Oraison funèbre du Père deCondren, Ms
Le Père de Condren empêcheM. Olier d’accepter l’épiscopat.
(6) Mcm. de M. du Ferrier,p.
♦NOTE 8, p.
(6) Mémoire sur M. Olier, par M.
Baudrand p.16.
(7 )Mémoir. de Ms. Bibl. Sainte- Geneviève, p.41 .
— Bibl. N. p. il.
truments choisis de Dieu pour réaliser, en France, les vœux de l’Eglise touchant l’établissement des séminaires , et prit un soin tout particulier de sa sanctification (1) et de celle de quelques ecclésiastiques de qualité, appelés à concourir, de concert, au même dessein. « Ce bon Père, dit M. Olier, con- » nut ma façon de vivre, sans que je lui en eûsse » rien dit , pour l’avoir crue trop commune ; et il » regardait comme sa principale vocation notre » naissante société, qui devait réveiller, disait-il, » le zèle du clergé et celui de la congrégation de » l’Oratoire (2). »
Ce fut peut-être pour seconder plus aisément ce dessein de Dieu , que , d’abord , il se déchargea de la conduite des collèges sur l’un de ses prêtres, puis du gouvernement même de la congrégation sur un vicaire-général (3) , et se livra tout entier à la direction de ces ecclésiastiques (4).
Ce saint personnage, éclairé de Dieu sur leur vocation (5) et sachant que les instituteurs des séminaires devaient demeurer dans le simple état de la prêtrise, afin d’offrir à leurs disciples un modèle du détachement qu’ils s’efforceraient de leur inculquer , les détourna constamment de l’épiscopat*. Un jour qu’il fut prié par le cardinal de Richelieu de lui faire connaître les sujets qu’il croirait le plus propres à cette dignité, si importante à l’Eglise et au royaume, il lui en nomma quelques-uns, et ajouta qu’il en connaissait d’autres très capables , mais qu’il ne les nommait pas à son Eminence , Notre- Seigneur ayant résolu de se servir d’eux pour un grand dessein (6). Ce ministre ayant promis au grand-maître de Malte un évêché pour son neveu, l’abbé du Ferrier, le Père de Condren dit à ce jeune ecclésiastique en le prenant sous sa direction . i i ne faut plus penser à être évêque, Dieu veut vous donner à faire quelque chose qui ne sera pas moins utile à l'Eglise (7). Ce fut dans les mêmes vues , et par la crainte que M. Olier ne sortît des voies de la Pro-
LE P. DE CONDREN ÉLOIGNE M. OLIER DE l’ÉPISC. 141
vidence sur lui, que, dès qu’il apprit qu’on parlait de le faire évêque , il lui écrivit , comme on a vu, d’interrompre ses missions d’Auvergne et de partir sans délai pour Paris ; et jamais la conduite de Dieu ne parut plus sensiblement sur M. Olier, que dans l’ordre qu’il reçut alors de se mettre sous la direction du Général de l’Oratoire : car s’il eût continué de s’adresser à saint Vincent de Paul , il eût , selon toutes les apparences , accepté l’épiscopat sans balancer.
Quoique ce grand Saint fût rempli de tant de grâces et de dons divers pour l’utilité des âmes , il ne connaissait point encore la vocation de M. Olier touchant l’établissement des séminaires ; et , ce qui est bien remarquable , il ne savait pas que luimême ni sa société dûssent un jour avoir part à leur formation. Ainsi, dans le projet de Bulle d’institution de sa Compagnie, qu’il envoya à Rome, il ne fit aucune mention des séminaires (1); cette Bulle, donnée en 1632, n’en fait pas mention non plus*; et même lorsqu’il commença dans la suite à réunir des enfants, dans l’espérance de les former à l’état ecclésiastique , ce fut sur les exhortations réitérées du Père de Condren , et par manière de simple essai (2). Ne soupçonnant donc point que M. Olier dût un jour avoir part à cette œuvre, qui, d’ailleurs , semblait être désespérée et sans ressource, il ne négligea rien pour l’engager à prendre la conduite du diocèse qu’on lui offrait. Il le pressa vivement , au nom du prélat dont nous avons parlé, et il continua de le solliciter pendant dix-huit mois, jusqu a ce qu’il eût perdu tout espoir sur cette affaire , c’est-à-dirc , jusqu’au mois de mars 1636. S’il eût connu les motifs qui faisaient agir le Père de Condren d’une manière tout opposée, sans doute il n’aurait pas fait tant d’instances ; mais ce Père ne les manifestait à personne. Non moins fidèle à tenir cachés les ordres secrets de Dieu , qu’à les découvrir dans le temps
(1) Recueil des lettres de saint Vincent de Paul, t. i, p. 1 et 2.
* NOTE 9, p. 105.
(2) Cloysault, Vies Ms. — Vie du Père Gibieux, t. i, p. 163.
Le Père de Condren persévère 18 mois dans son refus , sans en faire connaître le vrai motif.
( 1 ) Mémoir. de i M. du Ferrier, p. 134, etc.
Olier , par le Père Girxj , part, i, chap. x. — Remarques historiques , t. ui,
(3) Lettres écrits du Père Condren. Ms.
marqué par la Providence , il n’en parlait qu'en termes couverts à ceux mêmes qui devaient en être un jour les exécuteurs. On vient de voir avec quelle réserve il en avait dit quelque chose au cardinal de Richelieu; il s’exprima toujours à cet égard d’une manière également obscure pour ses disciples, quoiqu’il leur parlât souvent d’une œuvre très-utile à l’Eglise pour laquelle Dieu les avait destinés. La vénération profonde qu’ils portaient à sa personne les empêchait de lui demander quelle serait donc la nature de cette œuvre ; et , comme nous le dirons dans la suite , ce ne fut que huit jours avant sa mort qu’il commença enfin à leur en parler clairement (1). Cette conduite pourra peut-être sembler étrange dans un homme d’ailleurs si sage et si éclairé; mais ayant toujours ignoré le moment et le lieu marqués pour l’exécution d'un dessein si utile à l’Eglise (2) , il affecta de n’en parler jamais qu’en termes couverts , de peur que , s’il venait a être connu avant le temps , l’ennemi de tout bien ne s’efforçât de le faire échouer, en y préparant de loin des obstacles f. C’était , sans doute , par le même principe que saint Vincent de Paul avait coutume d’affirmer qu’une bonne œuvre, divulguée avant le temps, était à moitié détruite.
Obligé néanmoins de répondre à M. Olier, qu’on pressait toujours d'accepter l’épiscopat , le Père de Condren se contentait de lui dire : « Je vois en vous » de grands empêchements à être évêque ; et pour » pouvoir prononcer affirmativement, je désirerais » avoir des preuves plus manifestes de la volonté
f Le Père de Condren, dans une lettre à M. Barthélemi de Donmadieu, évêque de Comrainge, écrite en 1637, au sujet d’un séminaire que ce prélat voulut établir dans son diocèse, nous fait assez connaître le motif de ce silence. » Vous vous souviendrez, lui dit-il, qu’il n’en faut point » parler. Les affaires de Dieu se conservent dans le secret » de son Esprit : les publier au monde, c’est les exposer au » diable, qui peut les contrarier aisément, par ceux qui se » laissent conduire à sa malignité (3). *