‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 43 sur 249 · PÈLERINAGE A LORETTE · texte numérisé non relu

PÈLERINAGE A LORETTE

agréait ce pèlerinage et les fatigues qu'il endurait pour lui plaire. Dès qu’il aperçut de loin l’église de Lorette, il éprouva tout-à-coup les impressions les plus tendres, et tout ce que l’amour peut exciter de plus vives émotions. « Je sentis alors mon cœur,

» dit-il, comme blessé -d’un coup de flèche: ce qui » me remplit tout du saint amour de Marie (1). » (2 ) Mém. aut.

Aussitôt qu’il fut arrivé à la ville, ceux qui l’ac- ^ M-Olw, 1. 1, compagnaient s’empressèrent d’appeler un médecin ; mais il leur témoigna, de son côté, une si vive impatience d’aller se prosterner aux pieds de l’image miraculeuse de la très-sainte Vierge, qu’ils n’osèrent y mettre obstacle. Il s’y transporta donc peu de moments après, et c’était là que Dieu lui avait préparé le remède qui devait opérer la guérison de son corps et l’entière conversion de son âme.

Une femme possédée du malin esprit, qu’il rencontra en se rendant à l’église, lui adressa des paroles qui l’étonnèrent. « Quoique je n’eusse point de sou- » tane, dit-il, et que jamais elle ne m’eût vu, m’ap- » pelant par le nom de ma condition, elle me dit » en italien : Abbé Français, si tu ne te convertis » pour vivre en homme de Dieu, attends d’étranges » traitements. »

Dès que M. Olier eut mis le pied dans la grande XXIII. église, au milieu de laquelle s’élève la sainte mai- A Lorette, son, « car je n’osais pas, dit-il, entrer ce jour-là M- 0her est » même dans cette chapelle, n’ayant pas été à con- tout change- » fesse ; » son âme se sentit comme tout inondée de consolations intérieures. « En entrant dans l’église,

» ajoute-t-il, je fus touché vivement jusqu a verser » des larmes en abondance. Je fus tellement atten- » dri par les caresses de la très-sainte Vierge, et je » ressentis des secours si puissants, qu’il fallut me » rendre à mon Sauveur qui me poursuivait depuis » un si long temps. Je me trouvai si puissamment » touché, et je sentis des mouvements si vifs, que,

» tout baigné de larmes, je demandai avec instance » à la très-sainte Vierge q u’elle m’obtînt la mort,

» quand elle prévoirait que je devrais tomber dans

» mes péchés passés, dans lesquels, grâce à Dieu,

» je ne suis point retombé depuis. Mon Dieu! qu’ils

» sont utiles aux pécheurs, les lieux dédiés à la

» piété de la très-sainte Vierge. Ce fut le coup le

» plus puissant de ma conversion ; et comme cette

» admirable princesse fait plus de bien qu’on n’en

» demande, au lieu de la guérison des yeux du

» corps que je lui demandais, elle me donna celle

» des yeux de l’âme qui m’était bien plus nécessaire,

» sans que je le connusse toutefois. Je crois que le

» corps et l’âme auraient bien à combattre à qui

» reçut davantage. En entrant dans l’église, je fus

» guéri soudainement de la fièvre, en sorte que le

» médecin, étant ensuite venu me visiter, me trouva

» le pouls si remis qu’il crut que j’étais arrivé en

» carrosse. Outre que je reçus la guérison de mes

» yeux, et que depuis je n’ai pas eu sujet d’appré-

» hender pour la vue, je reçus alors un grand désir

» de la prière ; car je me souviens que je demandai

» avec zèle de pouvoir passer la nuit en priè-

» res dans cette sainte maison, comme je l’ai fait

» ailleurs dans les lieux dédiés à la très-sainte

(1) Mém. aut. » Vierge (1). »

de iVJ Oliev t. o v /

i, p. 124, 125. ' Il passa en effet la nuit dans l’église de Lorette, 2] La vie dg toujours en prières (2), et versant continuellement M. Olier, par le des larmes (3). Les grâces extraordinaires dont il Père Giry pag. fut favorisé firent de M. Olier un homme nouveau ; même dans V An- & près ce voyage il n’était plus reconnaissable. née Dominicaine « C’est dans ce saint lieu, dit-il. que j’ai été engen- (3) Jbt'd. p. 41 G. » dré à la grâce par les prières de la très-sainte — Remarques » Vierge, et cette mère de miséricorde m’a fait re- 455j ' m’ pac’ » naître à Dieu dans le lieu même où elle avait » engendré Jésus-Christ dans ses chastes entrail- (4) Mém. aut. » les (4). » Il retourna à Rome marchant encore à

de M. Olier , t. pied, et y arriva sans accident, bien consolé du

il, p. 306, 351, , , , 1

409; tom. ni, succès de son voyage, s occupant, dans le chemin,

P- des miséricordes de Dieu, et des grandeurs de son

aimable bienfaitrice.

NOTES DU LIVRE PREMIER

Page 1