‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 53 sur 249 · M. OLIER BAISE LES PLAIES DES PAUVRES · texte numérisé non relu

M. OLIER BAISE LES PLAIES DES PAUVRES

des ulcères dont la vue seule faisait horreur aux passants. Une personne qui l’accompagnait, a compté jusqu’à seize occasions différentes , dit M. de Bretonvilliers (1), où elle l’a vu baiser ainsi les plaies les plus infectes, et coller sa bouche avec tant de tendresse et de complaisance sur la pourriture même qui en découlait , qu’il en avait ensuite le visage tout couvert. Traversant un jour le pont de l’Hôtel— Dieu, il aperçut un pauvre par terre, qui avait une plaie dont les passants ne pouvaient supporter la vue : il s’approche aussitôt , se jette à ses pieds, et ne voyant que Jésus-Christ dans la personne de son membre souffrant , après l’avoir embrassé , il baise la partie affligée de son corps à plusieurs reprises (2). Il revenait alors de l’église de Notre-Dame, et , selon la coutume qu’il observa quelque temps, il baisait, en sortant, les pieds de tous les pauvres qu’il rencontrait aux portes , sur le parvis , sur les ponts et dans les rues, sans jamais résister à l’attrait intérieur qui le portait si puissamment à ces sortes d’actes. « Qu’il est doux, » ô mon Dieu! de vous obéir, écrivait-il ,- et que » vous rendez bien le centuple à ceux qui font sem- » blant de vous être fidèles ; car je ne puis pas dire » vous l’être réellement , sinon que j’ai toujours » tâché de vous obéir depuis le moment que je me » suis converti. Jamais je n’ai pu souffrir de vous » rien refuser, en ayant le moyen et la force; et j’ai » toujours adhéré à vos sentiments, pour jeune que » j’aie été à votre divin service. Saint Paul disait : » Depuis ma vocation je n’ai pu adhérer à mes vo- » lontés propres, à mon jugement et aux inclina- » nations du sang et de la chair ; eh ! plût à Dieu » que cela fût ainsi de moi , qui ne suis que su- » perbe, comme en effet j’en suis tout composé!

» Mon doux Jésus, quel que je sois, c’est en vous » que je reçois toutes ces grâces, et c’est pour vous,

» mon Tout , que je veux tout faire , tout dire. » et tout écrire , pour vous seul mon amour, qui

( 1 ) Vie Ms . de M. Chier , par M. de Bretonvilliers, 1. 1, p. 34.

Olier , par le Père Giry, part, •i, ch. y. — Bemarq. historiques, 1. iii, p.

(2) Vie Ms . de M. Olier , par M. de Bretonvilliers, p. 39.

les villes.

Olier , par le Père Giry. — Ibid. p. 555.

(1) Mém. aut. » rapportez tout à votre Père pour lequel vous videM. Olier, t.n, „ m

p. 210, 211. " ve/' * ..... ...

M. Olier, non moins docile à la voix du guide de

' sa conscience, qu’il n’avait été généreux à suivre

On ordonne,, .... 1 , ~ . .

ï M olier de ^ attrait divin , cessa peu apres d offrir aux yeux de

ne plus baiser capita^e Ie spectacle d’une si étonnante humiles pieds des Hté. Son confesseur, satisfait du courage héroïque pauvres qu’en de son pénitent, lui fit observer que ces actes exesprit , lors- traordinaires de charité pourraient à la fin lui donqu’il est dans ner trop d’éclat : il n’en fallut pas davantage pour les interrompre aussitôt. M. Olier s’abstint donc dès ce moment de baiser les plaies des pauvres qu’il rencontrait à Paris et dans les autres villes, mais il ne laissait pas alors de les baiser en es-

(2) vie de m. prit (2). « Dans les villes, écrivait -il douze ans » après, souvent et quasi toujours, je les baise en » esprit, ne pouvant pas le faire extérieurement. Je » sens mon coeur porté par l’esprit de Notre-Sei- » gneur jusqu’à la plaie, avec grande tendresse. » Cela m’apprend que ce bon Maître aime beau- » coup ces sortes d’occupations intérieures ; qu’à » l’intérieur rien ne doit nous paraître impossible ; » et que nous ne devons rien laisser à faire, afin » que dans l’occasion où Dieu nous demandera la » chose jusqu’à l’extérieur, nous soyons toujours » prêts à obéir. Il faut donc que notre intérieur » soit bien plus grand que notre extérieur, et que » ce que nous faisons au dehors nous paraisse si » petit à l’égarcl de ce que nous désirons faire pour » Dieu à l’intérieur , que l’œuvre extérieure nous » fasse rougir, étant si peu de chose pour une » aussi grande majesté. Alors elle sera pleine d’hu- > milité et de charité : deux conditions qui doivent » accompagner nos œuvres , et qui étaient l’esprit » dans lequel Notre -Seigneur faisait toutes les

(3) Mém . aut. » siennes (3). »

de M. Olier, t.n,

Lorsqu’il marchait par la campagne , et qu’il rencontrait des pauvres, cédant alors à son attrait, il demandait de baiser leurs pieds ou leurs ulcères.

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