‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 99 sur 249 · LE P. DE CONDREN ÉLOIGNE M. OLIER DE L EPISC · texte numérisé non relu

LE P. DE CONDREN ÉLOIGNE M. OLIER DE L EPISC

» de Dieu. » M. Olier, sans pénétrer plus avant dans la pensée de son nouveau directeur, croyait que ces empêchements venaient de son indignité ; et il attribuait le jugement contraire de saint Vincent de Paul à la trop bonne opinion que , par esprit de charité, il avait conçue pour sa personne. « Le Père de Condren , » dit-il avec sa candeur et son humilité accoutumées, «me faisait faire de fré- » quentes visites à Notre-Dame , pour me mettre » en état de connaître la volonté de Dieu , qui de- » vait être exprimée avec un peu plus de lumière » qua l’ordinaire , à cause, comme je le pense , des » grands défauts que ce second directeur remar- » quait en moi. Il était éclairé comme un ange, et » il jugeait que la vocation n’était pas assez expresse » pour passer par-dessus les empêchements qu’il » reconnaissait en moi, comme défaut de jugement, » de conduite.de piété, de véritable zèle, de science, » d’expérience , enfin de toutes les qualités néces- » saires à cette condition : comme aussi parce que » Notre-Seigneur me donnait bénédiction dans les » emplois des missions auxquelles il m'avait appli- » qué jusqu’à cette heure. Ce qui me porte à croire » qu’il désirait quelques signes particuliers ou in- » térieurs ou extérieurs , et pour lesquels il me fai- » sait tant prier , c’était la maxime selon la- » quelle il se conduisait, savoir : Que dans les voca- » tions communes , s’il y avait de notables empê- » chements , il fallait y avoir grand égard , par » exemple aux miens . dans la vocation commune » que me manifestait ce prélat , en me demandant » lui-même pour successeur ; mais qu’au contraire » il ne fallait avoir égard aux empêchements, quand » les vocations étaient manifestes et extraordinai- » res : ce qu’il eût voulu voir en cette rencontre » pour fermer les yeux sur mes misères et mes im- » perfections (1). »

M. Olier aurait pu cependant conclure que son nouveau directeur avait quelque autre motit en

(1) Mémoires aut. de M. Olier, t. i, p. 91, 98.

(1 ) Cloysault, Vies Ms. 1. 1. — Vie du Père de Condren, liv. îv, p. 25G.

('2)Abelly, liv.

m, chap. ix.

Olier , par le Père Giry, part.

1, chap. vi.

(4) Mémoires aut. de M Olier, t. î, p. 99.

L’affaire de l’évèché est rompue.

(G) Vie Ms.

de S. Vincent de PaulparAbelly.

liv. i. ch. xxxii.

vue. Dieu a d’autres desseins sur vous, lui disait quelquefois le Père de Condren : ils ne sont pas si éclatants ni si honorables que l’ épiscopat , mais ils seront plus utiles à l’Eglise (1). Aussi saint Vincent de Paul , qui connaissait mieux que personne les dispositions intérieures et le mérite de M. Olier, l’ayant dirigé pendant quatre ans , ne laissait pas d’agir, autant pour seconder les pieuses intentions du prélat, que pour procurer à l’Eglise un évêque dont il concevait les plus hautes espérances. Il paraît même qu’il fit exprès le pèlerinage de Notre- Dame de Chartres, afin d’obtenir, par l’intercession de la Très-Sainte-Vierge, et dans cette même église où M. Olier avait si heureusement éprouvé ses faveurs , les lumières nécessaires pour connaître la volonté de Dieu sur lui (2). D’un autre côté , l’évêque qui sollicitait M. Olier, revint encore luimême à la charge, et continua longtemps ses poursuites (3); ce qui retint M. Olier à Paris , et l'empêcha malgré lui d’aller reprendre plus tôt ses missions. « Quoique ce prélat, dit-il, pour la per- » sonne duquel j’ai une grande tendresse, me tè- » moignât tant de confiance, j’avais quelque aver- » sion pour lui dans ce temps-là , à cause de ses » poursuites que je n’agréais pas ; comme aussi » parce qu’il me semblait qu’il me faisait perdre le » temps à Paris, me sentant toujours pressé de » m’en aller travailler aux missions, dans lesquelles » N otre-Seigneur m’avait donné grande bénédic- » tion , à moi et à tous ceux que j’avais accompa- » gnés dans ces contrées (4). »

