M. OLTER ESSAIE DE REFORMER SES RELIGIEUX
entrefaites, par l'entremise du cardinal , une lettre de cachet (1) , dont l’effet fut sans doute d’arrêter sur-le-champ les mesures que son fils venait de prendre. Les religieux de Pébrac avaient dressé leur requête le 1er du mois d’août: et, le onze du même mois, le cardinal rendit à Paris une ordonnance où il statuait que M. Olier, leur abbé, se transporterait dans cette ville le 1er octobre suivant, pour régler, de concert avec lui, les moyens d’établir cette réforme. Défenses étaient faites de rien entreprendre dans l’abbaye au préjudice de la demande formée par les religieux , et même d’y recevoir personne à l’habit ou à la profession , sous peine de nullité. (2).
Cette mesure anéantit toutes les espérances de M. Olier, et ne servit qu’à enhardir les religieux de Pébrac dans le mépris de leurs observances. Soit que le Père Faure n’eût point alors de sujets capables d’établir sa réforme dans ce monastère , soit que M. Olier fît difficulté de les y recevoir, comme il s’en expliqua dans la suite, toutes ces procédures n’apportèrent aucun changement au régime de l’abbaye de Pébrac (3), et pensèrent détruire de fond en comble la congrégation de Chancellade*. Le Père Faure et ses religieux eurent cependant toujours pour M. Olier les sentiments d’une singulière vénération. Malgré l’opposition qu’il témoigna pour la réforme mitigée de Sainte-Geneviève, ils le qualifient, dans leurs Annales : un saint abbé , dont la mémoire est en bénédiction parmi tous les gens de bien, un pasteur qui fut animé d'un fie égal à sa vertu, pour établir l’honneur et le culte de Dieu dans toutes les Eglises que la Providence avait mises sous sa conduite (4). Cette négociation donna aussi occasion à M. Alain de Solminihac d’admirer la vertu de M. Olier: il conçut alors de lui une si haute estime pour son zèle à s’acquitter des obligations de sa charge, qu’étant évêque de Cahors , il ne craignait pas de le proposer pour modèle à
(1 ) M.Leschass\er -.Attestations mit., p. 207 .
(2 ) Règlem. du card.delaRochefoucauld , etc., t.xn, p. 308. — Histoire desChanoinesréguliers, t. m, p. 715.
Cette affaire fit connaître la haute vertu de M. Olier.
(3) Année Dominicaine , etc.
— Remarques historiq. , t. m, p. 400. — Galtia chrisliana , t. vu, col. 1017.
* NOTE 10, p. 131.
(4) Hist. des Chanoines réguliers, t. m, p.7 11,
Alain de Solminiliac , livre ü , ehap. xvi.
Succès des missions deM.
Olier.La mère Agnèsleprend pour son directeur.
(2) Hist. des Ordres relig .
par Hermanl , in- 12 , Rouen , 1710, tom. iv, p. 177.
(3) Vie de la mère Agnès, in- 4°, p. M3.
* NOTE 17 , p. 132.
i.4) Mémoires a ut- de M. Olier, t. i, p. 170.
ses curés, le comparant même à saint Charles , archevêque de Milan; et un jour, peu après la mort de M. Olier, leur parlant de son zèle dans l’exercice des fonctions pastorales , il leur dit ces paroles : M. Olier a été tout à sa charge ; et comme ça été la cause de sa sanctification , ce sera le motif de sa canonisation (1).
Contraint de renoncer , pour un temps , au dessein de réformer ses religieux, M. Olier se tourna vers les peuples de la campagne , qui recevaient avec une avidité toujours plus insatiable la grâce du salut. Le succès étonnant de toutes ses missions. dans les diocèses de Saint-Flour et du Puy, fut une sorte de consolation pour lui et pour la mère Agnès (2). Cette sainte fille avait imploré longtemps la divine miséricorde sur ces terres abandonnées , où elle savait que beaucoup d âmes se perdaient tous les jours , faute de pasteurs zélés qui leur montrassent le chemin ; et c’était pour elle le sujet d’une joie incomparable , d’apprendre que cette nuée de missionnaires, pleins de l’esprit de Dieu, en faisait des terres de bénédiction. Chaque jour on venait lui annoncer des conversions éclatantes que la grâce opérait dans ces provinces : c’étaient les seules nouvelles auxquelles elle prît plaisir dans sa solitude , parce qu’elles tournaient à la gloire de son céleste époux (3). Aussi avec quelle affection exhortait-elle M. Olier à continuer une œuvre si avantageuse au salut des âmes* ! « Comme un jour, écrit celui-ci , je disais » à sœur Agnès que j’avais un grand désir d'étu- » dier, et de venir à Paris pour cela , représentant » que je n’en savais pas assez pour les peuples » qu’elle était pourtant ravie de me voir instruire : » Non, me répondit-elle , vous en savez assez (4). »
Mais la satisfaction la plus pure et la plus vive pour la mère Agnès , c’était de voir la fidélité de M. Olier aux grâces qu’elle lui avait obtenues, et son ardeur infatigable à s’avancer toujours dans