III. Ce fut là, que dès l’âge le plus tendre, il donna
Premiers in- les premiers indices de sa vocation au service des dices de la vo- autels, et de cette religion profonde, qui parut en cation de M. iui aYec tant cl’éclat dans la suite. On a lieu de croire Olier à l’état que sa mgrei avant de le mettre au monde, avait ecclesiastique eu je pjeux mouvement de le consacrer à la très-
(2) Mémoires sainte Vierge (2). Lorsqu’elle le portait dans son «uf.de J^Ohci, sein, eq£ eut un SOnge qUi }a frappa beaucoup, à
(3) La Vie de cause du rapport qu’il paraissait avoir avec celui par kplrTrou- ù110 l’on raconte de mère de Saint Dominique (3). rou, in-4°, Paris, Durant son sommeil elle crut voir un flambeau 1739, hv. i, c. 2, arc]enp qUj poussait sa flamme sur un globe et .qui
♦NOTE 5 3ü f embrasait* (4) ; comme si l’auguste Reine du ciel (41 vie de M eait voulu i'aire connaître, qu’elle prenait cet enfant Olier, par M. de sous sa protection, et qu’il serait aussi un nouvel BretonviUiers, instrument de sa gloire. Si madame Olier n’alla pas ’ P" e ' jusqu’à se persuader, que ce flambeau fût un signe du zèle et de la charité que son enfant devait un jour répandre dans l’Eglise, elle commença du moins à penser que Dieu avait sur lui quelque dessein particulier, lorsqu’elle remarqua en lui une sorte d’instinct religieux, assez surprenant dans un enfant de son âge. Nous lisons de saint Thomas d’Aquin, que l’unique moyen d’arrêter ses larmes, dans son enfance, était de lui mettre quelque livre entre les mains ; trait qui a passé pour un présage de la profonde science de cet Ange de l’École. On remarquait, dans le jeune Olier, quelque chose de semblable. Lorsque sa nourrice voulait mettre fin
(5) Remarques historiques , \ .
!li p. 283.
f La rue Saint-Sulpice, ainsi appelée parce qu’elle conduisait à l’église de ce nom, est connue aujourd’hui sous le nom de rue des Canettes (5), qu’elle prit d'une enseigne où trois canettes étaient représentées.
enfance de m. olier.
à ses cris et à ses pleurs, elle le portait à l’église de Saint Sulpice (1), voisine de sa maison; et la présence du lieu saint faisait aussitôt sur lui, ce que ne pouvaient opérer ni les amusements, ni les caresses nécessaires aux faiblesses de l’enfance ; car à peine l’y avait-on porté, que la tranquillité la plus parfaite prenait en lui la place des pleurs et des cris (2).
Une marque plus certaine de sa vocation à l’état ecclésiastique, fut la haute idée que, dès son enfance, il eut du saint Sacrifice de la Messe et de la sainteté des ministres chargés de l’offrir, quoiqu’il ne pût dans la suite s’expliquer à lui-même la manière dont elle lui avait été inspirée. Il rapporte qu'un jour, à lage de sept ans, étant allé à l’église des Religieux de Saint-Antoine, pour y assister au saint Sacrifice, et voyant passer le prêtre qui se rendait à l’autel, il reçut tout-à-coup une vive lumière de la pureté et de la sainteté nécessaires au prêtre ; et que cette vue fit sur lui une si profonde impression , qu’elle ne s’effaça jamais de son esprit (3). Voici comment il parle de l’estime qu’il avait déjà conçue pour le saint Sacrifice', et qu’il regardait dans la suite comme un signe de sa vocation au ministère des autels : « Je pense que les » premiers desseins de la bonté de Dieu ont tou- » jours été de me faire vivre en son Église en qualité >.> de prêtre, vu que, dès l’âge de sept ans , j’avais » une telle idée de la sainteté des prêtres, que, dans » mon pauvre esprit d’enfant, les voyant à l’autel, » je les croyais ne pouvoir vivre que de la vie de » Dieu; et qu’ils étaient si appliqués et consommés » en lui, que je m’étonnais de les voir cracher. Je » souffrais une grande peine de les voir tourner la » tête , croyant qu’ils eûssent tout-à-fait perdu » l’usage de la vie (4), et qu’ils n en avaient que » pour Dieu et pour faire le divin Sacrifice : comme » les Saints du ciel qui sont entièrement séparés de » tout ce monde et morts aux choses d’ici-bas.
(i) Remarques historiques, t. i, p. 29 t. 3, p. 3.
Olier, par M. de Brelonvilliers,
La haute idée qu’il adès son enfance du S.
Sacrifice de la Messe.
('A) Attestations aut. louchant M.
Olier, pag. 203 et 183.
(4) Année Dominicaine, etc.
— Remarques historiques , t.
m, p. 453. — Vie de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, 1. 1.
page 12.
» Enfin je les croyais devoir être tout autres et tout » changés, depuis qu’ils étaient revêtus de leurs » habits sacerdotaux, et surtout depuis qu’ils étaient » montés au saint autel.
