l’administration des sacrements , et de tous les détails du saint ministère : ce fut M. de Bassancourt , dont nous avons déjà parlé , et que l’auteur de la Vie du Père de Condren met au nombre des prêtres les plus accomplis de ce
(2) vie de P è- siècle (2). Après avoir abandonné l’établissement
re de Condren, qe Chartres, il avait suivi M. Amelote dans la édition de 1057, . . , ,T -, • , , , , „ .,
chap. xxiv, n° mission de Normandie, et, de retour a Paris, il
io. s’empressa d’aller visiter ses amis à Vaugirard (3).
(3) Mémoires Comme il était d’une humeur fort enjouée , il leur
!55 ’ demanda, avec sa gaîté ordinaire , ce qu’ils se pro¬
posaient donc d’entreprendre sur ce nouveau théâ-
VAUGIRARD. M. AMELOTE 359
tre, et si c’était à Vau girard qu’ils prétendaient réformer le clergé de France. Cet entretien sembla n’être d’abord qu’une agréable et innocente récréation. Mais dès qu’il eût entendu parler M. Olier, ne doutant plus alors que leur réunion ne fût l’ouvrage de Dieu, il se sentit pressé de se joindre luimême à eux , pour concourir de concert au même dessein (3). « Il nous semblait impossible, dit M. » Olier, de le voir se réunir à nous , à cause de ses » liaisons avec un autre , que nous ne devions pas » recevoir dans notre Compagnie , et dont il sem- » blait qu’il ne pût se séparer jamais. Lors donc » qu’il fût venu pour nous voir, notre Maître me fit » parler avec tant d’efficace , qu’il fut contraint » d’avouer que Dieu était avec nous , et qu’il se réso- » lut de devenir l’un des nôtres (4). » M. de Bassancourt quittant en effet l’air d’enjouement qu’il avait pris d’abord : « Messieurs, leur dit-il , je suis » convaincu que je trouverai plus sûrement Notre- » Seigneur dans votre maison , que dans celle de » ma Mère ; non ce n’est pas au milieu de leurs » proches que les ecclésiastiques peuvent recevoir » son Esprit. Mon parti est donc pris de vous dey> mander une cellule, et de vivre avec vous. » Comme il apercevait un colombier à l’extrémité de la maison où il savait que tout était rempli, il pria qu’on le laissât le maître d’en faire son appartement. « Vous le prendrez comme il vous plaira, ajouta-t- » il ; mais je vous déclare que je ne retourne plus » chez ma Mère, et, dès ce soir, je prétends que » vous me donniez un lit dans votre maison. » Une déclaration si franche et si ingénue plut extrêmement aux nouveaux solitaires. Ils s’assemblèrent pour un moment afin d’en conférer entre eux ; et la conclusion fut, qu’il était leur ami, leur frère, et qu’il demandait les choses de trop bonne grâce pour être refusé (1).
L’entrée de M. de Bassancourt dans la communauté eut beaucoup d’éclat à Paris , où sa famille
(3) Mémoires deM.Bciudrand, p. 14, 15.
(4) Mémoires aut. deM. Olier, t. 1. p. 233.
(3) Mémoires de M. Baudrand, p. 15, 16.
M. Amelote lui-même demande à être reçu.
(2) Mémoires deM. duFerrier, p. 136, 141.
jouissait d'une grande considération, et ne fit guère moins de bruit que les longues instances de M. Amelote pour y être reçu lui-même. Après la mission de Normandie, M. Amelote voulut visitera son tour les solitaires de Yaugirard ; et, convaincu que leur société était l’ouvrage de Dieu, il les supplia de le recevoir, non plus comme leur Supérieur, mais comme leur simple confrère. Sa réception devait offrir des difficultés. On peut se rappeler que l’année précédente , d’après un entretien avec la Sœur du Père de Condren, Religieuse Carmélite à Chartres, M. du Ferrier demeura convaincu que M. Amelote, à qui le Père de Condren n’avait jamais parlé de l’œuvre du séminaire, n’était point appelé de Dieu à y travailler ; et que M. Meyster avait déclaré la même chose à ses amis et aux Oratoriens de la maison de Saint-Magloire(l). Quoiqu’il dût leur en coûter pour exclure de leur Compagnie un ami si vertueux , ils ne purent se déterminer à l’y admettre, et répondirent à M. Amelote qu’ils ne le croyaient point appelé à concourir avec eux au même dessein. Loin d etre arrêté par ce refus, il revint une multitude de fois à la charge, et pressa instamment M. Olier, que la Compagnie nomma bientôt supérieur. Personne n’était plus cher au serviteur de Dieu, que ce digne ecclésiastique, dont il connaissait l’érudition, la sagesse et la vertu ; et ce qui l’attachait à lui plus fortement , était l’opinion qu’il en avait conçue depuis l’apparition du Père de Condren que nous avons rapportée, et dans laquelle ce saint homme lui avait dit qu’il le laissait héritier de son esprit ainsi que deux autres, dont l’un était M. Amelote. Dès ce moment . M. Olier avait regardé cet ami comme destiné par la Providence à être l’une des pierres fondamentales du nouvel édifice , et il avait persévéré dans cette opinion, jusqu’à ce que, pendant sa retraite, avant l’établissement de Yaugirard , il connut que Dieu avait sur lui d’autres desseins : car comme il offrait