‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 83 sur 249 · M. OLIER ESSAIE DE RÉFORMER SES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

M. OLIER ESSAIE DE RÉFORMER SES RELIGIEUX

bâtiments, afin de les céder en bon état aux religieux de Chancellade.

Alain, avant de retourner en Guyenne, désira de s’entretenir avec la mère Agnès de Langeac ; il en demeura si frappé, qu’il avait coutume de dire depuis : Je n’ai jamais connu d’esprit qui eût de si particulières communications avec Dieu (1). Aussitôt après la conclusion du concordat, il crut devoir faire part de cet acte au cardinal de la Rochefoucauld (2), abbé de Sainte-Geneviève, et délégué par le Saint- Siège pour réformer en France les Chanoines de Saint-Augustin (3). Il lui écrivit le 29 juin, que dans cette affaire M. Olier lui avait donné tous les avantages qu'il avait désirés, et tout le revenu, qui s’élevait à sept mille livres, et qui en vaudrait au moins dix après la mort des religieux. << Il y a » aussi, ajoutait-il, un prieuré dépendant de cette » abbaye , dans un bourg appelé Poliniac , à un » quart de lieue de la ville du Puy, dont on pourra » faire un beau séminaire de religieux, qui servira » pour remplir toutes les maisons de ces quartiers ; » et c’est un des principaux motifs qui m’a fait faire » ce traité. »

Mais l’esprit de discorde se servit d’un des fermiers de l’abbaye pour faire échouer un dessein si salutaire. Ce fermier qui probablement n’eût pas trouvé sous la réforme les avantages dont il jouissait sous M. Olier, prévint l’esprit des religieux contre le traité conclu avec l’abbé de Chancellade, et le leur fit envisager comme la ruine totale de l’abbaye. Il lui était plus aisé qu’à tout autre de gagner ces religieux, obligés de tout recevoir de sa main ; car le fermier de la seigneurie de Pébrac était chargé de les nourrir et de les entretenir luimême, comme s’il eût été leur économe (4). Le mécontentement des religieux éclata bientôt. Sachant d’où partait le mal, M. Olier écrivit au chef de la justice du lieu pour se plaindre de la conduite de ce fermier, et lui recommander la cause, sans

(1) Mém. pour servir à l 'histoire du vénér.

Alain de Solminihac , liasse 1 , — Lettres aut.

de M. Olier , p. 69.

(2) Histoire des Chanoines réguliers, etc., t.ui.p. 7 13, 714.

Alain de Solminihac , liv. i, ch. xsi.

Unfermierde l’abbaye rend inutile le concordat.

(4) Âssance pour l'abbé de Pébrac contre Meyronnem, fermier de la Seigneurie, pièce ms.

(1) Lettres mit.

de M. Olier , p. C35.

entrer néanmoins dans le détail des griefs. « Je » suis si peu entendu aux affaires, lui dit-il, que je » n’ose vous parler du particulier de celle-ci. Je me » contente, Monsieur, de me présentera vous pour » en recevoir justice, et vous supplier de trouver » bon que je vous offre seulement ce que ma condi- » tion m’apprencl d’offrir pour les juges de la terre,

» les sacrifices et les chétives prières d’un très » humble serviteur (1). »

Malgré toutes ces précautions , le traité avec l’abbé de Chancellade venait à peine d’être conclu que les religieux de Pébrac revinrent aussitôt sur leurs pas. Ne voulant plus céder le monastère où ils vivaient au gré de leurs désirs , et effrayés à la seule idée de réforme, ils prirent occasion de ce concordat pour secouer le nouveau joug qu’ils avaient voulu un instant s’imposer. Le Père Faure établissait alors , à Paris , une réforme pour les Chanoines réguliers de Saint- Augustin, plus douce que celle de Chancellade . et que le cardinal de La Rochefoucauld protégeait de toute son autorité. Dans cette extrémité , ils prirent le parti de se jeter entre les bras de ce religieux, et, pour l’obliger de se déclarer leur protecteur , ils demandèrent à grands cris sa réforme. Ils firent aussi la même demande au cardinal de La Rochefoucauld , par un acte capitulaire du 1er août 1634 , en protestant contre le concordat, qu’ils dépeignaient comme un acte très nuisible aux intérêts de leur monastère. La mère de M. Olier vint joindre ses prières aux instances de ces religieux ; ne considérant , dans le concordat avec l’abbé de Chancellade , que la perte d’un riche bénéfice qui s’échappait des mains de son fils, elle supplia le cardinal d’empêcher l’exécution de cet acte. Peut-être craignait-elle encore que M. Olier ne prît lui-même l'habit, pour déterminer ses religieux à embrasser la réforme car il est certain qu'il leur fit dans un temps cette proposition*'. Quoi qu’il en soit, elle obtint sur ces

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