‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 237 sur 249 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

MONSIEUR OLIER ACCEPTE LA CURE DE SAINT-SULPICE A PARIS, ET Y TRANSFÈRE LE SEMINAIRE FORMÉ A YAUGIRARD.

Le Curé de Saint-Sulpice à Paris, désespérant de réformer sa paroisse, veut la quitter.

(1) Année Domin. etc. — Rem.

hist., t. in, p.

4ti7. — Vie deM.

Olier, par le P.

Gin/, part. lre, ch. xm, p. 525.

(2) Mém. sur laVie deM. Olier, par M. Baudrand, p. 19.— Vie de M. Olier, par le P. Giry, part. l'c,eli. xiv.

— • Remarques histor., t. m, p.

(3) Bibliothèque de la ville de Paris. Vol. infolio , paroisse S.-Sulp. çjrav.

du Portail.

L’établissement du séminaire, formé à Vaugirard avec tant de bénédictions, devait cependant être consommé ailleurs. La Providence avait résolu de le fixer dans la capitale même, et de mettre M. Olier à la tête de la paroisse de Paris la plus nombreuse et la plus déréglée, afin d’offrir , en sapersonne, à tous les prêtres qu’il devait former, le modèle d’un vrai pasteur des âmes (1). La paroisse de Saint-Sulpice, alors d’une étendue immense f, était devenue la sentine de la capitale, ou plutôt de toute la France. L’hérésie, l’impiété et le libertinage y régnaient impunément ; et l’ignorance des vérités de la religion y était à son comble (2). Une paroissienne, connue par son noble dévouement, la duchesse d’Aiguillon, affligée de tant de désordres qu’elle avait sans cesse sous les yeux, conjura saint Vincent de Paul de venir au secours de cette paroisse, et obtint de lui, quoique avec peine, une mission, qui eut lieu l’année 1641, et fut prêchée parles

•f- Sans parler de la paroisse du Gros-Caillou ni de l’Hôtel des Invalides, on en a formé, depuis la révolution, les paroisses de Saint-Sulpice, de Saint-Germain-des-prés , de Saint-François-Xavier, de Saint-Thomas d’Aquin, de Sainte Clotilde, de Notre Dame des champs; et pour tout dire en un mot, avant que la nouvelle Eglise de Saint-Sulpice commencée par M. Olier eût été achevée, on comptait plus de quatre cent cinquante mille personnes sur cette seule paroisse (3).

ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare, ayant à leur tête M. de Perrochel * (1). Mais cette mission, malgré les sentiments de pénitence qu’elle inspira à un grand nombre de pécheurs, sembla n’avoir servi qu’à montrer la grandeur du mal f, et, en quelque sorte , l’impossibilité d’y appliquer un remède efficace (2).

Aussi, depuis ce temps, M. Julien de Fiesque, curé de Saint-Sulpice, qui n’avait jamais osé attaquer de front, ni par lui-même, ni par ses coopérateurs, les désordres de ses paroissiens, désespérant enfin de les réformer, prit la résolution de quitter sa cure, en la permutant contre quelque bénéfice qui fût à sa convenance. *

Il avait souvent entendu parler des ecclésiastiques réunis avec M. Olier à Yaugirard, qui avaient déjà donné tant de preuves de leur zèle pour le salut des âmes. Il connaissait même personnellement M. Olier; il avait pour lui une estime et une affection particulières (3) ; et il désira de l’avoir pour successeur. Une procession, que sa paroisse faisait tous les ans à Yaugirard, selon l’usage, le jour de saint Marc, 25 du mois d’Avril, fut l’occasion naturelle pour lui en faire la première ouverture (4) ; car ces ecclésiastiques remplaçant le curé de Vaugirard, toujours absent, devaient recevoir eux-mêmes dans l’église de ce lieu le curé et la procession de Saint-Sulpice. Après la cérémonie, il entra donc en conversation avec ces Messieurs: mais il trouva en eux plus d’éloignement pour cette charge, qu’il ne se l’était sans doute figuré. Non seulement M. Olier la refusa pour lui-même, mais tous ses confrères imitèrent son exemple: chacun redoutant trop un fardeau si pesant. On doit conclure de là que ni les Pères

f M. Olier, dit Collet dans la Vie de saint Vincent de Paul , fit dans toutes les parties de cette vaste paroisse, ce que la mission, toute féconde qu’elle avait été, n'aVait guère pu faire que dans une seule (5)

‘NOTE 1, p.

(1) Vie de S.

Vincent de Paul , par Abelly, liv .

il, ch.ni.sect.lv, p. 2G1. — Vie du même , par Collet, , 1. ni, 1. 1, p.

203. -Mater. de la main de M. Lescliassier, pointa Vie de M. 0lier,p. 9. - Rem.

Inst., 1. 1, p. 24, etc.

(2) Rem, hist,,

M. Olier et tous ses confrères , ignorant encore le dessein de Dieu sur eux, refusent la cure de Saint- Sulpice.

(3) Copie des Uém,. aut. deM.

Olier, t. t, p.122.

— Rem.hist., t.i, p. 107, 108. — Vie de M: Olier, par le P. Giry, part. V°, c.li. xni.

— Rem. hist., t.

iii, p. 525.

(4) Ibid. Remarques historiques, t, i, p. 108.

(5 )Collet, Vie in-4°, t, i, p,203.

Tarrisse et Bataille, ni Marie Rousseau , ne leur avaient encore rien dit des desseins de Dieu sur eux, touchant la cure de Saint-Sulpice ; et ce silence absolu de leur part, est une preuve frappante de la sagesse toute surnaturelle avec laquelle ils se conduisaient dans cette affaire , pour que son accomplissement fût l’ouvrage de Dieu seul.