Ce fut pour suivre cet attrait, qu’au mois de janvier de cette année 1635, il alla travailler à la mission de Crécy, et à d’autres ensuite (5), en attendant la conclusion de l’affaire qui le retenait a Paris. Cependant plus on le sollicitait, plus il se croyait indigne d’être évêque , sentiment qui se fortifiait de jour en jour, à mesure que, selon l’avis du Père de Condren , il continuait de consulter

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Dieu clans l'oraison. « Le jour de la Purification,

» ajoute-t-il , après avoir prié à l’oraison du matin » en grande sécheresse , et sans occupation quelconque du mystère..., il me sembla qu’il fallait » que je fusse consommé en Dieu pour répondre » au dessein de ce prélat , ce que je n’étais pas , et » par conséquent qu’il n’était pas temps d’y pen- » ser: d’où vient que je dis à mon père directeur, » que je ne croyais pas que cette affaire se fît en- » core, mais que , dans un an , elle se ferait, espé- >' rant que , dans un an , Dieu me ferait la grâce de » me consommer en lui ; ce qui n’est pas encore , » quoiqu’il y ait beaucoup d’années (1). » Enfin, M. Olier fut confirmé de nouveau dans la conviction de son indignité , au moment même où l’affaire fut rompue, malgré le zèle de saint Vincent de Paul, qui s’efforçait toujours de la faire réussir. « Je me souviens , dit-il encore , que comme mon » premier directeur, qui avait bien meilleure opi- » nion et espérance de moi que le dernier, s’entre- » mêlait de cette affaire, un jour qui devait être » celui de la conclusion , je me retirai pendant ce » temps dans l’église de Saint-Germain-des-Prés , » pour prier notre bon Dieu qu’il fit en . cela sa » sainte volonté ; et il me sembla encore que pour » tenir cette sainte et divine condition de l’épiscod pat , je devais être dans un état de pure et par- » faite union avec Dieu , si éloigné de mon état » grossier et sensible (2). » Enfin , M. Olier fut délivré (3), ce jour-là même, de cette affaire, et à la satisfaction du Père de Condren, sans qu’on sache les circonstances particulières de son dénoûment. Il se contente de dire , dans ses Mémoires , qu’il en fut délivré par la rupture qu’il plût à Dieu d’ en faire* .

Telle fut l’occasion qui fit passer M. Olier de la conduite de saint Vincent de Paul sous celle du Général de l’Oratoire. En s’adressant à ce dernier, il ne diminua rien de la vénération singulière qu'il avait eue jusqu’alors pour son premier guide ; et Tom. i. 10

( ! ) Mémoires aut. de M. Olier, t. ), p. 9G, 97.

(2) Mém. aut.

deM. Olier, t. i, p. 99, 100.

(3) La Vie de M. Olier, parle Père Giry, part.

lre, chap. vi. — Année Dominicaine, etc. — Remarques historiques, t. m, p.

* NOTE 10, p. 105.

Union constante entre S. Vincent de Paul et M.

Olier.

(l) Abrégé du quoiqu’il se crût obligé d’obéir au Père de Con— 9e cahier des Me- (jren q ne cessa pas d’avoir aussi saint Vincent de

Olier. Paul pour directeur (1), et de se conserver toujours

* NOTE il, dans son union et dans sa société*. Cette union 16c* était même si publique et si connue, que l’illustre

archevêque de Cambrai , écrivant en 1706 à Clément XI , pour solliciter la canonisation de saint Vincent de Paul, témoigne que M. Olier, qu’il appelle un homme abandonné à la grâce de Dieu et toutà-fait apostolique, demeura attaché à saint Vincent autant par une intime amitié que par la vénération qu’il portait à sa personne , le regardant comme la source d’où devait jaillir, en France, le renouvelle- * NOTE. 12, ment de la grâce apostolique de la prédication*, p. 106. JY[. Olier l’honora en effet comme son père, et , du¬

rant tout le reste de sa vie , il continua à lui don- (2 ) Oraison fu- ner ce nom (2). Nous verrons même qu’après la nèbre de S. Vm- mort qu père de Condren , quoiqu’il n’eût plus Vie dumêmepar saint Vincent pour directeur particulier, il ne prit Collet, h lv,IyO- jamais de résolution importante sans l’avoir conclu même', in-ip sulté auparavant. C’est ce qu’il témoigne lui-même 1 787, an. 1645. dans une lettre écrite en l’année 1649 à M. de Quaymai-ques lits, sur ^us : (< Pour les affaires extraordinaires , dit-il, nous l’église de S. Sul- » ne manquons de voir M. Vincent , et, pour les ordi- OUerparlePèrê >y na^res , tous nos frères assemblés (3). » La suite de Ginj, part, n, sa vie nous en offrira d’ailleurs une multitude cl1, 1V^ d’exemples. De son côté, saint Vincent dé Paul,

