‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 246 sur 249 · PRÉCIS DE LA RETRAITE QUE FIT M. OLIER POUR SE · texte numérisé non relu

PRÉCIS DE LA RETRAITE QUE FIT M. OLIER POUR SE

DISPOSER A ENTRER DANS LA CHARGE CURIALE. V Jour-

Considéra-

NOTE 7, p. 455. — « Le quatre du mois d’août, fête de lion sur lezèlc » saint Dominique, mon Directeur me donna pour sujet de des âmes.

NOTES

(1) Mém. aut.

de M. (Hier, t. u, p. 46 402,403.

|2) Ibid. t. n, p. 344, 400.

» ma méditation, l’importance de secourir les âmes, et le » zèle que je devais avoir pour leur salut, conformément à » l’exemple que le Fils de Dieu a laissé à tous les pasteurs » de son Eglise. Entrant donc en oraison, j’ai vu que ce » grand amour de Notre-Seigneur pour les âmes, procédait » de celui qu’il portait à son Père. Que la gloire de son » Père, est son grand et unique désir, et que voyant des » âmes qui pourraient le glorifier éternellement, il les a » aimées par ce motif, il est sorti si volontiers du sein » de son Père, il a quitté sa propre gloire, et s’est avili » jusqu’au point de converser avec les hommes, sans dé- » daigner de partager leur pauvreté. Que, pour les rendre » capables d’honorer et de glorifier Dieu son Père, il a en- » duré tant de travaux, tant de veilles, tant de souffrances, » et enfin la mort ignominieuse de la croix. Que cette mort » devant introduire dans le ciel une multitude d’âmes qui » rendraient à Dieu une gloire immortelle, il eût donné » cent mille vies, et eût souffert cent mille morts. Bien » plus; que, sa mort ne lui paraissant rien en comparaison » de cette gloire, il ne trouvait ni assez de peines ni assez de » tourments pour satisfaire au désir immense qu'il éprou- » vait de la procurer.

» Pendant que j’étais occupé de ces pensées, il a plu à la » bonté de Jésus, mon unique Maître, de me communiquer » quelque chose de ses sentiments; en sorte que je sentais » mon cœur tout en feu, et que j’éprouvais des désirs tout » enflammés de donner mille vies à mon Dieu, et cent mille » millions déviés, si je le pouvais, pour lui procurer quelt> que gloire. Cette communication, qui m’a été faite tout- » à-coup, a duré environ tout le temps de mon oraison: je » n’ai rien vu, dans la vie et la mort de mon Maître, que je » n’aie désiré d’imiter de point en point, et que je n’aie ré- » solu de pratiquer avec l’approbation de mon Directeur (1). » Mon Sauveur n’avait pas seulement le désir de mourir » mille fois pour son Eglise; il voulait encore se donner »à elle en nourriture, ce qu’il accomplit tous les jours au » très-saint Sacrement. C’est aussi le sentiment que sa bonté » m’a fait éprouver. Si je n’ai pas le bonheur de répandre » mon sang pour l’Eglise, au moins je serai comme son » hostie vivante, qui servira pour la nourrir; je ne dois rien » avoir qui ne soit à elle, surtout mon bien, qui servira à » la nourriture des pauvres de cette grande paroisse (2). Je » désirerais en outre, après avoir passé le jour dans le tra- » vail, de passer encore les nuits en prières devant le très- » saint Sacrement. Je conjure mon Directeur de m’accorder » cette faveur, après laquelle je soupire depuis si longtemps; » au moins de ne pas me la refuser quelquefois. Je désire » d’imiter en cela la religion démon bon Maître envers son

(1) Mém. aut de il). Olier, t. n p. 463.

» Père, et d’être comme les lampes dont j’ai si souvent » envié le sort, afin de consumer ma vie pour la gloire de » Dieu et de Jésus-Christ son Fils (1).