Mais peu après , les circonstances firent naître une nouvelle négociation. Comme Vaugirard est aux portes de Paris , et qu’il y venait souvent des paroissiens de Saint-Sulpice, pour se confesser à ces ecclésiastiques, M. du Ferrier alla demander à M. de Fiesque, s’il approuvait que ses paroissiens s’adressassent à eux. Celui-ci, après en avoir témoigné sa satisfaction, prit de là occasion de renouveler ses instances. «Mais, quefaites-vous-là, Messieurs? » dit-il. Si vous avez dessein de travailler au salut » des âmes, et d’assembler des ecclésiastiques, ne » leur donnez donc pas l’incommodité d’aller vous » trouver si loin; venez ici, je vous donnerai ma » cure, où vous aurez tout ce qui vous manque à » Vaugirard , et vos amis seront auprès de vous. » M. du Ferrier rejeta de nouveau sa proposition, sans vouloir l’écouter : le curé insista néanmoins, et le pria sérieusement d’y penser. « Vous pouvez, » dit-il, m’accommoder : je demande mille écus de » revenus : M. Olier possède le Prieuré de Clisson, » en Bretagne d’où je suis ; ce bénéfice rapporte » seize cents livres ; joignez-y quatorze cents li- » vres de pension, et nous voilà d’accord f. » M. du Ferrier ne voulut jamais l’écouter paisiblement, et ils së séparèrent : M. de Fiesque le conjurant d’y penser , et l’autre rejetant sa proposition , par la considération d’un si pesant fardeau ; car la paroisse de Saint-Sulpice, surpassait alors en étendue, et en nombre d’habitants, les plus grandes villes du dLebœuf!t.rû,J. royaume, après la capitale (1).

-]• L'auteur de la vie de M. de Foixe st inexact sur les circonstances de cet accord. Vies des évêques etc, tom. n, p. 120.

Ce fut peut-être à la suite de cette visite, qu’arriva ce que rapporte M. Olier. « Un de nos Mes- » sieurs, dit-il, après avoir conféré avec M. de » Fiesque sur le sujet de la cure, eut la pensée d’en » informer Marie Rousseau » (qui demeurait dans le voisinage de l’Eglise de Saint-Sulpice). « Il fut » bien surpris à son entrée chez elle : car elle lui » rapporta toutes les circonstances de leur entre- » tien. Ce matin à neuf heures, dit-elle, vous étiez ï> avec M. le curé ... Il vous a parlé le premier de » la cure, et vous a fort sollicité de prier M. Olier de » s’y rendre favorable. » Si celui qui visita ainsi Marie Rousseau était M. du Ferrier, comme on peut le penser avec beaucoup de probabilité, il est bon de faire remarquer, que naturellement prévenu contre tout ce qui s’écartait des voies ordinaires , il avait déjà conçu contre elle des sentiments d’éloignement et de défiance, qui n’avaient fait que se fortifier depuis le commencement de l’établissement de Yaugirard : et dont-lui même rend compte avec ingénuité dans ses Mémoires. « Comme elle » recevait de grandes et extraordinaires grâces de » Dieu, et qu’à cause de cela elle avait beaucoup de » réputation et de crédit auprès du chancelier et » des gens de considération : j’appréhendais ses » voies extraordinaires. Le Père de Condren » m’avait fait tant de leçons sur les voies qui s’éloi- » gnent du commun, que toute ma vie la crainte de » l’illusion est demeurée dans mon esprit ; et que » j’ai fui les gens qui passent pour extraordinaires,

» comme on évite les pestiférés. J’avais donc de la » peine à faire connaissance avec elle ; néanmoins » M. Picoté et M. Olier me pressant de la voir,

> j’allais chez elle, quoiqu’en souhaitant de ne pas » l’y rencontrer ; et il arrivait quelle n’y était jaj> mais : de quoi j’étais bien aise. Enfin après quel- » ques mois, elle s’y trouva, et me dit, que toutes » les fois que je m’étais mis en chemin pour aller » chez elle, Dieu lui faisait connaître qu’il voulait

Dispositions défavorables de plusieurs des MM. de Vaugirard , à l’égard de Marie Rousseau.

(1) Mém. de M.

du Verrier , p.

Marie Rousseau déclare à M.Olier que le séminaire doit être transféré à S.-Sulpice.

» qu’elle sortît; ce qu’elle avait fait fidèlement. Je » sais par expérience qu’elle connaissait les choses » occultes : car un jour elle m’avertit qu’une con- » férence que j’avais préparée, et mise par écrit, » pour la faire à nos ecclésiastiques , et que per- » sonne n’avait vue, était trop forte et trop relevée; » me marquant de quelle manière je devais l’adou- » cir. Je puis rendre ce témoignage à sa vertu : que » quoique sa vie fût toute extraordinaire , sa con- » duite était fort régulière, et que j’ai vu en elle une » très grande humilité et une fidélité exacte à sama- » nière de vivre, n’y ayant jamais reconnu tant soit » peu d’intérêt (1). » Mais M. du Ferrier ne forma ainsi son jugement sur. Marie Rousseau , que peu à peu , à mesure qu’il eut occasion de la connaître davantage ; et ses premières défiances persévérèrent toujours avant la translation du séminaire de Vaugirard à Paris, non moins que celles de plusieurs de ses confrères, comme on le verra bientôt.

Depuis l’arrivée de ces Messieurs à Vaugirard, elle avait l’esprit occupé presque sans cesse de leur future translation à Saint-Sulpice. Dans ses oraisons, il lui semblait que le nouveau séminaire, formé à Vaugirard , lui était montré sous l’image du jardin fermé du Cantique des cantiques ; et ces premiers séminaristes , la plupart destinés par la divine Providence à former eux mêmes des prêtres, sous celle de fleurs, les quelles, quittant ce lieu où elles étaient écloses , allaient se réunir dans le jardin de la cure de Saint-Sulpice. Elle voyait aussi que d’autres fleurs, venant à leur tour de toutes parts, formaient, par leur réunion , un riche parterre , qui fournirait en abondance des plants de tous côtés. Elle était occupée de ces pensées, lorsque le 18 mai, qui fut un dimanche, elle se sentit poussée intérieurement , après la sainte communion, à faire à M. Olierles premières ouvertures de ce dessein, dont il ne connaissait rien encore. Elle lui déclara donc, que Dieu voulait, que le

séminaire commencé à Vaugirard, fût transféré à Paris sur la paroisse de Saint-Sulpice ; que son ministère y procurerait le salut d’un grand nombre d’âmes; et que l’offre faite et plusieurs fois réitérée par M. de Fiesque, était un moyen ménagé par la Providence, pour développer et conduire à sa perfection cette œuvre si nécessaire à l’Eglise de

