MADAME DE VILLENEUVE ET MADEMOISELLE BELLIER
NOTE 8, p. 417. — Les maîtresses d’école de Vaugirard, à qui M. Olier adressa une exhortation, étaient celles que formait Madame de Villeneuve. Le serviteur de Dieu estimait singulièrement cette pieuse fondatrice, non-seulement pour sa haute vertu, mais parce qu’il voyait en elle quelque chose de l’esprit et des maximes de saint François de Sales; et il aimait à lui entendre raconter les particularités de sa vie qu'elle avait remarquées. Madame de Villeneuve suivait elle-même, dans la direction de ses filles, les principes de ce saint évêque, son ancien guide ; et, empruntant le langage ingénieux qu’il parle à sa Philotée: « Ce grand Saint, disait-elle, coupe le cou au vieil » homme avec un couteau de sucre; car il n’y a rien de » si doux que ses écrits, et, toutefois, la mort de soi-même » s’ensuit en les pratiquant (2) » L’estime que M. Olier faisait de Madame de Villeneuve attira sans doute, dans sa communauté naissante . Mademoiselle Bellier, dont nous avons déjà parlé, et qu’il avait convertie à Illiers. près de Chartres, dans l’une de ses missions. Cette généreuse fille, après avoir quitté la maison paternelle, et renoncé au monde pour toujours, vint en effet à Vaugirard pour s’offrir à Madame - de Villeneuve, qui conçut pour elle les sentiments de la plus tendre et de la plus sincère affection. M. Olier continua aussi de la fortifier par ses conseils et ses avis; et peut-être parle-t-il d’elle, en terminant l’endroit de ses Mémoires, que nous avons cité plus haut: « Après cet entretien que je fis aux maîtresses » des petites écoles, dit-il, j’excitai l’une d’elles à retenir » une pratique pour l’instruction de ses pauvres: Hélas, » disait-elle, cela me touche trop le cœur pour l’oublier (3).» Au moins, l’éloge de Mademoiselle Bellier, publié après sa mort, nous permet de faire ici cette conjecture ; voici ce qu’on y rapporte: « Souvent des personnes de grand mé- » rite et de vertu faisaient de ferventes conférences chez » les Soeurs de la Croix, qui, en éclairant l’entendement. » échauffaient aussi ardemment le cœur. Celui de Made-
nata est moveri immédiate a natura spirituali secundum locum : unde philosophi posuerunt suprema corpora moveri localiter a spiritualibus substantiis ; undè videmus quod anima movet corpus primo et principaliter locali motu.
» moiselle Bellier était fort susceptible à l’amour divin, et » prenait feu lorsqu’elle entendait parler de Dieu, ou qu'elle » en parlait elle-même, ayant l’esprit actif et bon. Et M. » l’abbé Olier témoigna un jour à quelques messieurs, » zélés comme lui du salut des âmes, avoir bien de la joie » de celle-ci, la regardant comme engendrée à Jésus-Christ » par son ministère. Mademoiselle Bellier entra à la Visi- » tation en 1651, où elle mourut saintement sous le nom » de sœur Marie-Joseph (1). »
(1) Vie de s Religieuses de la Visitation, tom.
Tom. i.