‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 248 sur 249 · Vie de la V. M. Agnès, t. u, p. 250, n · texte numérisé non relu

Vie de la V. M. Agnès, t. u, p. 250, n

(3 ) Vie de messine J.-J. Olier, p. 419.

(l) Vie de M Olier , p. 42.

(3) L’adm.Vie liv. Ti, cb. x.

(4) Viedemessire J. -J. Olier.

(5) Vie de la V. M. Agnès, p.

(6) Mém. aut.

M. Olier, il ne dit que ces mots : « Elle lui donna son cru- » cifix et son chapelet (1).»

Il y a sujet de s’étonner que M. Faillon, si fidèle partout ailleurs à s’attacher aux pièces orginales, s’en soit écarté en ce point, et qu’à l’exemple de M. Nagot, il se soit contenté de dire : « Au moment de prendre congé l’un de l’autre, » elle lui donna son crucifix (2). » Il y a dans cette manière de s’exprimer une omission que le pieux écrivain n’aurait pas faite, s’il avait connu le document dont il vient d’être parlé et qui sera cité en répondant à la seconde question.

Cette seconde question, qui est relative au temps et au lieu où M. Olier reçut le crucifix de la Mère Agnès, offre des difficultés spéciales.

Le Religieux de Saint-Germain a écrit que ce fut à Langeac, sans s’expliquer davantage. « M. Olier, dit-il, la » reconnut et apprit d’elle ce qui s’était passé . . . Elle lui » donna le chapelet ou rosaire , le crucifix et le mouchoir » qu’il avait vus dans cette apparition. (3) » Le Père de Saint- Vincent est plus explicite sur la circonstance du temps : « M. Olier, dit-il, alla prendre congé de sa chère Mère en » Jésus-Christ. La sainte lui prédit en le quittant que Dieu » se servirait de son ministère pour former un grand s nombre d’ecclésiastiques. Puis lui ayant donné le crucifix s et le chapelet qu’elle tenait dans ses mains, lorsqu’elle » s’était apparue à lui etc. (4) » M. Nagot, comme on vient de le voir, a suivi le Père de Saint-Vincent en ce point, et M. Emery lui-même , dans l’abrégé qu’il a donné en 1808 de la Vie de la vénérable Mère Agnès, a cru devoir ajouter cette circonstance au récit primitif de M. de Lantages (5).

On ne peut blâmer M. Faillon d’avoir, à son tour, embrassé une opinion appuyée sur de si imposantes autorités ; et cependant il parait certain que c’est à Saint-Lazare et au moment de l’apparition, que M. Olier a reçu le crucifix et le chapelet que tenait la servante de Dieu, ainsi que le mouchoir dans lequel l’ange recevait ses saintes larmes.

En faveur de ce sentiment il faut citer d’abord M. Olier qui, en plusieurs endroits de ses Mémoires, a parlé de ce crucifix. Il dit en racontant l’apparition de la V. Mère Agnès :

« Mc présentant le crucifix et le chapelet, pour m’apprendre » que la croix et la dévotion à la Très-Sainte Vierge seraient » les instruments de mon salut ... J’ai encore, ajoute-t-il » presque immédiatement, son crucifix, et j’ai reçu son mou- » choir plein de saintes larmes (6). » Si ces mots: me présentant le crucifix peuvent à la rigueur s’expliquer dans le premier sentiment, comment supposer que le mouchoir plein de larmes n’ait été donné que longtemps après et loin du lieu de l’apparition.

Ailleurs M. Olier s’exprime plus clairement encore: « Ce

» crucifix lequel j’avais reçu miraculeusement (1).» Il n’y aurait rien de miraculeux clans la manière dont il le reçut, t. si l’on admettait la première opinion.

