cette histoire; elle doit d autant plus justement y
trouver place, qu’on lui est redevable, après Dieu , de l’établissement du Séminaire et de la compagnie de Saint-Sulpice, comme aussi de presque toutes les oeuvres de zèle et de charité, auxquelles le serviteur de Dieu se livra dans le cours de son ministère pastoral. Par un dessein bien extraordinaire de la Providence, Marie Rousseau, dès son bas âge. s’était sentie portée à demander à Dieu de travailler un jour pour sa gloire et pour celle de son Eglise ; et , ce qui est peut-être sans aucun autre exemple dans une enfant : elle demandait, dès cet âge tendre, la grâce de former elle-même des hommes à son divin service, et cela par tels moyens
(3) Mèm, par- que sa sagesse souveraine voudrait bien choisir (3). 1*646 eïS' Année attrait lui avait été inspiré, pour la préparer de
loin à travailler, un jour, par ses conseils, ses mor-
ÉTUDES DEM. OLIER
tifications et ses prières , à deux œuvres très-importantes , étroitement liées l’une à l’autre, l’établissement du Séminaire et de la compagnie de Saint-Sulpice, dans le faubourg Saint-Germain à Paris , et le renouvellement des mœurs de ce faubourg ; et pour cela la divine Providence la conduisit longtemps auparavant dans ce faubourg même, où elle s’établit et se fixa , sans connaître encore ce dessein particulier de Dieu sur elle.
L’état de dépravation où elle le trouva , car il XVII était alors comme la sentine de toute la France , Marie Rousdevait enflammer de plus en plus son zèle ; mais seau obtient l’objet qui le premier l’excita plus vivement, fut par ses prières l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés , dont le mo- la réforme de nastère était presque désert, et l’église comme l’abbaye Saint abandonnée. Cette église étant située dans le voisi- Germainnage de sa maison , Marie Rousseau allait y prier très-fréquemment. Là, répandant devant Dieu l’amertume de son âme, elle le conjurait avec toutes les instances et la ferveur dont elle était capable, de réformer cette abbaye, en y ressuscitant l’esprit de Saint Benoît. Elle persévéra ainsi pendant bien ^ des années ; et , enfin, telle fut l’efficacité de ses ticuliers™ Année prières , qu’elle eut la consolation de voir établir 1642dans le même monastère de Saint-Germain, la nouvelle réforme de Saint Maur,(l) que Dom Grégoire Hana? Tarrisse, son premier supérieur général, y intro-coi 419. duisit en 1631 (2). Ce sage et zélé réformateur, dont la principale occupation était de purifier les sanc- iMc"db4tuaires de son Ordre, par une vie sérieuse, péni- chery sur le P. tente et remplie d’exercices de piété, réunit à Saint- Tarrisse. Archi- Germain des Religieux de mérité et de savoir (3), sect. histor. L auxquels il prescrivit l’étude des bonnes lettres; et I278cette abbaye, où il fixa sa résidence, (4) et qui, par Histoire
là, devint comme le chef-lieu de la congrégation de de la ville de Saint-Maur, brilla dès ce moment de l’éclat que ^tarf^ tout le monde sait , non-seulement par cette suite neau, lib. xxvn, d’esprits distingués et de savants illustres qui enri-n° x> 1725> in
. r ° • folio, tom. il. p.
chirent l Eglise et le monde de tant d ouvrages jus- 1352> 1353.
Marie Rousseau demande à Dieu la première conversion de M.
Olier.
(1) Mém. particuliers. Années 1641 et 1642.
(2) Ibid.
tement célèbres ; mais encore par le grand nombre de ses Religieux, par leur exacte régularité, et la ferveur qui accompagnèrent cette réforme. Toutefois ce n’était là encore que le prélude du renouvellement du faubourg Saint-Germain , et comme une condition que Dieu avait mise à l’exécution de cette grande oeuvre : les ecclésiastiques choisis par sa sagesse pour l’opérer, devant trouver dans le zèle, les lumières et l’autorité de Dom Tarrisse, les encouragements, les conseils et l’appui dont ils auraient besoin.
