UNION DE LA MERE AGNES AVEC M. OLIER
» incroyables, et dans des ternies qui effrayaient •» tous ceux qui l'écoutaient. Les lettres quelle » m’écrivait en étaient toutes pleines : elle disait > avec joie ses défauts, et les découvrait avec des v sentiments d’humilité si profonds, qu’elle fondait v en larmes et qu’elle eût voulu se pouvoir cacher « sous terre : je l’eusse prise, à ses discours, et à sa » manière d’exagérer ses fautes, pour une péche- » resse publique. Je la voyais parfois pousser des » sanglots qui semblaient lui devoir briser la poi- » trine, et ses larmes se répandaient de ses yeux '> comme des torrents, les heures entières. Ses péni- » tences font frémir: après s’être déchiré la chair » en morceaux, et avoir découvert ses os par lavio- » lence de ses disciplines, elle laissait sa chemise de » serge se coller sur ses plaies, et prenait ensuite » un plaisir indicible à arracher cette chemise et à » emporter ainsi la peau jusqu’à laisser ses os dé- » couverts. Elle pratiquait toutes ces austérités » effrayantes, pour expier les péchés de quelques » âmes dont Dieu l’avait chargée, regardant à cause » de cela leurs péchés comme ses propres fautes ; » à l’imitation de Notre-Seigneur qui faisait péni- » tence pour les péchés de tous les hommes, comme » s’il les eût commis. Ainsi cette sainte âme se » voyait chargée de la confusion et de la honte qui naissaient de ces crimes, et n’osait lever la tête ni >' les yeux vers le ciel, tant elle se voyait abomina- » ble. C’est l’expression dont elle usait toujours en >' parlant d’elle-même ; et, dans ses lettres, elle ne » signait pas autrement qu 'Agnès de Jésus l’abomi- » nable ou gdte-tout. Elle me témoignait souvent » qu’elle craignait de communier pour moi avec ses » sœurs, de peur de gâter le bien que j’eusse pu at- » tendre de leur ferveur * (1). »
Par ces actes si excellents d’humilité et de pénitence, elle s’efforçait d’attirer les bénédictions du Ciel sur les missions de M. Olier; et, pendant que celui-ci portait aux peuples la parole du salut.
* NOTE 1 1 , p. 1:29.
(1) Mim. aut .
deM. Olier, t. vi, p. 8 I et suiv.
La mère Agnès recommande à M.
Olier la réforme de Pébrac.
* NOTE 12, p. 129.
(1) Summarium,etc., n°14, test. xv. — lies- •ponsio ad ani-
madversiones promût. n° 69.
(2) Histoire des Chanoines réguliers, t. ni, p. 117 et suiv.
— Ms. de la biblioth. Sainte- Geneviève.
* NOTE 13 , p. 129.
(3) Règlements ducardinaldela Rochefoucauld , etc. t. xix, f. 177.
— Ms. de la biblioth. Sainte- Geneviève.
* NOTE 14 , p. 130.
Agnès s’offrait à Dieu pour eux comme une victime. Dès leur première entrevue, ils commencèrent à exercer ainsi le zèle apostolique. La mère Agnès lui dit avant de le quitter : « Comme il n’y » a aucune réforme parmi les religieux de votre » abbaye de Pébrac, efforcez-vous de la procurer » au plus tôt, et, pendant que vous vous y emploie- » rez, je ferai oraison pour cela*(l).» Il n’en fallut pas davantage pour déterminer M. Olier à mettre incontinent la main à l’œuvre. Depuis longtemps cette abbaye n’offrait plus, en effet, les exemples d’édification qu’elle avait donnés autrefois à l’Auvergne (2) ; la discipline monastique y était entièrement déchue, et l’oubli des règles y avait introduit toute espèce de désordres. Pour y faire refleurir les règles primitives, M. Olier avait essayé, en 1633, de la remettre entre les mains d’Alain de Solminihac, qui commençait si heureusement la réforme de l’ordre des Chanoines réguliers de saint Augustin, dans son abbaye de Chancellade, en Guyenne ; et il avait prié saint Vincent de Paul, son directeur, de lui en faire de sa part la proposition. Mais Alain n’ayant pu l’accepter alors, par défaut de sujets*, cette négociation demeura suspendue.
Depuis son arrivée à Pébrac, M. Olier éprouvait l’affliction la plus vive, en voyant de ses yeux l’état déplorable de ce monastère, qu’il trouva pire encore qu’il ne se l’était figuré. Pour ramener ces religieux à l’esprit de leur vocation et à la règle primitive de leur Ordre , il employa tour à tour les motifs les plus touchants et les considérations les plus terribles ; les menaçant même de la vengeance et de la colère de Dieu, et leur déclarant qu’en vivant de la sorte ils étaient hors de la voie du salut (3) ; quoiqu’ils prétendissent ne s’être obligés par leurs vœux qu’à vivre comme vivaient ceux qui les avaient reçus à la profession, c’est-à-dire d’une manière toute contraire à leurs règles*. Plusieurs, touchés de ses exhortations vives et véhémentes, parais-