Un témoignage tout à fait explicite en faveur du second sentiment se tire de la déposition que firent, en 1722, au procès de canonisation de la Mère Agnès , Claude Bureau-Camus , chirurgien , et Antoine Palade , prêtre : Ils déposèrent que lors de l’apparition la servante de Dieu laissa son crucifix sur la table de M. Olier , afin de I lui marquer qu’il n’était pas victime d’une illusion , que la vision était bien véritable (2). La déposition d’Antoine Palade, neveu de M. Terrisse , qui fut curé de Langeac et l’un des confesseurs de la Mère Agnès, renferme un grand nombre de particularités qu’il avait apprises de son oncle et entre autres celle-ci : « Et comme ledit abbé avait » perdu le crucifix qu’elle lui avait laissé à Saint-Lazare en » signe de la réalité de son apparition, Agnès le lui remontra » et lui recommanda le secret, f» M. l’abbé Lucot, à qui nous empruntons ce passage qu’il a tiré des actes de la procédure de 1722, ajoute: «Ce détail peut servir à expliquer » et à rectifier une assertion de l’auteur de V admirable Vie :

» Cet écrivain, dans son récit (liv. VI, ch. 10), nous fait » entendre clairement que ce fut au parloir de Sainte-Ca- » therine, la première fois qu’elle vit M. Olier, que la Mère » Agnès lui donna le chapelet , le crucifix et le mouchoir qu’il » avait vus, dans cette apparition. C’est là une erreur (3).»

Enfin, ce sentiment que M. l’abbé Lucot a cru pouvoir embrasser, malgré les autorités citées plus haut et quelques autres, qu’on aurait pu y ajouter ff, se trouve très solidement appuyé par le témoignage de M. Leschassier qui, entra, en 1660, au séminaire de Saint-Sulpice et en devint le quatrième Supérieur. — Ce témoignage est consigné dans un billet qui était caché à l’intérieur de l’un des reliquaires où sont conservés les crucifix de la V. Mère Agnès. Le voici textuellement. « M. Leschassier , environ un mois avant » sa mort, me fit écrire dans un papier que l’on trou-

f C’est à cela sans doute que fait allusion M. Olier, quand il dit: «La B. Mère Agnès m’apparaissant me présenta un » crucifix qui m’est tombé depuis sa mort dans les mains » et que je porte dessus moi (4). » Quoi qu’il en soit de cette interprétation , cet endroit des Mémoires n’est pas favorable au premier sentiment.

ff On lit dans un document autographe, où Madame Tronson a consigné ce qu’elle savait sur M. Olier : « La » voyant par rencontre il la reconnut, et elle lui donna les » choses qu’il lui avait vu tenir (5). »

il, p. 421.

(2) Vie de la '.il/. Acmés, t n, p. 250 .

(3) Ibid. , p.

(4) Mém. aut, t. n, p. 479.

(b)àttest. aut f

(1) Pag. 134.

(2) Vie de la V.

M . Agnès, 1808, p. 301.

» vera dans la petite armoire où est le cœur de M. Olier, que » ce crucifix est celui de la Mère Agnès qui lui fut donné à » Saint-Lazare. A Paris le 6 avril 1726, signé Flacourt.f » La découverte inattendue de ce précieux billet ne tranche pas seulement les deux premières questions posées plus haut, elle donne aussi la solution delà troisième. Nul doute maintenant que le crucifix de la V. Mère Agnès , celui même qu’elle avait à la main quand elle apparut à M. Olier et qu’elle lui laissa en preuve de la réalité de l’apparition, ne soit encore au séminaire de Saint-Sulpice. M. Faillon, en disant (1) que, durant la révolution, une personne qui l’avait en dépôt et qui n’en connaissait pas la valeur, le vendit à vil prix, au grand regret de M. Emery, a été trompé par M. Garnier, qui, dans son Recueil de traits relatifs à M. Emery, raconte ainsi la chose : « Il avait aussi sauvé » les reliques et les papiers de la mère Agnès, et surtout » son crucifix miraculeux; mais ce crucifix, auquel il atta- » chait le plus grand prix, a été perdu par l’imprévoyance » de celui à qui il l’avait confié, et il m’a dit plus d’une fois » qu’il était inconsolable de cette perte. Nous avons encore » deux autres crucifix enchâssés qu’on prétend avoir été » à l’usage de la mère Agnès, mais il faut bien les distinguer » du crucifix dont nous parlons, que la mère Agnès portait » en ses mains quand elle apparut à M. Olier, qu’il obtint » d’elle quand il eut fait sa connaissance, et qui fut l’instru- » ment d’une guérison miraculeuse (1). »