Avant de voir ses vœux accomplis , Marie Rousseau avait une autre tâche à remplir : elle devait , par ses mortifications et ses prières , obtenir la sanctification de ceux mêmes qui étaient destinés à sanctifier le faubourg, c’est-à-dire la première conversion de M. Olier, ou son établissement dans la vie de la grâce, et celle de plusieurs autres jeunes ecclésiastiques de qualité, que nous ferons bientôt connaître , tous appelés à le seconder dans ses travaux , tant pour le renouvellement du faubourg , que pour la sanctification du clergé par les Séminaires. Au lieu de vaquer à la prière et aux autres devoirs de leurs charges, ils consumaient alors les revenus de leurs bénéfices à se donner des équipages et quantité de valets, à jouer, à faire bonne chère, et à d’autres folles dépenses (1). Un jour qu’ils étaient allés à la foire de Saint-Germain, environ l’année 1629, elle les aperçut au nombre de cinq , vêtus de satin violet, à la porte d’un cabaret; et remarquant, sur tous les autres, M. Olier, quelle voyait alors pour la première fois, elle se sentit portée, tout particulièrement , à prier pour leur sanctification (2). f Elle commença même, dès lors, à jeûner et à faire d’autres œuvres de pénitence à leur intention, non quelle connût encore le dessein de Dieu sur eux, mais parce quelle jugea qu’ils
■f L, historien de M. de Foix, dans la Vie des quatre Évêques , qu’on croit avoir été écrite longtemps après les évènements
ÉTUDES DE M. OLIER
avaient besoin de conversion, tant à cause du lieu où elle les voyait, que de la recherche et du luxe de leurs habits. Par un abus alors trop commun , les ecclésiastiques de naissance, pourvus d’abbayes ou d’autres bénéfices considérables, se croyaient autorisés à se vêtir de soie , pour soutenir leur condition ; et même , par une usurpation pleine de vanité et d’ambition , à prendre le violet , quoique cette couleur ait été adoptée par l’Église, aussi bien que la rouge, pour honorer la dignité de la robe de notre Seigneur , teinte de son sang dans sa passion f . Ainsi , tandis que ceux des prélats qui ont droit à cette couleur, ne devraient la porter qu’avec esprit de componction, en mémoire de Jésus- Christ , qui a acquis le bien de l’Église à la souffrance de son corps et à la tristesse de son âme (1) : les ecclésiastiques dont nous parlons se l’attribuaient à eux-mêmes, et par un pur motif de vanité, pour se distinguer par là du commun.
Les prières, les jeûnes et les autres mortifications que Marie Rousseau fit dès ce moment ne furent pas inutiles. M. Olier, alors âgé de vingt ans et demi , commença à en ressentir les effets , et éprouva des désirs passagers de rompre entièrement avec le monde, et de mener une vie parfaite, quoique pendant dix-huit mois ces désirs fûssent toujours impuissants (2). Durant ce temps, et lorsque cette sainte femme priait de la sorte, « Dieu
qu’on y rapporte, et souvent sur des mémoires fort défectueux, fait sans doute allusion à cette circonstance, lorsqu’il dit de ces jeunes Ecclésiastiques : « Un jour qu’ils revenaient de la foire de Saint-Germain, une pauvre femme les aborda dans la rue et leur dit : Hélas ! Messieurs, que vous me donnez de peine ! il y a longtemps que je prie pour votre conversion ! j’espère qu’un jour Dieu m’exaucera (3).
f Le costume du jeune abbé de Rancé, avant sa conversion, peut donner une idée de celui des ecclésiastiques de qualité, de ce temps : « un juste-au-corps violet, d’une étoffe » précieuse, bas de soie de meme couleur , bien tirés, cravate » des points les plus à la mode (4). »
(1) Mém. particuliers. Année
Premiers effets des prières de Marie Rousseau, pour la première conversion de M.
Olier.
(2) Mém. aut.
de M. Olier, t.
il, p. 206.
(3) Vie des quatre Évêques, engagés dans la cause de Port' royal, in- 12, t.
il, p. 116.
(4) Vie de l'abbé de Rancé, par M. Dubois, t. i, page 70,
» permit , dit-il , que nombre d’abbés (nous étions » cinq ou six, dont je suis le pire) allâmes à côté de » l’église Saint-Sulpice , dans la maison voisine » de la sienne, qui n’en est séparée que par une » muraille. Et c’est une chose bien remarquable , » comme tous ces jeunes messieurs, qui étaient » considérables dans le monde, ont depuis tout » quitté pour suivre Jésus-Christ et faire profes- » sion de ses maximes. Pour moi, je reconnais être » redevable de ma première conversion à cette » sainte âme; et Dieu m’a obligé plusieurs fois, de- » vant que de la connaître , de dire tout haut à nos >-■ Messieurs : Il y a quelque personne qui est la » cause de ma conversion. La sainte Vierge, sous la » protection de laquelle j’étais né, travaillait de » toute part, et mettait en prières toutes ses ser- » vantes particulières, pour ce sujet. Je commençai » donc de naître alors à Dieu , par désir et par af— >> fection légère, sans pourtant quitter tout-à-fait le » péché. J’avais peine à aimer le monde, et ne pou- » vais y trouver de divertissement véritable ; mais » toutefois je retombais toujours , malgré tous les » attraits de Dieu, ses sollicitations perpétuelles, » les punitions journalières que je sentais après » mes fautes , et la fréquentation des sacrements, de ^i.^oTièr^L » jusqu’au temps que j’allai à Notre-Dame de Lon, p- 305, 300. » rette, où je fus entièrement conçu à la grâce (1). » II était dans ces dispositions lorsqu’il résolut M. Olier va d’entreprendre le voyage d’Italie , dessein qui vint à Rome pour assurément de Dieu , comme la suite le fit voir, y apprendre mais qui ne parut être inspiré à M. Olier que par la langue héb- ie désir d’une gloire mondaine. Passionné alors raïque. pour les sciences, il ambitionnait de s’y faire un
nom. La connaissance de la langue grecque n’était rien à ses yeux , il aspirait à un genre de mérite qui le distinguât de la foule, et il conçut le dessein (2) Attesta- d’apprendre l’hébreu , pour soutenir en Sorbonne uons aut. tou- quelqu’une de ses thèses en cette langue. Ce fut le p 199 motit qui le détermina a aller a Rome (2), pensant
ENFANCE DE M. OEÎER.