France, et qui était destinée à servir de motif et de modèle pour la formation d’autres semblables établissements. (1) L’ayant entendue parler de la sorte,

M. Olier qui avait en elle une parfaite confiance, était tout disposé à consentir aux propositions de M. de Fiesque, qui le pressait jusqu’à l’importunité M.Bourdoise, in par de nouvelles instances (2), pourvu que de son 4°> iiv. n-.ch.iv. côté , le Père Tarrisse son propre directeur fût de ce sentiment. Ce Religieux se trouvait alors à Vendôme, avec le Père Bataille, pour le Chapitre général de leur Congrégation ; et il est à remarquer qu’ils y furent maintenus l’un et l’autre dans leurs charges, ce qui n’arriva pas ainsi sans un dessein particulier de la Providence qui, comme nous l’avons déjà dit, voulait procurer par eux l’accomplissement de l’œuvre de Saint-Sulpice.

M. Olier, M. de Foix et M- du Ferrier, résolus V. donc de consulter le Père Tarrisse , s’assemblèrent DomTarrisse auparavant , pour délibérer entre eux sur ce qu’ils consuIté » est auraient à lui exposer. M. du Ferrier rapporta à avi& que le ses confrères son dernier entretien avec M. de Fiesque; et comme ils examinaient la chose et que chacun donnait son avis : M. de Foix, marquait avec un crayon, sur le dos d’une lettre, les raisons pour et contre, afin d’aller les communiquer au Père Tarrisse. La conclusion fut que le lendemain, dès le grand matin, M. du Ferrier partirait pour Vendôme. Il sortit en effet au point du jour , vers deux heures, et se rendit à Paris pour dire la sainte Messe et prendre ensuite la poste (3). Dans le chemin, il aperçut un météore qui, descendant du ciel, sembla fondre sur l’Eglise de Saint-Sulpice, et

séminaire soit transféré à S. - Sulpice.

(3 )'Jém. de M.

du Ferrier, p.

lui rappela ce que dit Notre-Seigneur dans l’Evangile (au sujet des effets puissants de la prédication des apôtres : videbam satanam sicut fulgur de cœlo

(1) lue ch cadentem : je voyais satan tomber du ciel , comme la

x, v, 18. ’ foudre (1) ; et quoiqu’il sût que c’était un effet naturel, il ne laissa pas d’adorer Dieu sur le sujet de son voyage, qui pouvait réjouir l’Eglise et confondre le démon. Il arriva le soir même à Vendôme. Aussitôt que le Père Tarrisse eût appris le sujet de son voyage, il lui déclara, que c’était un ouvrage de la main de Dieu, pour l’établissement du séminaire; qu’il fallait l’exécuter sans perdre de temps. Il fit plus encore : il lui offrit pour assurer le succès de cette œuvre, tout ce qui pourrait dépendre de leur Congrégation , ce qui n’était pas peu de chose : la paroisse de Saint-Sulpice, immédiatement dépendante alors de Rome , étant sous leur juridiction, et tout à fait exempte de celle de l’archevêque de Paris. « Cette circonstance , » écrivait dans la suite M. du Ferrier, « a fait paraître visiblement la sa- » gesse de Dieu et sa providence, applanissant ainsi » toutes les difficultés , qu’on aurait trouvées au- » près du conseil de l’archevêque, en se fixant sur » une autre paroisse de Paris. Car il aurait fallu » non seulement convaincre et persuader le conseil » de la possibilité de l’entreprise du séminaire, ce » qui eut été alors bien difficile ; mais encore il eût » fallu lui faire goûter ses pratiques , ses exercices, » et lui faire agréer le choix des personnes pour le » conduire. Enfin, on aurait eu de plus à surmon- » ter tout ce que la jalousie et la prévention au-

(2) Mém.deM. » raient suscité chaque jour d’obstacles contre cette

du Ferrier, p. » oeuvre (2). »

Les MM. de Vaugirard acceptentlacure de S.-Sulpice.

Oppositions contre ce des-

A son retour de Vendôme , M. du Ferrier, sans différer davantage, alla voir M. de Fiesque. Celuici l’ayant aperçu, lui demanda aussitôt quelle réponse il venait lui faire. « J’ai communiqué votre » proposition à mes amis, lui dit-il, ils n’en sont pas » éloignés ; et m’ont chargé de savoir de vous

sein.

» votre dernière conclusion , et les conditions que » vous y mettez». M. de Fiesque répéta ce qu’il avait dit, et, sans autre discours, lui donna sa parole (1). A peine eut-on connaissance, dans Paris, de la proposition faite à M. Olier, qu’il se forma, pour le supplanter, une cabale secrète (2); mais, d’une parole, Marie Rousseau la déjoua, ou plutôt la tourna en moyen de succès. « Le 22 de Mai, » dit M. Olier, elle vit, dans une lumière intérieure, » deux ecclésiastiques, qui, à l’autre bout de Paris, » prenaient ensemble leurs mesures pour faire » échouer ce dessein, et sur l’heure, elle en fit » part à une personne qui demeurait avec elle. » Le lendemain l’un d’eux venant la voir, elle » alla à sa rencontre, comme il entrait dans la » maison, et lui dit aussitôt en toute simplicité : » Hé bien, Monsieur, vous allez remuer beaucoup; » vous voulez donc empêcher l’œuvre de Notre- » Seigneur? Hier, entre quatre et cinq, vous et » telle autre personne, vous vous en occupiez vive- » ment. Je vis bien que le démon, travaillant à » la rompre, sut faire une forte impression sur » votre esprit ; mais prenez garde à ce que vous » allez faire. Ces paroles changèrent tellement les indispositions de cet ecclésiastique, ajoute M. » Olier, qu’il vint à Vaugirard: et nous pressa lui- » même d’accepter la cure (3). »

Cependant on fut étonné à Paris de cette entreprise. Chacun était persuadé que la réforme d’une paroisse aussi vaste et aussi dépravée que l’était le faubourg Saint-Germain, surpassait de beaucoup les forces de M. Olier et de ses coopérateurs ; et M. du Ferrier rapporte même que leurs meilleurs amis s’en fâchèrent. M. Renar, dont on a déjà parlé, vint à Vaugirard leur faire une vive réprimande sur la témérité qu’ils avaient eue, disait-il, d’entreprendre la construction de cette tour, qu’ils n’étaient pas capables d’achever, n’ayant, aucune des qualités nécessaires

(t) Mém. deil.

du Ferrier , p.

