‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 66 sur 249 · ORIGINE DE LA DEVOTION A NOTRE-DAME DE CHARTRES · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA DEVOTION A NOTRE-DAME DE CHARTRES

[\)Histoire universelle traduite de l’anglais, t.

xxx, p. 443.

(2) Cæsar, de Bello Gallico , lib. vi, n. 13.

(3) Histoire universelle, ib.

(4) Dictionn.

de Morèry , art.

Chartres.

(5) Origine des cultes, t. v.

(6) Mémoires asiatiques.

(7) Cornel, à Lapide, Comm.

in Num. cap.

xxiv, v. 17. — In Malt. cap. il , v. i.

(8) S. Aug. de Civitate Dei, lib.

xvin, cap. 47, t.

vu, col. 530. — S.

Hieronym. lib.

i. contra Jovinian. — S. Justin. — Clemens Alex. — Lactant, etc.

(9) S. Tlwm.. 2* 2* ,q. 2, art. vu.

(10) Prose des morts.

(11) Hém. ai U.

de M. Olier, 1. 1,

(12) Sueton.

Vespas.vit.c.}\.

(13) Tacit .

lib. v. Eist.

NOTE 1 , p. 58. — Jules César rapporte que, de son temps, les Druides gaulois, en possession d’enseigner la religion à la jeunesse, et même de prédire l’avenir(l), se réunissaient tous les ans dans un lieu sacré du pays Chartrain(2). La tradition de cette province ajoute que, dès avant Jésus- Christ, ils avaient érigé, sur la hauteur même où fut bâtie dans la suite l’église cathédrale de Chartres, un autel dédié à la Vierge qui devait enfanter , et que, conformément à la pratique des Gaulois, de graver des inscriptions sur leurs autels (3), ils y avaient écrit ces mots ; Virgini pariturce (4), devenus depuis si célèbres. Telle est, dit-on. l’origine de ce pèlerinage.

La croyance d'une Vierge qui devait enfanter était généralement répandue chez les paiens avant le Christianisme, comme l’a démontré l’auteur de YOrigine prétendue des cultes (5); et, de nos jours, on a publié sur le même point des documents qu’on ne saurait contester (6). Pour expliquer l’origine de cette opinion, on peut, outre une tradition primitive, supposer encore une révélation divine faite aux paiens. Les Pères de l’Église pensent en effet communément que Dieu leur a fait annoncer la venue de son Fils(7), comme nous le savons très-certainement de Balaam. dont la prophétie était connue chez les Gentils, ainsi que semble le montrer l’exemple des mages (8). C’est aussi ce qu’ont pensé beaucoup d’auteurs modernes, d'après saint Thomas (9); on sait que l’Église Romaine autorise cette opinion dans sa liturgie (10) ; et telle est, relativement à l'autel des Druides Chartrains. l'opinion adoptée par M. Olier : «Char « très, dit-il, cette sainte et dévote ville, première dévotion « du monde pour son antiquité, puisqu’elle a été érigée par « prophétie (11). »

On peut penser d’ailleurs que, depuis la traduction de la Bible en grec, et la diffusion des Juifs après les conquêtes d’Alexandre, les paiens ont eu connaissance de leurs livres prophétiques, et ont su du moins qu’ils attendaient un libérateur prédit. Suétone nous apprend en effet que cette opinion ancienne et constante, était universelle dans tout l’Orient(12),et Tacite'ajoute que, d’après la persuasion commune, ces oracles étaient consignés dans les anciens livres des Juifs (13). Les paiens ont donc pu connaître, par la lecture même des prophètes, ou par le commerce avec les Hébreux,

plusieurs particularités relatives au Libérateur, et entre autres la prophétie d’Isaie qui avait annoncé le prodige de l'enfantement d’une vierge. De graves auteurs pensent même que la prédiction attribuée par Virgile à la Sibylle de Cumes n’en est qu’une imitation (1) f . Mais un fait qui tend à prouver que les Druides Gaulois l’ont connue, c’est qu’au rapport de Faber, savant auteur anglais, cette prophétie d’Isaie et celle de Balaam avaient été apportées dans la Grande- Bretagne et l’Irlande, par les Druides, disciples des Mages, et originaires de la Perse (2). Cela étant, il est indubitable que les Druides Gaulois en eurent aussi connaissance, puisque Jules César rapporte que les mystères druidiques, répandus dans les Gaules, y avaient été apportés d’Angleterre; et que, de son temps encore, ceux qui voulaient en être bien instruits faisaient un voyage dans les îles Britanniques.

