‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 82 sur 249 · M. OLIER ESSAIE DE REFORMER SES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

M. OLIER ESSAIE DE REFORMER SES RELIGIEUX

saient assez disposés à embrasser la réforme, et l’on en comptait jusqu’à douze, lorsque la mère Agnès lui fit le commandement dont nous parlons. Sans perdre de temps, il s'adressa donc de nouveau à l’abbé de Chancellade, et lui écrivit la lettre suivante, le 1er juin de cette même année : « Monsieur,

» la grâce de Notre-Seigneur soit dans votre âme xn.

» et sa gloire à jamais. Etant arrivé en ce séjour M.Olier écrit » de Pébrac, dans la compagnie de deux de vos amis à M. Alain de » (MM. Barrault et Perrochel), pour travailler aux Solminihac.

» missions, nous avons trouvé que les religieux de » l’abbaye avaient autant besoin que l’on pensât à » eux, que les pauvres paysans de ces montagnes.

» Quoique j’en sûsse quelque chose, ce qui fut l’oc- » casion pour laquelle M. Vincent' (de Paul) me fit » le bien de vous en écrire , il y a près d’un an ,

» néanmoins je n’en avais pas une connaissance si » grande : elle m’oblige à présent de vous conjurer » de vouloir bien donner ordre à ce monastère.

» Monsieur , prosterné à vos pieds , le cœur percé » des plaies dont ces religieux déchirent Jésus- » Christ , je redouble mes prières, et j’ose espérer » la grâce pour laquelle j’adresse au Ciel de nouveaux » vœux. L’abbaye est chargée de dix-huit religieux,

» dont deux petits novices qui étudient au Puy :

» les bénéfices qui en dépendent sont nombreux,

» ils portent jusqu a quarante religieux, et cin- » quante en comptant ceux de l’abbaye ; le fruit,

» comme vous pouvez voir, n’est pas petit. Le Fils » de Dieu est venu pour une brebis égarée : ayez » pitié, Monsieur, de cinquante qui se perdent, et,

» qui plus est, de leur pasteur : mais que dis-je ? de » l’ombre de leur pasteur, qui ne l’est que pour les » effrayer et les dissiper. Ce qui peut vous toucher,

» Monsieur, c’est qu’il y en a une douzaine qui ont » ce même dessein, et autant que je puis le con- » naître, la plupart s’y porteraient aussi, s’ils avaient » quelqu’un qui les y attirât et qui leur coupât le » pain que je consume et dévore si misérablement.

(t ) Lettres aut.

deM. 0 lier. Cop.

p. 08 , G'J — Mém. pour servir à l'histoire du vénêr. Alain de Solminihac, liasse 1 , n° 31.

— Archives de la cathédrale deCahors.

Concordat entre l’abbé de Chancellade et M. Olier.

(2) Le 24 du mois de juin.

(3) Histoire des Chanoines réguliers de la congrégation de France , t. ni, ch. xlvii, p. 7 1 2, 7i:t. Ms. — Règlements du card. de la Rochefoucauld , t.

Xi), fol. 29G.

» La mission a touché les plus endurcis, et si vous » apportiez à présent le baume dans leurs plaies, » vous les guéririez sûrement. Je crois, Monsieur, » que Djeu vous le demande ; pour son misérable » serviteur, il vous en conjure à mains jointes : il » jette à vos pieds un bénéfice, prieuré simple, des » dépendances..., et si cela ne vous agrée, il vous » fera les conditions telles qu’il vous plaira devant » Notre-Seigneur. Si MM. Barrault et Perrochel y ne pouvaient mériter la faveur de vous voir, j’es- » père que vous ne refuserez pas a mes prières de » nous envoyer un de vos religieux pour nous com- » muniquer vos ordonnances et vos commande— » ments ; il me fera la faveur de venir au Puy, a » cinq lieues de mon abbaye, et de ménager le tout » avec paix. Je prie Notre-Seigneur de bénir vos » soins et vos charités ordinaires, comme aussi les » souhaits et les voeux, Monsieur, de votre très- » affectionné et très-obéissant serviteur. Olier, abbè » indigne de Pébrac (lj. »

Cette lettre fit sur l’abbé de Chancellade toute l’impression que M. Olier pouvait s’en promettre. Alain, qui joignait à une grande austérité de vie un zèle aussi actif qu’infatigable, se mit incontinent en chemin, et vint à Pébrac au fort des chaleurs de l’été; et comme M. Olier ne désirait rien plus ardemment que d’établir la réforme dans son abbaye, il consentit volontiers aux divers articles du concordat qu’ils passèrent ensemble (2). M. Olier lui céda tout ce qu’il put désirer : le bien et tout le revenu de l’abbaye, le logis abbatial, la disposition de tous les bénéfices, et même le prieuré de Vieille- Brioude, qu’il s’obligea de faire unir dans six mois à la mense conventuelle, par l’évêque de Saint- Flour, conventions qui furent consenties par les religieux de l’abbaye, à qui M. Alain de Solminihac s’obligea de faire des pensions jusqu’à leur mort (3). Enfin, pour ne pas retarder l'exécution de cc dessein, M. Olier commença aussitôt à faire réparer les

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