tographe^deM. cet homme si vil à ses propres yeux, et qui s’esti- Olier. — Lettre mait le plus grand des pécheurs , fut ravi de voir a^deQuayius, jyq Olier passer de ses mains entre celles d’un guide aussi consommé dans la conduite des âmes, que l’était le Père de Condren. Il continua d’avoir pour M. Olier la tendresse et l’amitié la plus sincère, il l’aida de ses conseils, prit hautement sa défense dans ses per sécutions, et avec bien plus d’ardeur qu’il n’aurait pris celle de sa propre compagnie. Non-seulement il l’aima comme son ami, il l’honora encore comme un très-saint prêtre, s’estima heureux de l’assister à la mort ; et , ce qui est

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le plus haut témoignage de vénération, et en même temps le plus magnifique éloge de M. Olier. il porta le respect pour lui jusqu a l’invoquer, le peu d’années qu’il lui survécut (1) : preuve incontestable de la pureté des motifs qui animaient ces deux âmes célestes , uniquement jalouses de la gloire de Dieu. Aussi M. de Maupas , célèbre orateur de ce siècle, ne craignit pas de rendre à l’un et à l’autre ce beau témoignage : « J’ai bien connu » de saints personnages ; mais jamais je n’ai rien vu » de pareil à ces deux grands serviteurs de Dieu , » feu M. l’abbé Olier et feu M. Vincent, que l’émi- » nence de leurs vertus avait parfaitement unis » par les liens sacrés d’une sainte et parfaite ami- » tié... : l’un était le fils spirituel , et l’autre était le » père (2). » Ces paroles furent le début du parallèle remarquable que ce prélat établit entre eux , dans l’oraison funèbre de saint Vincent de Paul , déjà citée , et qu’il prononça à Paris , l’année 1660, dans l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, en présence d’un nombre considérable de prélats, des ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare, et d’une grande affluence de peuple (3).

Avant le départ de M. Olier pour l’Auvergne, le Père de Condren avait déjà sous sa conduite les ecclésiastiques dont nous avons parlé, et les instruisait assidûment dans des conférences particulières. Ils ne furent d’abord qu’au nombre de six: M. de Caulet , appelé l’abbé de Foix, M. du Ferrier, les deux frères Brandon, M. Olier et M. Amelote(4); et comme presque tous eurent beaucoup de part à l’établissement du séminaire de Saint - Sulpice , il est convenable de les faire connaître en peu de mots. M. de Caulet, abbé de Saint- Volusien de Foix , fils d’un président au Parlement de Toulouse (5), et l’un des premiers qui se mirent sous la conduite du Père de Condren, se faisait dès-lors distinguer par un désintéressement et une mortification qui trouvaient peu d’exemples dans les

(1) Collet, liv. vu, t. u. p. 14t.

et notes.

(2) Oraison funèbre, t'n-4*, etc.

p. 35 .—Bibl.fi.

(3) Abelly, 1. 1.

chap. lu.

Le Père de Condren forme quelques

ecclésiastiques destinés à instituer les séminaires.

(4) Mémoires de M.duFerrier, Ms. Sainte-Geneviève, p. 40. — Bibl. Nation., p.

(5) Vie des quatre Evêques engagés dans la cause de Port- Royal, t. n, p.

deM. duFerrier, Ms. Sainte-Geneviève, p. 34, Zi», Bibl. Nation.

(2) Ibid. Ms.

de Sainte-Geneviève , p. 7, 72.

Bibl. N.p.S, 77.

(3) Réponses aux quest. touchants!. du Février, Ms. Sainte- Geneviève.

(4) Réponses aux quest. touchant M. du Février. Sis. Sainte- Genev. p. 4. — Bibl. N. p. 19.

(5 )Récitde l’enfance du Père Amelote. Lettr „ autographe du même.

* NOTE 13, p.

(6) Mémoires deM. duFerrier, Sis. de la Bibl.

Sainte- Geneviève,]). 40. — Bibl.

(7) Recueil des vies de quelques prêtres, t. ni. p.

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