Au reste, cette croyance des Chartrains n’est pas, comme on se le persuade faussement, une tradition isolée : on en retrouve des traces dans plusieurs endroits où les Druides avaient établi leurs sièges. Guibert, abbé de Nogent, l’un des hommes les plus graves de son siècle, rapporte que l’église de son monastère avait été bâtie sur l’emplacement d’un bocage sacré , où les Druides sacrifiaient à la Mère future du Dieu qui devait naître : Matri futurce Dei nascituri (3). Ces paroles ne sont que l’explication littérale de l'inscription de Chartres, Virgini pariturce ; car les paiens croyaient que les hommes d’une origine céleste avaient des vierges pour mères (4) : opinion fondée peut-être sur ces paroles d’Isaie : Une vierge enfantera un Jils qui sera Dieu avec nous. Quoi qu’il en soit, la tradition attestée par Guibert n’est pas moins constante que celle des Chartrains; et maintenant on lit encore au-dessus de l’autel, dans l’église de Nogent: Ara virginis pariturce (5). Chasseneux, dans son Histoire des coutumes de Bourgogne, raconte a peu près la

•j* D’après ces auteurs, le nouvel ordre de choses annonce par la Sibylle, et cet enfant qui doit venir du ciel, être fils de Dieu, naître d’une Vierge, commander à tout 1 univers, effacer les péchés des hommes, les délivrer du serpent, et ramener le bonheur pour toujours : tous ces traits ne sont qu’une imitation du prophète Isaie. Du moins, il faut convenir, avec saint Augustin, que le Messie seul pouvait justifier le sens d’un si pompeux et si magnifique oracle : Omnino non est cui alteri prceter Dominum Christian dicat genus humanum :

Te duce, si qua marient sceleris vestigia nostri,

Irrita perpétua solvent formidine terras (6k

Tom. I.

1) Rosenmülleri , Scholia in V et. Test Jesaiæ rat. p. 305. — Boxhornü , p.

m. 24. Historiœ univer salis. — Molinœi, lib. iii, val. — Usserii Annal.V. T. t. n,

n. p. Jul. 4G74 , etc. — Cornet, à Lapide, Comment. in Mail.

cap. i, v. î.

(2) Faber, Origine de l'idolâtrie païenne, 3 vol. in-i°.

(3) Guibert. de vitd sud, lib. 2, cap. 1. c. V.

(4) Rosenmüller, ibid.p. 302.

(5) Souchet , Hist. ms. de Chartres, liv. i, chap. 10.

(0) S. August.

Epistol. clv. ap Marlianum.

(1) Histoire des Coutumes de Bourgogne.

(2) Bld. Sched.

De Dits Germa ms, cap. xm.

(3) Leland.

Démonstration évangélique.

(4) Act. Apostol., cap. xvu, v.

( b)Gall.cliris tiana , t. vin , col. 1108, 1 10G.

— H istoire de France , par le Père Daniel , t.

iii , p. 480. — Pagii Critic. in Annal. , t. iii , an 91 1 , n° 7.

(G) La manière de se donner à Dieu dans le siècle , etc. , in-12, pag. 392. — La Vie admirable de la sœur Agnès, t. n, liv.

îv, chap. 1.

(7) Année Dominée. 1" part, de septembre, p.

(8) Collection des procès-verbaux des assemblées du clergé, t. vil. — Assemblée de 1725, p. 477, et pièces justifie, p. 115.

— Assemblée de 1730. — Ibid.

Pièces justifi cat. p. 339.

même chose de deux autres églises, l’une près d’Autun, et l’autre près de Dijon. La même inscription se lisait aussi dans l’église de Fontaine, près du château où naquit saint Bernard (1). Aussi Schedius dit en général que les Druides érigèrent des statues, dans leurs sombres sanctuaires, à la Vierge qui devait enfanter (2). Ces statues et ces autels furent sans doute un moyen ménagé par la Providence pour accréditer plus aisément parmi les Gaulois la foi chrétienne, lorsqu’elle leur serait annoncée, comme l’avaient été chez plusieurs peuples les autels élevés au Dieu inconnu (3), et dont saint Paul se servit avec tant d’avantage à Athènes, pour annoncer à cette ville le même Dieu qu'elle avait honoré sans le connaître (4).

Telle est, selon la tradition, l’origine de cette fameuse dévotion à laquelle la ville de Chartres a dû non-seulement sa magnifique église, mais encore sa célébrité, ses privilèges, et plusieurs fois sa conservation (5).

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