‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 249 sur 249 · I. Agnès, t. n, i · texte numérisé non relu

I. Agnès, t. n, i

» reuse Mère Agnès, nous avons toutes consenti et consen- » tons de tous nos cœurs que le crucifix qui a été à cette » bienheureuse Mère et par lequel Notre-Seigneur lui a fait » de si grandes grâces, comme l’on pourra voir en sa vie » au chap. XII et au chap. XIII. Cette chère Mère, quelque » temps avant sa mort, donna cette image à M. Martinon,

» archiprétre de Langeac , à condition pourtant qu’il le » rendrait à sa mort à cette sienne communauté de ses filles, » ce que ce bon serviteur de Dieu voulait faire très-fidèle- » ment : mais ayant quelque crainte que ce précieux gage » ne lui fût ôté , et nous privées de cette sainte image de » Notre-Seigneur crucifié, il a demandé à cette communauté » permission de le donner à M. de Bretonvilliers notre digne » Père : à quoi de bon cœur nous avons toutes consenti et » cédé tout le droit et toutes les prétentions que nous » avions sur ce saint crucifix : désirant que notre digne » Père en jouisse comme chose qui lui appartient et après » lui à tous ses dignes enfants, nous réservant toujours le » souvenir dans leurs saints sacrifices. »

Il ne sera pas inutile de citer à la suite de ce document les trois passages auxquels il renvoie, et qui sont tirés de la troisième partie de la Vie de la vénérable Mère Agnès par M. de Lantages. Au chapitre XII il est dit : « Jetant les » yeux sur son crucifix, elle apperçut qu’il versait du sang » de la plaie du côté. Il n’y eut qu’elle qui vît ce sang, » mais quelques unes des Sœurs ont assuré que, dans le » temps de ce crucifiment de la Sœur Agnès, elles virent » suer et pâlir ce meme crucifix. » Et un peu plus loin : «Elle » eut bien souhaité d’avoir l’usage de ses mains pour pou- » voir, en cette agonie, prendre et regarder de près et em- » brasser son crucifix, qui était sur son lit. Son divin époux » voulant satisfaire à ce désir amoureux leva miraculeuse- » ment le crucifix et le tint debout devant ses yeux assez » longtemps, sans que personne y mit la main. Une personne » fort digne de foi fut témoin de ce miracle. Et on assure » dans le couvent que la même grâce a été faite plusieurs » autres fois à la sœur Agnès, et qu’un jour, entre autres, une » des Sœurs la trouva en extase sur son lit, et son crucifix » debout devant sa face, sans être soutenu d’aucune chose. » On lit au chapitre XIIP : « Elle prit un crucifix entre les » mains et se mit à représenter humblement à Notrc-Sei- » gneur la désolation où elle se trouvait. Comme elle con- » tinuait ses humbles et amoureuses doléances, elle vit que » le crucifix sua du sang de toutes parts, et que la plaie du » côté en versa beaucoup de très-vermeil. »

On comprend que ce crucifix, instrument de tant de faveurs merveilleuses , devait être cher à la vénérable Mère Agnès. Aussi ce ne fut pas sans de grandes difficultés qu’elle

le donna à M. Martinon, comme on le lit dans une attestation de celui-ci dont l'autographe se conserve au séminaire de Saint-Sulpice, et dont voici la teneur : « Je soussigné at- » teste que le crucifix que j’ai donne à M. de Bretonvilliers » est le même que je reçus des mains de la bienheureuse » Mère Agnès, et que pour l’avoir je fus plus d’un an à la » presser pour cela : et sans les obligations qu’elle m’avait » je ne l’aurais jamais eu; et me le donna avec une extrême » peine et à condition qu’à ma mort je le rendrais à cette » sienne communauté de sainte Catherine de Langeac.

» En foi de quoi je suis signé ce dixième de Novembre » 1670.

» Martinon, archiprêtre de Langeac. »

Ces deux crucifix, si précieux par les souvenirs qui s’y rattachent , sont d’une matière et d’un travail qui n’ont rien de remarquable. Le Christ est en bronze et n’a que sept centimètres de long; la croix, en bois noir, a quatorze centimètres de longueur dans le crucifix donné à M. Olier, et dix-sept centimètres dans celui qui fut offert à M. de Bretonvilliers. Les deux reliquaires en forme de croix, dans les quels on les a enchâssés, sont déjà anciens, mais bien conservés. La glace en est fixée au moyen d’une garniture en cuivre doré qui se visse solidement à l’extrémité des quatre branches, au moyen de boutons qui forment ornement.

