LUMIÈRES COMMUNIQUÉES A M. OLIER
» nées , par la miséricorde de Dieu , de mon propre aveuglement et de ma nullité entière (1). Je n’ai (1) Mém.'aut. » plus de difficultés sur rien ; je reçois, au contraire,
» de nouvelles lumières sur des vérités dont je n’a- —Copie desMé- » vais jamais entendu parler. Elles sont si fondées motres . aut ■ de » et appuyées si solidement, que les grands théolo- p.' 7^ so.
» giens qui sont auprès de nous, en sont eux-mêmes » étonnés, et ne peuvent s’empêcher d’admirer com- » ment ils ont pu les ignorer jusqu’alors, malgré » toute leur science (2). Je vois maintenant s’accom- (2) Mém. aut. » plir la promesse que m’avait faite le défunt Père de M^. Olier, t.u, » général , que je serais un jour un des héritiers de » son esprit; je ne puis pas en douter : toutes les » choses que je lui ai ouï dire autrefois, et qu’alors » je ne pouvais concevoir, me sont expliquées main- > tenant avec une netteté qui surpasse la clarté du » soleil f.
» Depuis la mort de ce grand homme que j’ai » tant honoré (3), on entend mieux sa doctrine que (3) Copie des » de son vivant ; et la raison en est, qu’il a mainte- » liant reçu dans le ciel le don d’éclairer les esprits,
» ce qu’il n’avait pas avec tant de plénitude durant » sa vie. Notre-Seigneur , après sa mort et sa ré- » surrection , fit dans l’esprit de ses disciples ce » qu’il n’avait pas fait dans le temps de l’infirmité
f Cette promesse du Père de Condren , et la connaissance surnaturelle quïl eut des desseins de Dieu sur M. Olier, quelqu’extraordinaires qu’elles puissent paraître, sont tout-à-fait conformes à d’autres exemples analogues, que nous offre l’histoire Ecclésiastique; et montrent que Dieu s’est plu à tenir, en divers temps, la même conduite sur ses Saints. Ainsi « saint Macaire d’Alexandrie, surnommé le » jeune, s’etant mis sous la discipline de saint Antoine , ce » saint Abbé lui donna l’habit monastique, et lui prédit ce » qui lui arriverait dans le cours de sa vie. Car Dieu lui » manifesta dès-lors , qu’il destinait Macaire à de grandes » choses, je comprends , lui dit saint Antoine , que le saint » Esprit repose sur vous; et désormais je vous considérerai » comme l’héritier des grâces dont Dieu a daigné me favoriser » moi-même (4). »
(b) Principales vies desPères des déserts d’Orienl, par le P. Michel- Ange, Marin 1. 1, liv. 111, chap. 7 , p. 448.
Tom. I.
(1) Ibid. pag.
* NOTE 14, p.
(2) Mémoires aut. de M. Olier, p. 339.
Dieu bénit visiblement l’établissement de Vaugirard.
(3) Ibid, t. i, p. 233.
(4) Mémoires aut. de M. Olier, t. î. p. 207.
» de la chair, lorsqu’il n’usait pas de sa toute-puis- » sance : de même en est-il de ce grand serviteur » de Dieu (1). Il semble que, dans la plupart de ses » disciples , on voit s’accomplir cette prophétie du » Fils de Dieu aux siens, de leur envoyer son Es- » prit, un second consolateur, qui leur enseignerait » toute vérité , leur suggérerait tout ce qu’ils au- » raient entendu autrefois , leur expliquerait ce » qu’ils n’auraient pas pu comprendre, et leur don- » nerait même la science de la voix. Car, depuis la » mort de ce saint homme , tous ses disciples sont » allés prêcher , la plupart en divers lieux du » royaume , avec grande vertu et grande efficace ; » et l’on a vu en plusieurs endroits une ferveur ad- » mirable parmi les prêtres qui avaient été sous sa » conduite , et des fruits excellents de sanctifica- » tion * (2). »
Le succès inespéré du nouvel établissement pouvait passer encore pour une marque manifeste de l’approbation divine. C’était l’impression qu’éprouvaient tous ceux qui allaient visiter les solitaires de Vaugirard. «Voyant avec quel succès admirable, décrivait M. Olier, les démarches de conséquence » pour la Compagnie réussissent par mon ministère; » voyant même que celui de nos Messieurs qui por- » tait autrefois la parole, pendant que je demeurais » muet, ne veut plus parler maintenant, partout où » je me trouve, et que Dieu me met en bouche la » force et la grâce pour persuader tout ce qu’on dé- » sire , ils sont tous étonnés , et comme forcés de » confesser que Dieu est ici (3). Je vois s’accom- » plir chaque jour la promesse que Notre-Seigneur » m’a faite dans ma retraite : Tous mes intérêts » sont les tiens, et tous tes intérêts sont les miens : » Omnia mea tua sunt, et tua mea sunt (4). Sitôt que » nous avons le désir d’une chose , elle nous arrive. » Il y a trois semaines qu’étant assemblés pour con- » férer des besoins de la communauté , au moment » même où je parlais de la nécessité que j’avais d’un