» Ce matin, me préparant pour dire la sainte Messe, je » sentais dans mon cœur un désir ardent d’être en autant » d’endroits qu’il y a d’hosties dans le monde, afin de glori- » fier Dieu partout: ce qui est encore une disposition de mon » Jésus, Hostie de Dieu. Comme j’allais célébrer la sainte » messe en l’honneur du grand saint Dominique, répandu » partout dans son Ordre, et comme multiplié, depuis tant » de siècles, autant de fois qu’il y a de bons religieux dans » sa famille, qui est un vase de feu brûlant et consumant les » hérésies, et rallumant la tiédeur des chrétiens; je deman- » dais à Dieu qu'il lui plût donner à toutes les cures, et à tous » les endroits où repose notre Maître des pasteurs excellents » qui veillassent à honorer et à conserver ce divin et ado- » rable trésor, et qui sussent le dispenser d’une manière » digne de sa sainteté infinie. Seigneur Jésus, vrai pasteur de » l’Eglise universelle, apportez un prompt remède à ses » besoins ; suscitez quelques personnes qui renouvellent » l’ordre divin de saint Pierre, celui des pasteurs, avec autant » d'amour et de zèle que saint Dominique a établi le sien » dans votre Eglise. Embrasez du feu de votre amour et de » votre religion des hommes qui le portent ensuite et le ré- » pandent partout le monde. Si je n’étais si misérable, si » superbe; si je n'étais le cloaque de toute ordure et de » toute infection, que je me présenterais volontiers à vous,

» pour servir à tout ce qui vous plairait dans votre Eglise;

» que je m'offrirais de bon cœur et m’abandonnerais, comme » je le fais dès à présent, comme un vase perdu pour devenir » tout ce qu’il vous plairait! Je suis à vous sans réserve.

» Je suis votre esclave, ô mon Jésus! Je vous ai voué une » entière servitude, c’est irrévocablement que je l’ai fait; je » me livre maintenant tout de nouveau et pour jamais, sans » me réserver aucun droit de pouvoir révoquer le don que je » fais de moi-même. Vous disposerez de moi selon votre bon » plaisir, comme un maître et un seigneur absolu dispose » d’un serviteur et d’un esclave. Je ne puis rien, Seigneur;

» vous seul, comme tout-puissant, pouvez produire quelque » chose de ma misère (2). P

» Le second jour de ma retraite, j’eus pour sujet de ma » méditation cette vérité: Il faut être un JÉsus-CiiRist en » terre. Notre-Seigneur m’a montré que je devais faire du » fruit dans les âmes par l’exemple; qu’il ne fallait pas les doit être un » gouverner en commandant; mais en touchant leurs cœurs Jésus-Christ » par toutes les vertus apostoliques, et surtout par la dou- en terre.

» ceur et l’humilité; que je devais être le plus humble de » toute la paroisse, en étant le plus grand pécheur; étant

(2) Ibid. t. h,

2' Jour de la retraite .

Un pasteur

NOTES

(1 j Mém. aut.

de M- Olier, t. n, p. 407,4G8,4G9.

3a Jour de la retraite.

Modestie ecclésiastique.

» d’ailleurs chargé des péchés sans nombre de tout le » peuple. Ce bon Maître me disposa hier, dans la lecture » du souper, à cette dernière pensée dont je parle: appli- » quant mon esprit au commandement que Dieu fit à saint » Pierre, pasteur universel de l’Eglise, de manger toutes » les bêtes venimeuses qui étaient dans le linceul mysté- » rieux. Il apprit de là que. participant aux péchés de toute » l’Eglise, il devait en faire pénitence pour elle, et en » pleurer les péchés comme les siens propres, en qualité » de son époux, puisque l'époux entre en communauté des » dettes, comme des commodités et des biens. Aussi est-il » remarqué que ce saint Apôtre pleurait incessamment, non- » seulement pour son propre péché, mais encore pour les » péchés de son épouse, dont il voulait obtenir le pardon,

» et à laquelle il donnait l’exemple de la pénitence, afin » qu’elle l’imitât en pleurant elle-même ses propres péchés: » l'épouse, lorsqu’elle est légitime, entre toujours dans » les sentiments de son époux.

» J’ai encore appris que Notre-Seigneur, se voyant chargé » des péchés de tout le monde, avait refusé de prendre des » consolations pendant sa vie voyagère, et n’avait pas » même ri ; au point que les conversations de sa sainte » Mère ne pouvaient le distraire de cette continuelle afflic- » tion. Il marchait sans cesse comme accablé par le poids » des torrents impétueux de nos crimes qui l'environnaient » de, toutes parts, pleurait continuellement dans son coeur, » faisait pénitence pour ses peuples, et demandait perpé- » tuellement pardon pour eux dans ses oraisons. Car quoi- » qu’il eût d’autres sentiments, par exemple, d’amour et de » louange pour son Père ; qu'il fut rempli de reconnais- » sance pour les biens accordés aux hommes, il ne quittait » pourtant jamais la vue de nos péchés : ce qui le tenait » toujours plongé dans l’affliction. M’entretenant de ces pen- » sées, il a plu à la bonté de mon Maître de me communi- » quer cette disposition intérieure, et je m’en suis vu tout » revêtu, ressentant non-seulement la tristesse, mais encore » l'humilité dans laquelle je dois vivre, et les bas senti- » ments qui doivent l’accompagner; enfin, il m’a paru que » je devais être dans la disposition de souffrir avec grande » douceur tous les mauvais traitements qu’on pourrait ja- » mais exercer sur moi (1).

