‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 206 sur 249 · MARIE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

MARIE ROUSSEAU

NOTE 10, p. 318. — Marie de Gournay, née à la campagne, de parents obscurs, eut toujours d’elle-même l’opinion la plus basse , ne voyant rien d’aussi méprisable que sa personne dans tous les ouvrages de Dieu (7). Elle épousar;David Rousseau, l’un des vingt-et-un marchands de vin de Paris; et, quoiqu’elle jouît alors d'une honnête aisance,, elle ne diminua rien de son amour pour la pauvreté. Regardant son corps comme un fumier (8), c’était son expression, elle ne pouvait souffrir de se voir revêtue d’habits neufs , n’en portait jamais que de vils et de très-communs, et ne se nourrissait presque que de restes, dont on n’avait pu retirer aucun profit (9). La vue de son néant et de sa petitesse , toujours présente à ses }reux , la portait à se refuser tout; jusque là

que la moindre dépense pour elle-même lui était insuppor- (1) Mém. aut. table (1). Sa grande étude fut toujours d’imiter la très-sainte de M. Olier, t. u, \ierge, et d’unir ses dispositions intérieures à celles dont P' 338. cette créature incomparable accompagnait toutes ses actions.

Oe peur d’occuper quelque place dans l’estime des hommes, elle évitait tout ce qui aurait pu lui donner la réputation dune personne de piété; et, durant les vingt ans qu’elle passa dans son cabaret, servant continuellement le public, elle ne témoigna jamais, ni par ses paroles, ni autrement, le moindre sentiment de Dieu, quoiqu’elle fût sans cesse unie à lui. Toutefois, elle ne laissa pas d’être utile au bien spirituel des personnes qui fréquentaient sa maison; car elle y convertit, avec les paroles les plus simples et les plus communes . une multitude de pécheurs obstinés jusqu’alors dans le mal. Enfin , son extérieur répondait tout-à-fait à l’idée qu’elle s’efforçait de donner d’elle-même ; elle n’avait rien qui la fît distinguer d'une femme du bas peuple, et . montrait en tout une grande simplicité dans ses paroles et (2) Ibid. t. u. dans sa manière d’agir (2). P- 432, 438.

Après la mort de son mari, elle voulut prendre pour elle ^ située rue la plus pauvre chambre de sa maison (3), quoiqu’elle y fût du Oindre. exposée à un grand bruit , dont elle souffrait beaucoup.

Cette créature angélique ne pouvait s’occuper que de Dieu, qui semblait être l’aliment et le soutien de son corps, comme il était l’objet continuel de ses pensées et de toutes les affections de son âme; elle lui demandait sans cesse, et avec une ardeur incroyable, delà retirer de ce monde, et le matin, à son réveil, elle ressentait une vive affliction de voir son exil encore prolongé. Dévorée d’une faim insatiable de la divine Eucharistie, elle passait quelquefois des journées entières sans autre aliment que cette manne céleste; et, s’il lui arrivait alors de prendre un peu de nourriture , comme deux ou trois cuillerées de bouillon, c’était toujours à la hâte et en se faisant à elle-même une sorte de violence.

« Je ne dirai pas, écrit M. Olier, l’effet extraordinaire de » ses paroles, qui touchent si vivement les cœurs, que vous » voyez des hommes tout changés après quelques mots » qu’elle leur adresse. On n’en voit aucun , quelque saint » qu’il soit déjà, qui ne rapporte de ses entretiens un nou- » veau courage pour se livrer au service de Dieu et au sa- » lut du prochain; elle produit, dans les plus éminents en » sainteté, des effets surprenants, par des paroles simples » et naives, qui portent dans les cœurs la lumière , en » même temps qu’elles les embrasent de l’amour de Dieu.

,, Lorsqu’elle est consultée , elle répond de la manière la » plus simple, sans expliquer les choses , ni détailler les » raisons extérieures qui peuvent les persuader. Dans son » langage grossier, il n'y a rien cependant que de conlorme

Tom. i. 24

NOTES

fl ) Mém. aut.

deM. Olier, t. vi, p. 89, jusqu’à 107, etc. ; t. n.

f‘2) Mémoires de M. du Fermer, p. 159.

(3 J Vie de M.

Bourdoise, Ms.

ia-4” p. 693.

» à la foi et à la sagesse divine ; elle dit simplement : Dieu » veut qu’on agisse de telle façon. Quelquefois elle a donné » des avis contraires à ceux des personnes les plus éclairées » dans la sagesse de Dieu , sans pouvoir expliquer autre- » ment les motifs de ses réponses; et l’expérience a toujours » montré qu’après avoir examiné les choses à loisir, ces per- » sonnes se voyaient obligées de revenir à son sentiment. » Dieu montre visiblement par elle son pouvoir absolu ; » elle n’a qu’à parler, et d’un mot elle fait ce qu’elle dit, ce » qu’elle veut et ce qu’elle demande ; et cela sans extérieur, » sans faste, sans geste, sans ces dehors qui persuadent et » gagnent ordinairement les cœurs. Elle ne cherche rien et » ne dit rien pour elle-même; c’est Dieu qui parle par elle, » et qui rend sa parole si efficace. Ainsi d’un seul mot elle » a fait bâtir des hôpitaux, celui de Mademoiselle de Lestan, » construit par Madame la Chancelière, celui de la Roche- » foucauld. Enfin , il faut que tout le bien qui s’opère au- » jourd’hui passe, en quelque sorte, par ses mains; princi- » paiement toutes les grandes entreprises qui se font dans » la capitale, comme nous le voyons de nos yeux (1). »

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