Au mois de mai 1871 , durant le pillage du séminaire d’Issy par les soldats de la commune, ces deux crucifix, qui y étaient conservés dans la chambre du Supérieur général, ont échappé d’une manière providentielle aux sacrilèges déprédations dont cette maison a été le théâtre. Soustraits à temps et portés à la Solitude par un domestique fidèle, qui cependant n’en connaissait pas le prix, ils coururent dans cette maison, qui échappa au pillage, des dangers d’un autre genre. L’appartement où ils avaient été déposés fut bouleversé par quelques uns des obus qui, durant plusieurs jours, ne cessèrent de tomber sur les bâtiments de cette communauté. La tourmente passée, on a eu à déplorer de grandes ruines, et des pertes bien sensibles ; mais les deux crucifix de la V. Mère Agnès ont été retrouvés intacts.

§ 2. Autographes de la V. Mère Agnès

M. l’abbé Lucol a reproduit en tête de son beau travail sur la vénérable Mère Agnès le fac-similé d’une lettre de la servante de Dieu dont l’autographe est conservé au séminaire de Saint-Sulpice. « C’est, dit le pieux biographe, tout | >, ce qui reste de la correspondance manuscrite cl’Agnès (1). » p

(11 Vie de la ' .M. Agnès, t. it,

Le séminaire de Saint-Sulpice possède, outre cette lettre, deux autographes de la vénérable Prieure de Langeac ; l’un est une lettre, et l’autre un fragment des relations que l’obéissance l’obligeait quelquefois de faire à ses directeurs, après les extases dont Notre-Seigneur la favorisait. En attendant qu’on puisse en enrichir la Vie de la servante de Dieu, il ne sera pas hors de propos de les reproduire ici.

« Jésus f Maria

Mon très-révérend et vénérable Père

« Je crois que vous n’ignorez pas que aujourd’hui est la relique de mon glorieux Père saint Vincent , duquel je désire d’avoir quelque particulière dévotion et imitation de ses insignes et rares vertus : comme en ai bien besoin afin de chasser mes imperfections qui sont si grandes et en si grand nombre. Je vous prie me mander ce que je ferai, et me dirai pour jamais. »

«Votre indigne fille, Sœur Agnès de Jésus.»

Cette lettre n’a pas de date; elle doit être du 5 avril, fête de saint Vincent Ferrier.

La pièce suivante n’est pas signée, mais elle est certainement de la même main que la précédente.

«Vive f Jésus

« Comme j’eus fait la sainte Communion, je pris la discipline et après me prosternai par terre. Du commencement je fus un peu effrayée parce que j’entendis devant la porte de notre chambre de Jésus quelque bruit, comme si c’eût été des chats qui se battaient et hurlaient tous ensemble. Après je me trouva en un lieu fort beau, là où esque je vis une belle dame, un visage resplendissant comme un soleil, une si grande gravité et modestie qui me ravissait en admiration. Mon cœur commence à trembler , et un petit enfant me mena devant cette Dame : Je me prosternai à ses pieds et lui demandai pardon de tant d’énormes péchés que j’avais commis : et encore pour mon confesseur , je lui demandai avec grande instance que l’esprit fût pur et net, et qu’elle me tînt la promesse qu’elle m’avait fait de récompenser les personnes qui me faisaient la charité. Je lui dis plusieurs paroles. Pour lors elle me dit : Ma chère fille , dis à ton confesseur qu’il m’est agréable et qu’il est en ma grâce. Pour lors je la remerciai et la priai de l’avoir toujours sous sa protection tout le temps de sa vie et qu’il ne désirât que faire la volonté de Dieu. Elle me dit encore qu’il se servît des grâces et bénédictions célestes avec une grande humilité : et pour moi d’être humble et obéissante; de pleurer quelquefois les péchés d'autrui, et que Dieu était grande-

ment irrité à cause de tant de mal qu’il se commet. Toutes les paroles qu’elle me disait , il m’était avis qu’elles me remplissaient du feu d’amour avec une si grande consolation et repos intérieur et un grand désir d’aimer Dieu. »

Avec les deux crucifix et les trois autographes dont il vient d’être parlé, le séminaire de Saint-Sulpice possède encore une côte et une vertèbre de la V. Mère Agnès (1). Il a aussi l’anneau de sa profession dans lequel une pierre violette est enchâssée (2). Quant au chapelet de la servante de Dieu laissé à M. Olier, on a vu plus haut (3) que depuis longtemps il n’est plus à Saint-Sulpice.

M. l’abbé Lucot a découvert, dans la déposition de la Mère Françoise-des-cinq-plaies, qu’au temps du procès de 1718 le mouchoir plein de saintes larmes , laissé aussi à M. Olier lors de l’apparition, se conservait encore religieusement à Saint-Lazare (4).

(1) Fie de la. V.

M. Agnès, t. h, p. 538.

(2) Ibid., p.

(4 ) Fie de la F.

M. Agnès, t. n, p. 251.

Fin du premier volume et de la première partIe.

Date Due

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