» Le troisième jour de ma retraite, continuant ma médi- » tation sur l’imitation de Notre-Seigneur, dont je dois être » une représentation aux yeux des fidèles, j’ai vu que je » devais imiter sa modestie : or cette modestie a pourprin- » cipe le respect dû à Dieu, et procède du Saint-Esprit, qui, » lorsqu’il possède le corps aussi bien que l’âme, le com- » pose et le recueille parfaitement, donnant ainsi de la piété

» à tous les spectateurs, et jetant autant de traits d’amour

» de Dieu , qu’il y a de cœurs susceptibles d’éprouver les

» mouvements de la charité. Elle ne doit point être mon-

-x> daine, ni l’effet de la propre complaisance; c’est la mo-

» destie affectée du vieil homme : il faut, au contraire, que

» ce soit une vertu du nouveau, une composition extérieure,

» naissant de celle même de Jésus-Christ, qui, habitant en

» nous, la répand sur nos membres, et règle notre extérieur

» sur le sien, dans 'la démarche, la manière de parler, de

» prendre nos repas, et dans tout le reste; c'est là ce qu’on

» appelle modestie chrétienne. Son excellence paraît dans

» les effets puissants qu’elle produit, comme de gagner les

» cœurs , de les porter à Dieu : en un mot, tous ces effets

«admirables dont parle saint Paul, lorsqu’il conjure le (1 )Mém. aut.

» peuple par la modestie de Notre-Seigneur , si puissante

» sur les esprits (1). r

» Aujourd’hui j’ai appris que, dans le mystère de la Trans- 4° Jour de la » figuration que nous célébrions hier, Notre-Seigneur avait retraüe.

» parlé de sa croix, pour montrer qu’il était venu princi- Amour des » paiement pour la prêcher aux hommes, et que, de plus, souffrances.

» comme un Maître excellent, il était venu nous en ensei- » gner la pratique. C’est pourquoi il est écrit dans l’Evangile » du jour de la Transfiguration : Loquebatur excessum, voilà » l’enseignement de la croix; quem complétants erat in Je- » rusalem , voilà la confirmation de l’enseignement par » l’exemple. Dès hier, je voyais, pendant mon oraison, Notre- » Seigneur foulé aux pieds, frappé, jeté à terre par les Juifs,

» et je me voyais moi-même dans cet état, traité de la » même sorte par le monde. En même temps, je contemplais » les dispositions intérieures de Notre-Seigneur, pendant » qu’il endurait toutes ces afflictions et ces souffrances. C’était » une douceur et une patience extrêmes, disant en soi-même » qu’il méritait bien d’être traité de la sorte, puisqu’il s’é- » tait chargé des péchés de tous; je voyais qu’il s’était » chargé non-seulement des péchés que les hommes ont » commis contre Dieu , mais de tous ceux dont ils se sont » rendus coupables envers le prochain, comme le larcin, la » trahison , les infidélités que les larrons, les domestiques,

» et les sujets peuvent exercer contre les hommes, les » maîtres et les rois. Or, comme un voleur, un domestique » infidèle, surpris en flagrant délit, est maltraité et chargé » d’affronts et d’ignominies, j’apprenais que Notre-Sei- »"gneur, s'étant chargé de toutes ces sortes de péchés,

», voulait en porter la peine et le juste châtiment, avec au- » tant de douceur que de patience; qu’ainsi je devais me » résoudre à porter moi-même toutes sortes d’ignominies et » d’affronts, puisque je voulais me charger des péchés de » tous les peuples de l’Eglise, et m’abandonner, comme vie-

NOTES

(1 )Mém. aut.

de M.Olier, t.u, p. 477,478.

(2) Mém. aut.

de M.Olier, t.u, p. 477, 478,479.

(3) Ibid, t.u, p . 486 .

» time, entre les bras de la justice de Dieu , pour recevoir » sur moi les châtiments qu’il voudrait exercer sur ces » peuples (1).