« Je ne sais qui m’avait imprimé dans l’esprit » cette idée de la sainteté des prêtres ; ce pouvait » être mon père ou ma mère , ou les bonnes per- » sonnes qui fréquentaient la maison , à cause que » de tout temps mes parents m’avaient destiné à » l’Église. Que Dieu veuille les récompenser, par sa » divine miséricorde, des grandes charités qu’ils » m’ont faites, et du soin qu’ils ont toujours pris » de mon éducation à la piété et aux lettres. Us » n’ont rien épargné , ni biens , ni temps , ni » peines, ni prières, ni larmes ; en un mot, toutes auudelToiler » les bonnes et saintes instructions, et les exemples 1. 1, p- 92, 93. » que je pouvais attendre de leur part , je les ai Di°™ » reçus. Dieu les en bénisse, et les comble de grâce partie de Sept. » et de gloire. Je crois donc que , par leur moyen, TT , Remarlues » je pus recevoir cette haute idée de la sainteté des
historiques, t. 1 \
III, p. 433. » pretres (1). »
y Ce fut sans doute aussi par le moyen de ses pieux
Sa dévotion parents, surtout de son père , qu’il apprit , dès sa envers la très- plus tendre enfance, à honorer l’auguste Mère de sainte Vierge. Dieu ; dévotion qui, avec celle du très-saint Sacrement, fut comme le caractère distinctif de son enfance et de toute sa vie. Tout ce qui lui rappelait la très-sainte Vierge, ou avait quelque rapport avec elle, excitait la joie ou la reconnaissance de ce saint enfant. Il s’estimait heureux d’être né d’une mère au^deM^Olier se h01*1111^ Marie , et dans une rue appelée t. n, p. 377 . ’ Notre-Dame-d' Argent (2) f . Quoiqu’il fût doué d’un
f La rue, autrefois appelée Notre-Dame-d’ Argent, est sans doute la même que celle du Roi de Sicile, où était situé Fhôtel de la famille Olier. Il est à présumer qu’on l’avait surnommée Notre-Dame-d’ Argent, depuis que François I" eut placé, au coin de cette rue et de celle des Juifs, une statue d’argent de la sainte Vierge, en réparation d’un sacrilège commis par des hérétiques. Mais celle-ci ayant
ENFANCE DE M. OLIER
esprit vif et d'une grande facilité de mémoire, il comptait beaucoup plus , pour le succès de ses études, sur l’assistance de la très-sainte Vierge que sur ses talents naturels. Avant d’apprendre ses leçons, il l’invoquait toujours avec une dévotion extraordinaire ; et , comme si Dieu eût voulu le mettre dans une sorte de nécessité de recourir sans cesse à elle , il ne pouvait jamais rien apprendre qu’à force d 'Ave Maria, ainsi que lui-même nous le dit. Lorsqu’il récitait cette prière, sa confiance en sa protectrice paraissait d’une manière touchante ; et l’on eût dit, en le voyant, que l’Esprit-saint lui communiquait alors une portion des lumières et de la charité de l’Ange, dont il prononçait les paroles avec tant d’effusion de cœur.
Il nous fait connaître , dans ses Mémoires, une autre pratique qui entretenait en lui ce recours habituel à Marie ; c’était de ne rien entreprendre, sans aller auparavant la prier de le lui commander, comme à un enfant qui veut dépendre en tout des volontés de sa mère (1), et de lui offrir les prémices {^L-mnéel)0. de tout ce qu’on lui donnait. « Je remarquerai ici, minicame, ib. » dit-il, une chose qui paraît ridicule, ou au moins ^r\bues~hi^e0l » trop enfantine ; mais pourtant j’ai toujours été riques, t. m, p. » obligé de la continuer : c’est que je n’ai jamais osé 453 •
» me servir d’aucun nouveau vêtement , comme » d’habits, de chapeaux et du reste , sans lui en » consacrer le premier usage, en m’allant présenter » à elle à Notre-Dame, avec mes nouveaux habits,
» la priant de ne pas souffrir que pendant qu’ils » seraient à mon usage, j’eusse le malheur d’offenser » jamais son Fils. Ilm’est parfois arrivé de croire que » cette pratique était une faiblesse et une niaiserie,
été dérobée, et remplacée par une nouvelle statue de bois, puis par une de marbre, la rue cessa peu-à-peu d’être appelée Notre-Dame-d’ Argent, et reprit le nom de rue du Roi de Sicile, qu’elle devait à Charles d’Anjou, comte de Provence, et roi de Naples et de Sicile, qui y avait son hôtel.
» comme aussi une sujétion trop grande, voyant
» que pas un de ceux que je connaissais n’en usait,
» et que j’étais le seul. Mais, dès que je manquais
» à ce devoir, j’en étais aussitôt repris; car le jour
» même, ou le lendemain , ou fort peu de temps
» après, mes hardes se perdaient, ou se déchiraient.
» ou bien se brûlaient. Je remarquais ces accidents
» comme une peine visible , qui m’était envoyée
aut. deM. Olier, » pour me corriger de ma faute, et m avertir de n y
t. i, p. t30, 13t. » pius retomber (1). »