VI. Lorsqu’il eût atteint environ sa huitième année
On le des- ses parents le mirent au collège, et ce fut là surtout
tine à l’état qU’il fit admirer ses rares dispositions pour les
ecclésiastique lettres et la vertu. Tous ses maîtres ont assuré qu’il
- inquiétudes avajt l’esprit extrêmement vif et pénétrant , qu’il
que fait naiti e sa£stssatt aisément les choses les plus difficiles pour oTsndc vi
& , les enfants de son âge, et qu’il les retenait avec une
vacite. , , „ ... , ^ °
égalé facilite. Peu apres son entree au college , ses parents le consacrèrent à Dieu , dans l’état ecclésiastique, auquel ils l’avaient toujours cru appelé, (2) La Vie de et obtinrent pour lui un bénéfice (2). Mais la viva- M. Olier , par le cité de son naturel augmentant avec l’âge, ils compartie, ch. n, mencerent a avoir des inquiétudes sur sa vocation,
p. 5. — Vie du et doutèrent s’il serait propre un jour à des fonc-
de me'Bretonrü- tions , qui demandent tant de modestie et de reteliers, 1. 1, p. 15. nue (3). « Au rapport de ma mère , dit-il dans ses même! par v! » Mémoires, mille et mille fois j’aurais dû périr Leschàssier, p.2 » sans le secours particulier de Dieu, à cause d’une „ T,. , „ » humeur violente et bouillante qui m’empêchait Olier, par M. de » de regarder ou je marchais, ni ou j allais ; si bien Bretonvilliers, » que souvent je roulais du haut des montées , je » me blessais, je me heurtais de toute part et à tous » moments. Je me souviens qu’étant tout jeune , je » tombai la tête la première dans une fontaine, où » je devais périr : une autre fois, je tombai sous la » roue d’une charrette, qui devait m’écraser, et qui (4) Mémoires'» s’arrêta tout-à-coup. Enfin, je donnais fréquemaut. de M.^ Olier, » ment de grandes frayeurs à toute la maison (4). » La conduite peut-être un peu sévère de sa mère
tom, i, page IC.
ENFANCE DE M. OLIER. — 1622
à son égard , put contribuer à augmenter l’impétuosité de son naturel, en aigrissant son caractère ; car elle n’eut jamais pour lui la même affection qu’elle témoignait à ses autres enfants. « On criait (0 Mémoires » toujours après moi, dit-il lui-même (1); perpè- » tuellement j’étais rebuté, maltraité, affligé, battu.
» fouetté ; je n’avais pas un moment de repos auprès » de ma mère. Il est vrai que je lui donnais bien » sujet de me traiter ainsi. J’en demande très- » humblement pardon à Dieu, et à elle-même. Je » prie Notre— Seigneur qu’il me fasse autant contri- » buer au soulagement spirituel de mes parents.
» que je leur ai causé de peine. »
Cependant son père , qui exerçait avec honneur vu. la charge de maître ordinaire des requêtes de l’hô- Il étudié à tel du Roi, après avoir résigné la charge de grand Lyon. — Nouaudiencier de France, fut nommé intendant de veauxtraitsde Lyon par Louis XIII (2). Il quitta la capitale en son imPetU0~ 1617, et se fixa à Lyon, avec sa famille, où il rem- Slt^ naturelle' plit cette place importante, que Guillaume de Mon- log^d^Maîtholon occupait auparavant (3). Les Pères de la très des Requêtes compagnie de Jésus dirigeaient alors le collège de cette ville ; ce furent les maîtres qu il choisit pour lerie de France, Jiormer ses enfants aux belles-lettres; du moins ^ IH> p- 30(i> François, l’aîné d’entre eux, René et celui dont nous ' " ArchixM
écrivons la vie, suivirent durant quelque temps de V hôtel - deleurs leçons, ainsi que celles d’un maître de pen-^de^n. sion. chargé du soin de leur éducation et de sur- tendants . veiller leurs progrès dans les études (4) f . Mais (4) Attestations
aut. touchant M.