» Je ne puis taire l’amour que Notre-Seigneur m’a donné » pour sa croix pendant mon oraison, et la grande joie qu’il » m’a fait éprouver en m’assurant que, dans la cure de » Saint-Sulpice où je vais entrer, j’en aurais un grand » nombre. Cette assurance me transportait tout hors de » moi, et m’obligeait de m’offrir à son amour avec des élans » et des paroles semblables aux sentiments de saint André: » O bona Crux , diu desiderata! Pour me confirmer dans la » promesse de cette grâce, il a plu à Dieu me remettre dans » l’esprit la vue d’une croix qu’il m’avait montrée déjà, et » que je porterai quand il lui plaira de la mettre sur mes » épaules. Je crois qu’elle s’approche, d’après ce que j’en- » tends dire d’un certain homme fort irrité contre moi, et » qui menace de faire imprimer contre nous des libelles, » dont il semble que notre Directeur ait eu déjà quelque » connaissance anticipée. Ce matin, lorsque j’étais dans la » ferveur de l’oraison, et que je méditais sur l’abandon aux » croix et aux souffrances, on est venu m’apprendre que M. » le curé de Saint-Sulpice avait révoqué sa parole touchant » le traité de sa cure; alors, sans éprouver aucun sentiment » de déplaisir, j’ai dit à celui qui m’apportait cette nou- » velle : Elle vient à la bonne heure, Dieu soit béni de tout. » La bonté de mon Maître prend ainsi plaisir à me mettre » dans les dispositions les plus convenables pour recevoir » ce qui doit m’arriver de fâcheux le jour même. Mais cette » nouvelle était fausse (2).

» Hélas! Seigneur, maintenant que je me vois chargé des » péchés de tout ce peuple, qu’on dit être le plus dépravé » du monde, si vous me faisiez cette miséricorde de me » donner les sentiments d’humilité, de confusion et d’anéT- » antissement que je devrais avoir à cause de cette charge, » ô mon Sauveur , je vous imiterais en ce point. Hélas ! » n’est-ce pas une grande honte à moi, que de tenir votre » place dans l’Eglise, et de n’avoir rien qui vous représente » et retrace vos vertus (3)? Le vendredi, 8 août, le matin » dans mon oraison, j’ai vu si distinctement mon néant , et » j’en ai été tellement convaincu, que je disais à mon Maître » que si je n’espérais pas qu’il tînt ma place dans la charge » qu’on me présente, je m’enfuirais au bout du monde plu- » tôt que de l’accepter; n’ayant en moi que le néant, l’aveu- » glement, l’ignorance, l’impuissance, et une entière incapa- » cité pour le servir. Il m’a semblé que Notre-Seigneur me » donne une grande horreur de l’honneur; je lui ai demandé » de bon coeur la mort plutôt que l’honneur, que je ne puis » accepter en aucune manière; car mon Seigneur a vécu et

s est mort dans la confusion et dans le mépris. D’ailleurs, t> tout mon désir étant de procurer la gloire de mon Maître,

» je ne puis éprouver de plus vive douleur que de recevoir y> de l’honneur , puisque c’est un bien qui n’appartient qu’à » mon Dieu. Hélas ! mon Dieu ! pour vous soit tout honj> neur et toute gloire, et pour moi toute confusion. Si je » pouvais vous dérober la honte que vous souffrez, et vous » rendre tout l’honneur qu’on vous dérobe, je serais satisfait;

» faites-vous donc honorer par ma propre confusion, puis- » que vous voulez vous servir de moi pour votre grande » gloire, et que vous désirez la fonder sur mon anéantisse- » ment, sur ma future qualité de curé, maintenant en igno- » minie avec le reste des fonctions curiales, enfin sur les » mépris qui me sont toujours promis dans cette con- (i)Mém.aut.

» dition (1). de M. Olier, t.m,

» Je ne m’étonne point de l’amour qu’on doit avoir pour s l’Eglise , et pour la moindre créature en tant qu’elle est » partie de cet auguste corps. Quoi de plus admirable que t> l’Eglise? Je ne comprends pas comment on ne meurt » point d’amour pour les Fidèles, puisqu’ils doivent com- » poser un jour, chacun comme partie, l’Eglise triomphante,

» qui louera la grandeur de Dieu éternellement. Lorsque » j’étais plein de ces pensées, on m’a présenté un enfant y> pour l’assister par quelque aumône; je ne sais ce que je » n’eusse pas fait pour lui, le considérant comme un membre » de cette Eglise admirable et divine , ce royaume si par- » fait, ce trône si riche de la majesté adorable de Dieu. O » bonté! que ne ferons-nous pas pour elle! Que volontiers » je voudrais répandre mon sang pour son amour, et même,

» s’il était à moi, celui de toutes les créatures (2)! » (2)lbid. p.487.

Page 1