Il est difficile d’expliquer aujourd’hui comment M. Garnier a pu être induit en erreur sur un fait de cette nature. Peutêtre le crucifix dont il s’agit , après avoir été momentanément perdu , fut-il rendu à M. Emery ou à M. Duclaux son successeur, sans que M. Garnier en fût informé. Ce qui ferait croire que dès 1808, ce crucifix était au séminaire c’est qu’en rééditant la vie de la V. mère Agnès, M. Emery a laissé réimprimer sans correctif ni note cette phrase de M. de Lantages : « Le crucifix se garde à présent à Saint- » Sulpice comme une chose d’autant plus précieuse et vé- » nérable qu’il a été l’instrument de quelques guérisons » miraculeuses (2).» Quoi qu’il en soit de ces conjectures,

f Abel André Lorieul de Flacourt, né à Paris le 18 décembre 1692, entra d'abord à la petite communauté , d’où, en 1712, il passa au grand séminaire. S’étant attaché à la Compagnie, il fut toute sa vie employé au séminaire de Saint- Sulpice. Sa belle écriture le rendait très-propre aux fonctions de secrétaire qu’il paraît avoir remplies auprès de M. Leschassier et de ses successeurs, MM. Le Peletier et Cousturier. Il mourut à Paris le 19 février 1761 et fut inhumé dans la chapelle basse sous le n° 139,

en disant que le crucifix que la V. mère Agnès portait en ses mains lorsqu’elle apparut à M. Olier n’était plus au séminaire de Saint-Sulpice , M. Garnier s’est indubitablement trompé, et, comme il arrive souvent, cette première erreur l’a entrainé dans une seconde, en lui faisant supposer qu’avant la révolution on possédait à Saint-Sulpice trois crucifix de la mère Agnès. Il n’y a pas un mot dans les papiers de la Compagnie qui autorise cette supposition, et le vénérable supérieur n’a eu l’idée de ce troisième crucifix que pour expliquer comment, après la perte du premier, il en restait encore deux au séminaire de Saint-Sulpice.

Pour ne rien omettre d’intéressant au sujet de ce premier crucifix donné par la V. prieure de Langeac, nous citerons ce que M. Olier écrivait à la Supérieure des Carmélites de Beaune, après la mort de la soeur Marguerite du Saint-Sacrement à laquelle, comme on le voit plus loin, il l’avait laissé. « Ma révérende Mère, lui disait-il, je vous demande » la grâce de pouvoir avoir le saint crucifix que je lui échan- » geai en partant , à cause qu’il a servi à la bienheureuse » sœur Agnès de Jésus, une sainte de la grâce de bienheu- » reuse sœur Marguerite, à laquelle je devais beaucoup. Ce » me serait une double consolation de ravoir maintenant » cette relique qui aurait servi à deux âmes si saintes et » divines (1). »

Quant au second crucifix provenant de la V. mère Agnès que l’on y conserve précieusement dans un reliquaire, il fut donné , le 6 novembre. 1670, à M. de Bretonvilliers, par les Religieuses de sainte Catherine de Langeac, ainsique l’a dit M. Faillon (1). On trouve dans la nouvelle Vie de la servante de Dieu, par M. l’abbé Lucot, l’acte de cession qui fut dressé à cet effet (2), et l’autographe s’en conserve au séminaire de Saint-Sulpice. Le voici presque en entier : « Je Sœur » Anne des cinq plaies indigne Prieure de ce monastère de » sainte Catherine de Sienne de Langeac, où repose le pré- » eieux corps de notre honorée Mère Agnès de la quelle » nous souhaitons, comme ses filles, suivre les inclinations » qu’elle a toujours eues d’honorer et chérir en Dieu et pour » sa gloire feu M. l’abbé Olier d’heureuse mémoire, que cette » petite communauté reconnait comme notre Père et puis- » sant avocat auprès de Jésus-Christ et sa très-sainte Mère : » chérissant en ce même divin Seigneur tous ses enfants, » Messieurs du séminaire de Saint-Sulpice lesquels ont » bien daigné nous recevoir en société de biens spirituels » avec eux, qui est une grâce que nous chérissons beaucoup » et que nous voudrions reconnaître par quelque effet qui » leur pût donner des marques de la sensible gratitude de » nos cœurs. Ne pouvant y mieux réussir qu’en leur don- » liant quelque chose qui eût appartenu à notre bienheu-

(t ) Lett. au t., i. 655.

(2) Vie de la V .

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