Olier, p. 225.
-j- On sait, que l’année 1621, les Huguenots résolurent de — ce maître se renverser la Monarchie, pour établir une république en nommait Thio France; et que Louis XIJI, obligé de leur faire la guerre (5), lat. se vit dans la nécessité de lever des subsides, pour en soute- (5) L’art de nir les frais. Dans ce dessein, il donna ordre à M. Olier père, vérifier les dates, de se rendre à Aix en Provence, pour demander, en son nom, '5 iace> ü • aux Etats généraux du pays, qui furent convoqués au mois d’août de cette année 1621, la somme de cent mille ecus, a laquelle la Provence avait été taxée (6). Comme celui dont nous üv x g 2> t> écrivons la vie nous apprend que, dans son jeune âge, il avait p 3 59^ in-folio, fait des voyages assez multipliés, voyages que sans doute il 1664.
cette nouvelle position n’apporta aucun changement dans les inclinations du jeune Olier. Son caractère devenait toujours plus violent et plus emporté, et il ne cessait de donner, chaque jour, à ses parents et à ses maîtres les plus justes sujets d’alarme. Le trait suivant, qu’il rapporte lui-même (i) Mémoires dans ses Mémoires (1), peut faire juger si leurs inquiétudes avaient un légitime fondement. « Etant — Histoire des » écolier, je jouais un jour avec un oiseau qui s’é- Catéchismes . de » cpappa de mes mains, et s’envola sur les toits, page 3. » Aussitôt, ayant récité mon Angele Dei et fait le
» signe de la croix, je sautai sur le toit voisin, avec » tant de hardiesse, que, quand j’y pense, je frémis » encore : car je sautai d’une fenêtre qui était au » troisième étage de la maison, sur un toit plus » élevé que la fenêtre même. Mon maître, averti » par le bruit, eut une telle frayeur, qu’il me traita » ensuite comme je le méritais. Dieu me fasse la » grâce d’exposer un jour ma vie aussi librement » pour son service, que j e le fis alors pour mon plaisir . » Je remercie l’infinie bonté de Dieu de tant de » soins, de ceux surtout qu’elle m’a prodigués » dans ce temps, où j’étais très-incapable de les » reconnaître. Mon bon Ange qui les sait, et qui en » a été témoin, veuille bien me faire la grâce de l’en » remercier pour moi. »
fit alors dans la compagnie de ses parents : nous aimons à penser, que son père le conduisit avec lui de Lyon en Provence, et que ce fut peut-être dans cette circonstance, qu’il fit pour la première fois, le pèlerinage du tombeau de sainte Madeleine à saint Maximin. Du moins, à en juger par les détails que nous connaissons de sa vie, il n'est pas aisé de placer ce pèlerinage à quelqu’autre temps. Quoiqu’il en soit, il écrivait en 1612 : Qu’étant allé autrefois à saint Maximin en Provence, on lui avait montré le chef de sainte Madeleine, sur lequel il avait vu cette portion de chair, appelé le noli
. , me tancera, rendue incorruptible par l'attouchement de notre
autographes de „ . . , - , . , . ,
M. Olier tom. n Seigneur ressuscite (2), lorsqu éloignant de soi, avec la main,
22 juillet 1G42. sainte Madeleine, il lui dit ces paroles, : ne me touche p pas.
(2) Mémoires
ENFANCE DE M. OLIER
Désespérant de le voir changer de conduite, et ne craignant rien tant que d’offrir au service de l’autel un enfant qui n’y fût point appelé, ses parents pensaient à lui faire abandonner l’état ecclésiastique, lorsqu’une circonstance , heureusement ménagée par la Providence, fixa leur irrésolution et dissipa tout-à-fait leurs craintes. Saint-François de Sales, qui venait quelquefois à Lyon, n’eut pas plutôt connu la piété et le mérite de l'Intendant, qu’il se lia avec lui d’une amitié aussi étroite que sincère, et l’honora même de sa familiarité (1). Madame Olier, pleine de confiance aux lumières de ce grand Evêque, et de vénération pour sa sainteté, s’adressa à lui, afin de calmer ses inquiétudes sur la vocation de son fils. Après lui avoir ouvert son cœur et fait connaître le sujet de ses doutes, en lui dépeignant le caractère de l’enfant, elle le supplia très-instamment de sonder lui-même ses dispositions, de consulter Dieu, et de la fixer enfin par une réponse qu’elle regarderait comme un oracle sorti de la bouche de Dieu même.