succès DE l’établissement de vaugirard 355
» homme d’affaires, on frappe à la porte : c 'était un » homme très-intelligent dans les affaires, et grand » serviteur de Dieu , qui venait s’offrir à moi , pour » me servir en tout ce que je pourrais désirer. Et » il est à remarquer , qu’encore que depuis longl' temps j eusse besoin de cet homme , il ne m’était » pourtant jamais arrivé que ce jour— là d’en parler. » J avoue que jamais , en ma vie , je ne fus ni plus » confus , ni plus surpris de la bonté de Dieu, que » dans ce moment : ce qui me fit verser des lar— » mes, et me porta à m’anéantir devant cette divine » bonté (1). Il me suffit de souhaiter quelque chose, » et elle nous arrive aussitôt , sans que je le de- » mande f (2). Je vois bien maintenant se réaliser » la vue dont je fus favorisé dans ma retraite : lors- » que Dieu le Père m’apparut , nous portant dans » ses bras comme de petits enfants, et qu’il me » faisait prononcer ces paroles de l’Écriture : Qui » regis Israël, intende, qui deducis velut ovem Joseph ; » paroles qu’il a en effet justifiées avec tant de bonté, » que jamais père au monde, quel qu’il puisse être, » ne saurait secourir ses enfants , ni leur prêter la » main, avec une plus tendre sollicitude. Il- supplée » à nos besoins avec d’autant plus d’abondance, que » sa sagesse , sa puissance et son amour surpassent » toutes nos industries. Depuis qu’il m’a enseigné » ce divin abandon , tout a travaillé pour moi ; et il » semble qu’il craigne même que quelque chose ne » me manque , tant il est prévenant à mon égard ! » Les services que les hommes me rendent main- » tenant, ne leur sont jamais à charge. Toujours ils » sont accompagnés d’une grande charité, et ils me
-f- « Feu mon père, qui était fort entendu dans les affaires, » nous avait laissé sur les bras un interminable procès. » Mes parties, malgré une lettre que je leur avais écrite, re- » fusaient toute voie d’accommodement : et voilà qu’hier » elles sont venues me donner gain de cause, me priant » avec instance de ne point plaider, et m’offrant tout ce que » je pouvais souhaiter d’elles (3). »
Olier, par M. de Bretonvilliers ,t .
il, p. 49.
(2) Mémoires aut. de M. Olier, t. i, p. 232.
(3) Mémoires, aut. de M. Olier, t. i, p. 476.
aut. de M. Olier, t. i, 207.
(2) Mémoires de M. du Ferrier, p.
154, 155. — Vies Ms. de Grandet, t. i, p. 130, note p. 133.
* NOTE 15, p.
(3) État civil de Paris. Vavgirard, 7 avril
» sont prodigués avec la satisfaction de tous. Ceux » qui autrefois paraissaient être plus retenus à mon » égard, m’offrent d’eux-mêmes toutes les, commo- » dités qui me sont nécessaires. La bonté de Dieu » me préparait d’une manière cachée à cette con- » duite , lorsqu’elle retirait de moi tout le monde, » et me soustrayait tout appui, voulant m’obliger » par là à ne me confier qu’en lui seul (1). »
Cinq ou six jours après l’arrivée de ces Messieurs à Vaugirard, M. Copin, qui en était curé, les pria de prendre le soin de sa cure, jusqu’à son retour de Paris, où il croyait ne demeurer que quinze jours : ils l’acceptèrent; mais il resta neuf mois sans revenir. Cette circonstance leur donna bientôt sujet d’adorer la bonté de Dieu, qui voulut les faire passer par cet emploi, pour les instruire des devoirs des curés et des vicaires, et leur donner le moyen d’exercer les ecclésiastiques qu’ils ne tardèrent pas à recevoir. Ils n’admirèrent pas moins les attentions de cette paternelle Providence à leur procurer aussi le logement nécessaire à la communauté. Il y avait tout près de l’église une assez grande maison, avec un jardin spacieux, entouré de murailles nouvellement construites. Ayant appris que celui qui la tenait à louage f n’y venait jamais, ils lui proposèrent de les subroger à sa place. Il s’en défendit, et les obligea de l’habiter toute meublée, les priant seulement de permettre qu’il y vînt quelquefois pour dire son chapelet dans les allées du jardin. Cette maison appartenait à M. de Rochefort (2), homme d’une grande piété, qui demeurait dans le diocèse d’Auch*. Comme elle était très-propre au dessein des nouveaux solitaires, ils lui firent proposer de la leur vendre. Il répondit
f Ce locataire se nommait Amolpliini. Dans les registres de la paroisse de Vaugirard, il est qualifié Ecuyer de la grande écurie du Roi (3). Voyez Essai sur l’influence de la religion en France pendant le XVIIe siècle, t. i, p. 516.