Olier, par M. de Bretonvilliers,t.

(3) 1b. p. 427, 428. — Mémoires aict. de M. Olier.

(1) Mém-deM.

du terrier, p.

M. Olier refuse de se charger luimême de la cure.

(2) Mém . aut.

de M. Olier, t. n , p. 6.

et avec tant d’imprudence , qu’ils exposeraient toutes les personnes de piété au mépris et à la moquerie de ceux qui verraient ce dessein tomber dès sa naissance. Lorsqu’il leur eut parlé sur ce ton, ils le remercièrent de ses avis, lui dirent qu’ils n’avaient pas agi sans consulter la volonté divine, ajoutant qu’ils méritaient la confusion qu’il prévoyait devoir tomber sur eux, et qu’ils le conj Liraient de demander pour eux la grâce d’en faire un bon usage. Il se récria là-dessus, en disant : Voilà justement ce que nous avions dit: quand on les avertira de leur conduite imprudente , ils croiront en être quittes en faisant un acte d’ humiliation; et ce pendant, la piété sera décriée, et les gens de bien méprisés, parce qu’il plaît à ces Messieurs de tout entreprendre, sans avoir de quoi soutenir. Ils le prièrent, néanmoins, de leur pardonner, et de les secourir de ses conseils, afin que l’oeuvre de Dieu n’échouât pas (1).

En se rendant favorable au projet de la cure sur la réponse du Père Tarrisse, M. Olier n’avait pas dessein de s’imposer à lui-même personnellement un si lourd fardeau, quoique, dès la première entrevue, Marie Rousseau lui eût déclaré, que c’était lui qui devait être curé de Saint-Sulpice. « Le premier jour que je lui parlai de la cure, je » lui exposai, dit-il, le désir que j’avais de la faire » tomber entre les mains d’un homme de bien : » ajoutant que j’étais disposé à céder l’un de mes » bénéfices, pour permuter avec M. de Fiesque, » comme il nous l’avait demandé. Non, me dit— » elle, il faut que ce soit vous-même qui preniez » la cure de Saint-Sulpice (2)». Néanmoins trop faible à ses propres yeux pour s’imposer une telle charge, il essaya de la faire accepter par quelqu’un de ceux de ses prêtres qu’il jugeait plus capables que lui de la porter; et tous ceux à qui il s’adressa la refusèrent. Quelques uns, touchés par l’espérance des grands fruits que pour-

rait produire, dans une si vaste paroisse, une compagnie d’ecclésiastiques gouvernée par un homme tel que M. Olier, étaient d’avis qu’il l’acceptât pour lui même : mais il n’osait pas s’y résoudre par un effet de sa profonde humilité : La vue des témoignages d’estime, d’honneur et d’affection dont il serait l’objet dans cette cure, surtout de la part dés grands, lui inspirait les plus vifs sentiments de crainte, et le portait même à prier Dieu avec instance, de l’éloigner de lui, pour le soustraire par là à ce danger (1). Ce qui le confirmait encore dans cette disposition, était l’opposition de plusieurs de ses confrères contre l’acceptation de la cure. Aussi se croyant fort de leurs raisons, alla-t-il les exposer à Marie Rousseau.

« La veille de l’Ascension 28 Mai, dit-il, lui pro- » posant les difficultés qu’on m’objectait à moix- même, elle me dit : Faites ce qu’il vous plaira ; » mais, malgré l’avis contraire de tant de personnes, » vous serez curé. Que d’autres vous disent ce qu’ils » voudront : toutefois, vous serez curé de Saint- » Sulpice, Dieu le veut. Elle me dit de plus, qu’une » personne qui traversait notre dessein, nous obli- » gérait de donner à M. de Fiesque, plus que nous » n’étions d’abord convenus (2). » La chose en effet arriva ainsi : car, au lieu d’une pension de quatorze cents livres (3) , il' en exigea dix-huit cents. (4) « Elle m’a assuré depuis, dit-il encore, que Dieu » voulait que je fusse curé de Saint-Sulpice ; que » cela serait ainsi (5); et que je devais m’abandonner » courageusement à Dieu pour le servir dans lacon- » duite de cette paroisse. Qu’à la vérité je devais » m’estimer heureux d’avoir été associé, par Notre- » Seigneur, à une Compagnie aussi capable de me se- « courir que la nôtre, mais sans m’appuyer pourtant » sur elle; et que je demeurasse ferme quand même

tous ces Messieurs viendraient à m’abandonner, y> et se sépareraient pour aller servir Dieu ail— » leurs (6). Elle a même déjà écrit le bien, que Dieu

( I ) Mém particuliers.

Marie Rousseau assure que M. Olier doit être lui même curé.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, t. n, p. 4. — Remarques historiques, t. i, p. 221.

(3) Mém. deM.

du Février, p.

(4) Mém. sur la Vie de M. 0lier, parM. Baudrand, p. 19.

(5) Mém. aut.

(G) Mém. mit.

de M. Olier, t.u, p. 3.

(11 Mém. aut.

de M. Olier, t.n, p. 348.

L’avis deMarie Rousseau vivement combattu.

Marie Rousseau soutenue par ses anciens directeurs.