qu’il trouverait d’habiles maîtres dans cette capitale , et qu'il s’appliquerait avec plus de liberté à l’étude, en s’éloignant ainsi de ses amis. Déjà, depuis trois ans , il fréquentait assidûment la Sorbonne; il avait même soutenu l’acte de tentative, et pris le degré de bachelier (1). Ayant donc résolu ce (1) Ibid. — voyage, que son père approuva volontiers, il se vit JVin^etc^Beobligé d’interrompre ses études. Grand nombre d e marques histodocteurs ne le virent partir qu’avec peine, persuadés qu’il aurait pu soutenir un jour par ses grands de M. Olier, par talents la réputation de l’Université. « Un de mes l.r: deBretonvü- » maîtres, ecrivait-il dans la suite, et qui est main- » tenant professeur en Sorbonne, m’a toujours té—
» moigné ses regrets, que je n’aie pas poursuivi ma » licence. C’est pareillement ce que m’ont témoigné » quantité de personnes , qui , par mon premier » acte de tentative , avaient conçu quelque espé- » rance de moi , quoique je n’y eusse pas bien fait;
» comme aussi à cause qu’ils m’avaient vu soutenir
y (2) Mem. aut.
» en philosophie des theses en grec, lesquels actes de m. Olier, 1. 1, » je ne fis jamais qu’à force de prières (2). » P- m-
C’était une conduite bien miséricordieuse sur XXI.
M. Olier, que cette attention de la Providence à ne En arrivant
le laisser user de ses talents et de ses dons naturels, à Rome M.
qu’autant qu’il recourait à celui qui en est la 0her est me~ source; et à ne lui permettre de satisfaire sa vanité c F
qu’après lui avoir fait confesser son néant. Ce ne fut pas une moindre faveur du Ciel que le dessein qu’il forma du voyage de Rome. Il y allait dans l’intention d’acquérir la science qui enfle, et Dieu l’y conduisit comme saint Paul à Damas, pour l’abattre, le terrasser, et en faire un vase d’élection.
Il ne 'permit point que M. Olier se procurât des connaissances et des protections parmi les grands, ni qu’il fréquentât les savants et les curieux, que le goût des arts y attire de toutes les parties de l’Europe. Il y était venu pour y apprendre la langue hébraïque , et Dieu voulut qu’il éprouvât, en arrivant , un affaiblissement des yeux , qui lui interdit
tout-à-fait cette étude, et qui lui fit même craindre (i) vie Ms de Perdre entièrement l’usage delà vue. Les mède- M. Olier, par M. cins ne négligèrent rien pour le rétablir; mais de Bretonvil- toutes les ressources de leur art furent employées et 5.’ — La rie inutilement , Dieu lui en réservant une plus effidu même, par le cace cians ja protection de la très-sainte Vierge. Il parue \\!ï, p. inspira donc à M. Olier de faire vœu d’aller en péîi et suiv. lerinage à Lorette (1), lieu où, selon une tradition incontestable, se trouve la maison dans laquelle s’est opéré le mystère de l’Incarnation , et qui est célèbre dans tout le monde chrétien par des mira- *N0TE 13, p. 43 clés sans nombre *.
XXII. Ce fut vers la fin du mois de mai 1630 qu’il se M. Olier va mit en chemin, au fort des chaleurs du pays. Il se àpieddeRome couvrit d’un habit d’hiver, par esprit de pénitence, à Lorette. et commença son pèlerinage à pied (2). Un voyage (2) Mém. aut. de cinquante lieues pour un homme de sa condif6pAr i?4ier ’ * C°n> et déjà affaibli par les remèdes, était plus qu’il n’en fallait pour l’épuiser dès les premières journées ; néanmoins ses entretiens avec Dieu et Marie le soutenaient et le soulageaient, jusqu’à lui faire oublier la fatigue du corps. Tantôt il récitait le chapelet ; tantôt il se délassait en composant, à la louange de la Reine du ciel, de touchants et pieux cantiques. Mais lorsqu’il ne lui restait plus qu’une journée de chemin à faire, il fut attaqué d’une violente fièvre, occasionnée par la fatigue, et qui le contraignit de s’arrêter, comme si Dieu eût voulu d’abord le réduire à cet état, pour lui faire éprouver plus sensiblement le pouvoir de sa sainte Mère. Délivré d’un premier accès, il crut retrouver toutes ses forces dans le désir qui le pressait d’arriver au 3 Yie Ms de terme de son voyage ; elles ne répondirent point à M. Olier, par son ardeur: il ne put s’y rendre qu’en se traînant m. de Breton- p0ur ainsi dire sur la route, tant il se trouva affaip. 28, 29. bh des la première lieue (3). Cependant plus il approchait du saint lieu, plus il goûtait de consolations intérieures ; et ces grâces sensibles, augmentant sa confiance en Marie , lui faisaient croire qu’elle