VAUGIRARD — M. DE BASSANCOURT
d’abord qu’il n’y consentirait pas, et qu’il les priait de l’accepter en don. Mais voyant que ces Messieurs refusaient absolument son présent , il voulut alors la leur vendre, uniquement pour les en faire jouir. Car il leur céda, pour la somme de deux mille écus, cette maison, en y joignant encore une métairie dont les dépendances seules valaient autant (1); enfin lorsqu’ils en comptèrent le prix , il refusa de le prendre ; et comme son intention était de leur donner cette somme en mourant, il les pria de la garder sans intérêt. Considérant ces marques de la protection divine, « il semble, disait M. Olier, » que tout soit fait pour ceux que Dieu veut favo- » riser de ses soins (2) : il prévient même tous nos » desseins, et nous fournit plus que nous n’ose- » rions souhaiter, nous ayant donné lui-même » église, maison, serviteurs, approbation des supé- » rieurs, en un mot, tout ce que nous pouvions dé- » sirer (3). C’est lui qui a formé cette Compagnie, » c’est lui qui la conserve , c’est lui qui l’éclaire , lui ï> qui, dans la complaisance qu’il a pour elle, lui » procure mille soutiens qu’elle ne cherche point, » n’attendant rien que de sa main, et ne voulant » connaître aucun auteur de cet ouvrage que lui » seul. Dieu a fondé cette maison : Et ipse fundavit » eam Altissimus (4). »
« Nous désirions, dit M. Olier, une personne qui » devait être utile, et était même nécessaire à la » Compagnie , d’après le bon plaisir et l’ordre du » grand Dieu, qui m’avaient été manifestés. C’était » un très-habile théologien. Il arriva que, retour- » nant de Paris avecM.de Foix, nous le rencontrâ- » mes qui revenait de la maison, où il était allé » pour nous voir. Alors je m’éloignai un peu pour » laisser la parole à M. de Foix, mon supérieur, ne » me jugeant pas digne de parler avec ce théologien, » dont la capacité et la science me surpassent extrê- » mement. Mais M. de Foix me pressa, et me força » de m’approcher et de lui parler. Alors, par obéis-
( 1 ) Archives du Royaume. Secl.
domaniale, cart.
(2) Mémoires aut. deM. Olier, t. i, p. 207.
Olier, par M. de BretonvillierSjt.
(4) Ibid. t. n,
Un habile Théologien, professeur de Théologie, entre dans la communauté de Vaugirard.
» sance et contre mon gré , je commence à parler » petit à petit ou plutôt je m’abandonne à l’Esprit » de mon Maître , pour qu’il me fasse parler selon » son bon plaisir. Il me mit dans l’esprit des choses » si bonnes, si saintes et si fortes , que cet homme » en fut extraordinairement touché. M. de Foix » était également étonné des choses que produisait » mon ignorance. J’en étais moi— même tout suris» pris; et je ne doute pas que ce théologien , qui,
» huit ou dix jours après , en témoignait encore sa » surprise, n’en attribuât la cause à celui-là seul » qui peut rendre la parole aux muets. C’est cet » Esprit divin qui se cache ainsi dans ce qu’il y a » de plus abject , pour montrer que la créature n’a » point de part à ses œuvres, puisqu’il les opère » par des instruments si inhabiles et si méprisables.
» Il se plaît a manifester quelque temps leur im- » puissance, pour faire voir que les effets qui viende V Olier 1. 1 s nent ensuite , procèdent d une autre cause , qui p, 233, 234. » est lui seul (1). »