» dit-elle, fera par nous dans cette paroisse, selon la » lumière qu’il a plu à Dieu de lui en donner (1). »

Mais ceux des prêtres de M. Olier , qui étaient opposés au projet de la cure , ne pouvaient prendre aucune confiance aux promesses de. succès que leur donnait Marie Rousseau ; il en était de même de tous les autres à l’exception de M. Olier, de M. de Foix et de M. Picoté. Tous étaient effrayés des difficultés morales et matérielles que présentaient l’établissement du séminaire à Paris et la réforme du faubourg Saint- Germain. S’étant épuisés pour fournir à l’essai de Chartres, et à l’établissement naissant de Vaugirard, et se voyant alors sans ressources assurées pour l’avenir, ils regardaient comme une tentative imprudente et téméraire de se charger de ces deux nouvelles œuvres qui exigeraient de grandes dépenses de leur part. Ils opposaient les plus forts arguments aux lumières de Marie Rousseau ; ils lui demandaient quelles preuves elle avait à leur donner de la certitude de ses promesses ; et comme elle n’alléguait que la simple assurance des effets qui arriveraient un jour, dont ils seraient eux-mêmes témoins, ils ne pouvaient prendre aucune confiance en ses paroles.

Au milieu de ces contestations, qui depuis près d’un mois tenaient l’affaire de la cure en suspens, Dieu voulut, sans doute pour diminuer les défiances de ces Messieurs, dont la plûpart connaissaient peu Marie Rousseau, que les anciens directeurs de celle-ci, au nombre de trois, allassent conférer avec eux sur le sujet même de ses lumières, dont ils avaient été instruits les premiers. Ce fut d’abord le Père André , du couvent des Petits-Augustins, en grande estime parmi les personnes de piété, qui la connaissait depuis vingt-quatre ans, et l’avait toujours considérée comme une âme sainte, aux lumières de la quelle il avait eu lui-même recours, pour connaître la volonté de Dieu dans les cir-

constances les plus importantes de sa vie. Le second, fut le Père Ignace, Carme déchaussé, qui passait pour être favorisé de communications spéciales avec Dieu. C’était ce même Religieux que M.Olier, durant ses grandes épreuves, avait instamment prié de célébrer une neuvaine de Messes à son intention, et qu’il appelle, dans ses Mémoires, un homme fort doux, simple, caché au monde, un grand serviteur de Dieu. Il avait tant de respect pour sa sainteté, q.ue ce Religieux lui ayant écrit une lettre après cette neuvaine : il était allé la lire à genoux au pied de l’autel. Le troisième, fut un Religieux de la compagnie de Jésus, différent du Père Armand, qui était décédé. Ces trois Religieux allèrent donc conférer avec les prêtres deVaugirard, sur ces communications contre les quelles ils étaient si fort prévenus, et dont Marie Rousseau leur avait longtemps auparavant donné connaissance à eux mêmes. Ils firent, chacun de son côté, tout ce qui était en leur pouvoir, pour la soutenir et la défendre contre leurs attaques , et aussi pour leur communiquer quelque chose de la confiance parfaite quelle leur avait toujours inspirée.

On ne saurait méconnaître dans ces oppositions la conduite de la divine Providence. Comme le séminaire qu’il s’agissait de fixer définitivement à Paris, devait servir de modèle et donner l’impulsion à tous les diocèses de France, pour la formation d’établissements semblables, Dieu, pour être reconnu seul auteur de cette œuvre, permit sans doute qu’elle fût regardée comme tout à fait impossible, par ceux mêmes qui étaient appelés à la réaliser. Du moins en permettant ainsi que la plupart des membres de la nouvelle société se montrassent d’abord, défiants et incrédules, il fit en sorte que l’œuvre une fois accomplie fût regardée par tous ceux qui l’auraient traitée de chimère, non comme un dessein concerté par les hommes, mais comme un ouvrage de sa sa-

Sur l’ordre des PèresTarrisse et Bataille, M. Olier accepte la cure.

(I ) Bcatif. et canonizat. Yincentii de Paulis, posit. super introduit. causœ, cap. it, heroïcitas virtutum omnium CXL1, p. 3 l.ilomœ, infolio, 1709.

(2) Recueil d’hommes illustres , par Dum Boudier , Ms. in.

4°, p. 7, Bibliol.

Masarine.

(3) Esprit de M. Olier.

*NOTE 3, p.

(4) Mém. aut.

de M. Olier , t.

Les compagnons deM.

Olier entrent dans ses vues, touchant la cure et la translation du séminaire.

gesse et de sa puissance, qui ne pouvait être attribué qu’à lui seul.

Indépendamment des assurances que cestrois Religieux donnaient aux prêtres de V augirard , d’autres personnes graves et d’expérience dont la prudence et le parfait désintéressement étaient connus, employaient auprès d’eux les plus vives instances, pour les déterminer à se rendre aux sollicitations de M. deFiesque, que celui-ci, sans être rebuté de leur indécision, renouvelait toujours. De ce nombre était, selon toutes les apparences, Saint-Vincent de Paul, puisqu’on lit dans les procédures de sa canonisation, qu’il s’entremit avec succès, pour faire conférer à M. Olier la cure de Saint-Sulpice (1). M. Bourdoise, le Père Tarrisse, le Père Bataille, lui conseillaient aussi de s’en charger lui-même (2). Et enfin ces deux derniers que la Providence avait donnés pour directeurs à M. Olier, finirent par lui faire un commandement exprès de l’accepter et de conclure avec M. de Fiesque(3). Ne doutant plus alors de la volonté divine, il comprit que l’honneur qu’il recevrait en qualité de pasteur, et qui lui avait fait d’abord refuser cette charge, devrait lui servir d’occasion pour combattre en lui les saillies de l’amour propre, et pour donner toute gloire à Dieu seul. Dans cette disposition il alla s’offrir à la Trèssainte-Vierge, la priant de l’aider elle-même àporter ce fardeau. « Prosterné à ses pieds, dit-il, je me suis » trouvé en esprit comme une pauvre victime, aban- » donné à sa conduite, pour devenir ce qu’il lui plai- » rait ; car il me semble que c’est dans cet esprit » que Dieu veut que je le serve, c’est-à-dire, d’hostie » dédiée à sa gloire, toute prête d’être égorgée et » immolée pour son amour (4).* »

Après qu’il eût ainsi accepté la cure de Saint- Sulpice, Dieu qui l’avait tenu jusques là dans l’ignorance de ses desseins, les lui découvrit clairement comme nous le dirons bientôt; et M. Olier ne négligea rien pour déterminer ses coopérateurs