Le saint Évêque, touché de la droiture et de la piété de la mère, lui promit de recommander la chose à Dieu. Il s’en occupa, en effet, pendant plusieurs jours, et lui fit une réponse que tous les écrivains qui ont eu occasion de parler de ce trait, ont regardée comme l’effet d’une lumière prophéti-
S. François de Sales est éclairé deDieu sur la vocation de M. Olier.
Olier, par M. de Bretonrilliers, t. i, p. 16.
que*. Nous ne saurions en faire un récit plus naïf et "‘NOTE 6 , p. 36. plus fidèle, qu’en laissant parler ici un des amis d’enfance de M. Olier, qui se trouvait avec lui dans cette rencontre, et qui en rendit témoignage longtemps après, dans un écrit signé de sa main. C’était M. Alexandre Chaillard, qui fut depuis docteur en théologie, protonotaire du Saint-Siège, et curé de Villefranche en Beaujolais.
« Je déclare, dit-il, et atteste à la gloire de Dieu » tout-puissant, avoir eu la parfaite connaissance » de trois illustres enfants de feu M. Olier, lorsqu’il » était intendant de la ville de Lyon. MM. Fran-
(1) Attestations aut. touchant M.
Olier, p. 225.
— Ilisl. des Catéchismes de S.- Sulpice, liv. i, p. 4, 5.
» çois , René, et Jean- Jacques Olier , surnommé » l’abbé, jusque là même (j’en suis fort souvenant) » qu’un jour de jeudi, je leur fis compagnie pour » aller ouïr le Saint sacrifice de la Messe, qui fut cé- » lébrè dans la petite chapelle des Filles de la Visi- » tation de Bellecour de Lyon , par le révérendis- » sime François de Sales, évêque de Genève , où se » rencontra pareillement madame Olier, leur mère. » Après la sainte Messe, madame Olier alla présen- » ter ses enfants à cet illustre prélat , pour qu’ils » lui fissent la révérence. Il les accueillit avec une » tendresse paternelle, les embrassa l’un après l’au- >> tre, et comme il les louait tous également , ma-. » dame leur mère répondit à ce grand prélat : Que » Jean-Jacques, le plus jeune, n’était point sage, » mais discole, et tellement déréglé en ses déporte- » ments, qu’il donnait souvent sujet à son père et à » elle-même de pester contre lui. Alors le Saint, » pour consoler cette mère dolente, répondit : Hé , » Madame , un peu de patience , et ne vous afflige \ pas, » car Dieu prépare en la personne de ce bon enfant , » un grand serviteur en son Eglise : et , ayant mis » les mains sur la tête de l’enfant, il l’embrassa fort » tendrement et lui donna sa bénédiction : qui est » tout ce que le soussigné a vu et ouï dans cette » heureuse rencontre, où la vérité l’oblige d’en don- » ner et porter témoignage. Ce 11 du mois d’août » 1670. — Chaillard , curé de Villefranche (1). » f Le père Hilarion de Nolay, qui pouvait avoir appris le fait de témoins encore vivants, met dans la bouche de saint François de Sales ces paroles, qui portent comme l’empreinte et le caractère original de son esprit : Madame , il faut pardonner quelque chose à la jeunesse ; les humeurs gaies ne sont pas les plus malignes : je n'ai qu'à vous dire que j'ai consulté
f Ce trait de la vie de saint François de Sales est le sujet d’un ancien tableau, qu’on voit encore aujourd’hui, dans l’Eglise de sainte Madeleine à Besançon.
cr-àfrl