‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 159 sur 331 · PROJET D'UN SÉMINAIRE EN GRÈCE · texte numérisé non relu

PROJET D'UN SÉMINAIRE EN GRÈCE

Une autre occasion où M. Olier fit paraître d'une manière bien touchante les sentiments de cette humilité, ce fut lorsque le Nonce du Pape, M. Bagni, lui demanda quelques prètres, pour établir un séminaire en Grèce. M. Olier, dans une conférence sur ce sujet à ses ecclésiastiques, après qu'il eut loué un si religieux dessein : « Hélas ! ajouta- : til en soupirant, Monseigneur le Nonce m'a fait . l'honneur de nous demander des sujets; qui » sommes-nous, Messieurs, pour que l'on pense à

nous (1)? » et il se répandit en sentiments d'humilité si vifs et si profonds, que ses disciples en demeurèrent aussi cdifiés qu'attendris. Aucun monument ne nous apprend les suites de cette affaire.

Un Évèque qui lui écrivait pour lui demander quelques-uns de ses ecclésiastiques, craignant qu'il ne pût accéder à ses désirs, lui envoya en mème temps une autre lettre à l'adresse de saint Vincent de Paul, avec prière, s'il ne pouvait le satisfaire, de remettre cette lettre à saint Vincent, sans lui faire connaître qu'il se fût d'abord adressé à lui le premier. M. Olier ne put en effet disposer d'aucun sujet dans cette circonstance, et en s'excusant à ce prélat il ajoutait dans sa réponse: « Je » n'ai point reçu la lettre pour M. Vincent, dont il » vous plaît me parler, et je la lui eusse fait tenir » dans le silence et le respect que je dois à une cha- » rite telle que la vôtre. Je ne puis y répondre que » par des protestations d'obcissance et de service > perpétuel. Vous userez, Monseigneur, de nous » comme de ce qui est vôtre, quand il aura plu à » Notre-Seigneur de nous fortifier (2). »

Ce prélat gardait envers saint Vincent de Paul les ménagements que nous venons de dire, dans la crainte de le blesser, s'il venait à connaître qu'il Sadressait à lui, au refus de M. Olier. Mais il s'en fallait bien qu'un homme aussi humble et aussi vil

(1) Attest. autog. touchant.

Olier, p. 198.

(2) Lettres uut.

de M. Olier, p.

Estimce et charité de S.

Vincent de Paul pour les

ccclésiasti-

à ses propres yeux que l'était saint Vincent, püt quesde Saintprendre quelque ombrage de cette préférence. « Je Sulpice.

(t) Recueil des lettres de S.Vincent, 1.1, p. 2; 12 juillet 1632.

(2) Abelly, Vie de saint Vincent de Paul, liv. ui, ch. x1

3) Ibid.p.150.

360 PARTIE III. LIVRE VII. — 1651 et suiv.

» ne croirais pas être chrétien, écrivait-il dans une » circonstance analogue, si je ne tâchais de partici. » per à l'utinam omnes prophetent (1)!» Bien plus, par un sentiment d'humilité très-sincère, il ne cessait de déprécier sa propre communauté ; et, à l'occasion de divers projets d'établissement qu'on lui proposait, il prenait plaisir à élever la communauté de M. Olier, aux dépens mème de Ja sienne. € Messieurs de Saint-Sulpice, écrivait-il dans l'une de ces circonstances, ayant pour fin les séminaires, ne s'Ctablissent, pour l'ordinaire, que dans les villes Cpiscopales ; cette communauté est plus capable que nous, pour commencer et perfectionner cette bonne œuvre que vous avez tant à cœur (2). » Écrivant à une dame de qualité, rapporte Abelly, pour lui persuader d'appliquer à un séminaire établi par Messieurs de Saint-Sulpice, le revenu d’une fondation faite par les seigneurs, ses prédécesseurs, pour former de bons ecclésiastiques, il lui parlait en ces termes : « Si vous faites, » Madame, cette application, vous devez tenir » pour certain qu'elle sera exécutée en la manière » que ces seigneurs ont désirée, pour l'avancement » de l'état ecclésiastique; et s’il vous plait pour » cela vous informer des biens qui se font à Saint- » Sulpice, vous pourrez en espérer de semblables, » lorsque cette communauté sera établie en ce » lieu-là, parce qu'elle est animée partout d'un » même esprit, et qu'elle n'a qu'une seule préten- » tion, qui est la gloire de Dieu (5). »

Page 1