à les exécuter avec abandon et confiance; ce qu’il leur persuada aisément : car ces ecclésiastiques, qui avaient généreusement renoncé au monde pour gagner des âmes à Dieu, considérant que la cure de Saint-Sulpice leur offrait un moyen comme assuré de satisfaire ce désir: les plus défiants, aussi bien que les autres, entrèrent avec joie dans ses vues, résolus de se dévouer tout entiers à la sanctification de la paroisse et à l’œuvre du séminaire. Instruits des desseins de Dieu sur lui et sur sa société, M. Olier conclut donc avec M. de Fiesque, le 25 juin durant l’octave de la Fête-Dieu, le traité de permutation de la cure de Saint-Sulpice (1), dont il ne devait néanmoins prendre possession qu’après avoir reçu ses provisions de Rome, selon l’usage de ses prédécesseurs. En attendant, il chercha, pendant près d’un mois, l’occasion de se présenter à l’abbé de Saint-Germain, Henri de Bourbon, évêque de Metz. « Enfin, le jeudi 31 juillet, dit— » il, je lui fus présenté, seul de notre Compagnie, » pour servir la cure de Saint-Sulpice. Il témoigna » une grande satisfaction de l’offre que je venais lui » faire, et me reçut à bras ouverts ; et ce jour-là » même , sans aucun dessein prémédité de notre » part, les Messieurs de notre société, au nombre » de douze, vinrent à l’église de Saint-Sulpice, » comme pour ratifier, sans y penser , l’offrande » que j’avais faite le matin au nom de tous (2)*. » Lorsqu’on lui objectait qu’avec le petit nombre de prêtres qui s’étaient joints à lui, il était impossible de convertir un peuple aussi nombreux que celui qui habitait le faubourg Saint-Germain : « Dieu, répondait-il, qui m’a inspiré ce désir » par sa bonté infinie, ne peut-il pas l’inspirer à » d’autres, et leur donner la pensée de venir se » joindre à nous? Au reste, quand il nous laisse- » rait seuls, celui qui a su gagner tout le monde avec » douze Apôtres, ne pourra-t-il pas attirer à soi

(1) Factum pour M. de Fiesque, Ms. de la Bibliothèque B.

Dupuy, 301 , fol.

432, et suiv. — Mém. aut. deM.

Olier, t. n, pag.

(2) Mém - aut.

de M. Olier, t.

n, p. 451, 455, 457 ; t. iv , p, 460, 461.

* NOTE 4, p.

Olier, par M. de Pretonvilliers,t.

(2) Esprit de M. Olier.

Olier, par M. de Bretonvilliers ,t.

i, p. 429,430.— Vie de M. Olier, par le P. Giry, partie l™, chap.

xiv. — Remarques historiques, t.ii, p.

M. Olier, après son acceptation, est persécuté par ses proches.

(4) Mém.deW.

Baudrand, pag.

Olier, par M. de Bretonvilliers, t.

i, p. 4-23. — Vie de M. Olier, par le P. Giry; 'partie lre, ch. xiv. — Remarques historiques. t.m,p.

(6) Mém.de M.

du Ferrier , p.

» cette paroisse avec ce que nous sommes d'ou- » vriers (1)?» Une personne, voulant le dissuader d’accepter la cure de Saint-Sulpice , lui dit qu’il n’était pas cl’une santé assez robuste pour soutenir le poids d’un si grand fardeau. « Il faut, lui » répondit M. Olier, faire la volonté de Dieu aux » dépens même de notre vie (2). Quel plus grand » bonheur que de mourir dans l’exercice de lacha- » ritè? Si Jésus-Ci-irist s’est trouvé heureux de » donner sa vie pour la gloire de son Père, et pour » le salut des hommes , qui m’empêchera d’exposer » la mienne pour la gloire de ce même Dieu, et » pour procurer aux âmes les biens qu’il leur a pro- » curés lui-même par sa mort (3)? »

Cependant les parents de M. Olier, jugeant des dignités ecclésiastiques par l’éclat qui les environne, se crurent beaucoup humiliés de l’acceptation qu’il venait de faire, d’une cure d’un faubourg de Paris, qu’on regardait alors, malgré son étendue, comme une cure de village (4), et ne dissimulèrent point, dans cette occasion, leur mécontentement et leur chagrin (5). Sa mère, plus blessée encore que les autres de le voir curé, après qu’il avait refusé l’évêché de Châlon’s et la pairie, vint à Vaugirard, et lui fit à lui-même et à ses amis des plaintes vives et amères (6), bien propres à l’ébranler, s’il eût été moins invariablement résolu à n’écouter que la voix de Dieu.

» J’ai beaucoup de peine, écrivait-il à son Di- » recteur, à dire ici ce que Dieu a permis à mon » égard, de la part de ma mère et de mon frère » aîné. Ce que je dirai n’est point à leur condam- » nation, parce qu’ils ne font que ce qu’ils croient » avoir raison de faire. Il y a plus d’innocence dans » leurs procédés, que dans la plupart des actions » que je fais à chaque instant : Je les crois très— in-

nocents en cela. Ma bonne mère voyant que j’ai » accepté cette cure, qui leur paraît indigne d’un » homme de naissance, ne peut plus me voir chez

M. OLIER ACCEPTE l.A CURE DE SAINT— SUI.P1ÇE 449

» eile (1). Notre-Seigneur permet quelle éprouve » toute sorte d’agitations , au milieu des applau- » dissements et des sentiments d’honneur et d’es- » time que les paroissiens me donnent. Elle est » maintenant comme dans le deuil , le chagrin , et » ne sachant que devenir (2). Un grand serviteur de » Dieu me disait ces jours derniers : Votre mère » parle selon les maximes de la chair; c’est le monde » qui parle en sa personne (3). »

On comprendra les motifs de cette désolation de Madame Olier si l’on considère que, selon les maximes du monde reçues partout alors, les hommes de qualité qui entraient dans le clergé , ne pouvaient être qu’évèques ou abbés , ou occuper quelqu’autre dignité qui leur donnait les moyens et la facilité de vivre en grands seigneurs. La condition de simple curé était tombée dans un si grand discrédit que, de temps immémorial, on n’avait point vu à Paris d’homme de naissance occuper une cure; et si depuis M. Olier, il s’en est trouvé qui n’ont pas craint de s’avilir, en s’occupant de la conduite des âmes par le ministère curial, c’est à l’efficacité de son exemple, après Dieu, qu’on a dû un si heureux changement. A l’occasion de l’acceptation que M. Olier fit alors de la cure de Saint-Sulpice, le Père Rapin, de la Compagnie de Jésus , nous donne ces tristes détails. « La conduite des pa- » roisses était auparavant si méprisée, que l’on î> abandonnait les cures, même les plus considéi> râbles de Paris , à des étrangers , venus de cer- » taines provinces , comme des postes peu dignes » des gens de qualité. L’Abbé Olier fut le premier » de condition qui par le zèle des âmes, se fit curé à » Paris dans le faubourg Saint-Germain ; et plu- » sieurs l’imitèrent (4). » Cet écrivain dit encore ailleurs, toujours en parlant de M. Olier : « Il était » d’une des plus anciennes familles de la robe et fort » considérable dans la ville, lequel par un pur désir » de servir Dieu, se fit curé de cette grande paroisse.

Tom. i. 29

(I) Mèm. aut.

de M. Olier , t. n, p. 408, elc.

(2) Ibid., pag.

(3) Ibid., t. il, p. 448. — Vie de M. Olier, par M.

de Brelonvilliers t. i, p. 425.

Pourquoi M.

Olier est ainsi persécuté par ses proches ?

(4) Mém. du P. Rapin, t. i, p. 484, 485.

(1 ) Mém. du P. Rapin, t. î, p. 135, 136.

Sentimens divers des frères de M. Olier, sur son acceptation de la cure.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, t.

U, p. 415, 420, 421 , 422. — Vie de M. Olier , par M .de Bretonvilliers, 1. 1, p. 424, 426,427.

* NOTE 4, p.

» Toute sa famille voulut s’opposer à ce dessein : » car les gens de qualité regardaient ces bénéfices à » charge d’âmes, comme bien au dessous d’eux en » ce temps là ; et sa mère ne pouvait pas se ré- » soudre, disait-elle, à voir son fils courir après un » trépassé, dans les rues de Paris, ce qui était une » des principales fonctions de son ministère. Mais » enfin il surmonta ces obstacles par le désir ar- » dent qu’il avait de servir Dieu, dans une si ample » mission qu’est celle de cette paroisse ; il le fit en » effet comme il l’avait projeté (1). »

Ces détails expliquent aussi, pourquoi l’un des frères de M. Olier, n’était pas moins indisposé contre lui, à raison de l’acceptation qu’il venait de faire. Il s’était figuré apparemment qu’il aurait chargé de la cure quelqu’un de ses prêtres , et se serait borné personnellement à la direction du séminaire, comme plus convenable à sa dignité d’abbé. « Mon frère aîné , dit-il , qui avait d’abord goûté » l’affaire de Saint-Sulpice , dans l’espérance que je » prendrais du train et paraîtrais dans Paris avec » éclat , ne peut plus me souffrir , depuis qu’il a » considéré la chose comme une cure , et sous le » titre de curé , qui semble être si méprisable au— » jourd’hui. Il a su, d’ailleurs, que je ne changerais » pas de manièrede vivre, et qu’au contraire jeretran- » cherais toute apparence et tout extérieur du monde ; » carunprêtredoitdétacher son cœur des vanités du » siècle, au moins autant qu’un religieux, qui serait » ridicule, s’il voulait prendre du train : de là vient » que , n’attendant de moi rien qui ressente l’éclat » et les honneurs du monde, il ne peut me souffrir, » ni moi, ni ma charge (2). Mon second frère sait » que je fais profession de servir Notre-Seigneur » en vérité, il n’en est pas choqué ; il estime cette » folie, que, par la miséricorde de Dieu, il reconnaît » maintenant être la vérité * : ce que je pense avoir » surtout été opéré par les prières de Marie Rous- » seau. J’espère qu’un jour Notre-Seigneur fera

j> encore miséricorde à mon frère aîné. Mais il n’est » pas aisé de le porter à Dieu, à raison, comme je » pense , des grandes charges et des emplois où il » prend plaisir, et qui ne lui laissent pas le loisir de » s’appliquer beaucoup à Dieu (1) f . Il est fort dans » l’estime de l’honneur et des biens , ce qui est » l’erreur commune du monde. Je ne m’étonne pas » qu’il estime ce qu’il possède et ce qu’il voit priser » et estimer aux siens. Je suis beaucoup plus éton- » né du mépris que mon autre frère en fait , et du » dégagement dans lequel il s’avance. »

M. Olier était d’ailleurs convaincu qu’il n’aurait pu renoncer à la cure de Saint-Sulpice sans anéantir les desseins de la Providence sur lui : desseins que Dieu lui avait montrés autrefois d’une manière cachée , et dont il lui donnait alors la parfaite intelligence. « La cure de Saint-Sulpice que » je vais occuper, écrivait-il, me montre bien clairea> ment ma vocation , et l’état où Notre-Seigneur » désire que je le serve dans le clergé; car, mainte- » nant, je me rappelle le songe que j’eus, il y a neuf » ou dix ans, dans lequel je vis saint Grégoire dans » un grand trône, saint Ambroise dans- un autre » au-dessous de lui, plus bas la place d’un curé qui » était vacante, et bien au-dessous un grand nombre » de Chartreux. Ce songe me montrait peut-être » que je devais remplir cette place de curé, et ser- » vir l’Eglise, comme saint Ambroise et saint Gré- » goire l’avaient servie dans leurs dignités émi- » nentes ; et que le ministère curial était bien plus » utile et plus nécessaire à l’Eglise que les occupa- » tions des simples Chartreux (2). Dès qu’on m’eut » fait la proposition de la paroisse de Saint-Sulpice, » la plus déréglée de Paris, Dieu me montra qu’elle » serait tellement renouvelée par sa miséricorde et

(1) Mém. aut.

de M. Olier, t. n, p. 400 .

M. Olier comprend le songe qui lui avait montré en énigme sa vocation.

(2) Mém. aut.

de M. Olier, t. n, p. 331. — Vie de M. Olier, par M.

de Bretonvil liers, 1. 1 , p 438,

f Le frère aîné de M. Olier avait été Conseiller au Parlement, puis Maître des Requêtes. Il réunissait alors la charge de Président au grand Conseil, et celle de Directeur des Mines et Minières de France. — Dictionnaire de la noblesse — Généalogies des Maîtres des Requêtes.

(I )Mém. aut.

de M. Olier, t.

ni, p. 142.

Dans la place de curé, M. Olier est appelé à renouveler la piété parmi le peuple et les Grands.

» le zèle apostolique de nos Messieurs , que les pa- > roisses delà capitale se réformeraient sur la nôtre, » et qu’elle pourrait servir de modèle non-seules> ment à Paris, mais encore à toute la France. Que » Dieu soit béni de nous donner ces grandes ouver- » tures, et qu’il nous fasse la grâce de correspondre » et d’être fidèles à des desseins d’une miséricorde » si privilégiée (1). » Cette prédiction vérifiée depuis , d’une manière incontestable, est d’autant plus remarquable , qu’au temps où M. Olier l’écrivait, c’est-à-dire avant d’avoir quitté Yaugirard , elle ne pouvait passer aux yeux de la prudence humaine que pour le comble de l’extravagance. Ce qu’il ajoute n’est pas moins digne d’attention :

« Maintenant que nous allons prendre la cure de » Saint-Sulpice, Dieu, ce me semble,' me manifeste » ma vocation, qui est de ranimer par trois moyens » la piété chrétienne dans ces quartiers : le premier j sera l’instruction et la sanctification du peuple ; » le second , la sanctification des docteurs et des » prêtres; et le troisième, la formation des jeunes » clercs.

» Sa bonté me donne, ce me semble , un zèle ar- » dent pour renouveler dans les esprits et dans les » coeurs des chrétiens le souvenir et l’amour des » obligations contractées envers Dieu par le bap- » tême : et je me souviens que je disais, il y a plus » de six à sept ans, à un missionnaire, que les fruits » produits par les missions n’étaient qu’un com- » mencement et une préparation à ce qui devait se » faire dans l’Eglise. La mission ne va qu’à purifier » les cœurs et à porter les hommes à la pénitence, » mais non pas à les instruire des sentiments chré- » tiens, et à leur enseigner la pratique du christia- » nisme. C’est ce que nous ferons par des confé- » rencesfamilières,des catéchismes, des méditations, » des retraites. Je sens en moi un désir si puissant » de découvrir aux hommes la vanité du monde,

» l’obligation que nous avons de mourir à ses ma- » ximes, à ses moeurs, à ses lois, en un mot , à tout

ce qui n’est pas Dieu , et Jésus-Christ son Fils, » que je ne puis le contenir ; il excite quelquefois » en moi une sainte fureur : c’est une communi- » cation de l’horreur que Jésus-Christ a eue des -t> folies et des vanités du monde. Je ressens de si » violents désirs d’en désabuser les hommes, que t> je ne vois d’autre moyen de me satisfaire, que » l’occasion offerte, par la Providence, de la cure de » Saint-Sulpice. Mes désirs s’enflamment encore » davantage , quand je pense que les plus grands » du siècle demeurent sur cette paroisse ; et alors » je me réjouis d’avoir l’occasion, si longtemps dé- » sirée , de leur découvrir leur vanité et de les dé- » sabuser de leurs erreurs. Toute notre Compagnie » brûle du même zèle, et désire avec impatience » aller H ans ce faubourg pour y faire connaître Dieu. » Ah ! si l’exercice des fonctions pastorales nous » fournit autant de sentiments de zèle et de dévoue- » ment, que la seule attente en a déjà fait naître

> Hans nos cœurs, j’espère que notre grand Maître y y trouvera son honneur et sa gloire. Cette' sainte » âme, dont j’ai parlé, Marie Rousseau, est occupée i des grands biens et des conversions éclatantes » qui vont y avoir lieu et moi-même je n’ai autre » chose dans l’esprit à Vaugirard; plusieurs saintes

> âmes s’attendent pareillement à voir procurer la » gloire de Dieu dans tout le faubourg.

» Je sens de si grands désirs de sauver tout le » monde, de répandre le zèle de l’amour et de la » gloire de Dieu dans tous les cœurs ; je pense tant

> à avoir mille sujets pour les envoyer porter pars* tout l’amour de Jésus-Christ. Mon cœur est tout

> brûlé de zèle , quand je pense à la profession que » feront les prêtres de la petite société , qui sera » une profession de servitude à Jésus-Christ et a » l’Eglise son épouse. C’est une épouse qu’il chérit » uniquement , un corps dont il a épousé tous les

M. Olier et les siens se dévouent à la paroisse deS.- Sulpice.

• NOTE 6, p.

(1) Mém. aul. » cure

» membres en particulier, pour se donnera chacun » d’eux avec autant d’amour qu’à tout le corps en- » semble. Qui ne voudra aimer celle que Jésus- » Christ aime de la sorte ? Qui ne voudra servir » celle que lui-même ne dédaigne pas de servir ? * i> Yoilà pourquoi saint Paul disait : Nous protes- » tons publiquement que nous sommes vos servi- » teurs , pour l’amour de notre Seigneur Jésus- » Christ. Aussi nous avons eu la pensée , par la » miséricorde de Dieu, et conformément aux senti- » ments de Notre-Seigneur venu pour servir l’E- » glise, de lui vouer à jamais nos travaux dans cette étant tout prêts de verser jusqu’à la dercie M. Olier, t.n, » nière goutte de notre sang, à l’imitation de Notre- — vie de M. 0- » Seigneur. Je le prie de nous taire vivre de la sorte, lier, par m. de h nous dévouant au salut de ses brebis réellement, j p 43(.. » et non pas seulement en paroles ou par ecnt(l) »

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