DES
(1) Histoire de l'Editde Nantes, parBenoit,t.in,
(2) Lett, aut.de M. Olier,p. 145 et suiv. — Lelt.
spirit. de M, Olier, p. 438.
(3) Mém. de M.
Couderc, Ms.
mai 1776.
(4) Vie Ms. de M. Olier, par M. de Bretonvilliers, ln, p.355.
(5) Lett, div.de M.Tronson, t.1, p. 203, 20 fé vrier 1681.
396 PARTIE HI, LIVRE VII = 1659 et suiv.
du Saint-Sacrement, et où l'on élevait des enfants huguenots pour les rendre catholiques (1). Personne ne désira plus vivement ces nouveaux établissements que M. Olier. « Ne différez pas d'un » moment la réception de ces petits, écrivait-il à » M. de Saint-Antoine... Vous me demandez s; » vous’ emploierez à cela la somme que je vous » ai laisste au Puy: je vous réponds, non-seulement cela, mais tout ce que j'ai au monde:
et si mon sang valait quelque chose, je le tirerais jusqu'à la dernicre goutte pour leur soulagement. » O mon fils, quel bonheur d'aider à ces âmes pour les sauver ! Je veux que de ma part vous conduisiez vous-même, aux pieds de la trèssainte-Vierge, ces prémices des Cévennes, et qu'ils aillent reconnaître dans elle la Maîtresse par qui ils tiennent leur bonheur et leur conversion (2). » L'homme de Dru ne borna pas ses travaux au diocèse de Viviers : il procura une mission dans la ville d'Alais, au diocèse de Nimes, où il fit acheter une maison et laissa des ecclésiastiques, notamment M. Fuselier et M. Jean-Baptiste Macé, qui plus tard travaillérent au séminaire de Viviers (3). La ville d’Alais qui n'avait point encore été trigée en siège Cpiscopal, se trouvant voisine de quatre diocèses, il pensa que si l'on y établissait un séminaire, on pourrait en espérer de trèsgrands secours pour ramener les Huguenots de ces quartiers. L'Évèque de Nimes accueillit avec empressement un dessein si avantageux à son diocèse, et donna tous les pouvoirs nécessaires à ceux que M. Olier nommerait pour travailler selon ses vues (4) +.
+ On ignore quelles furent les suites de cet établissement : peut-être fut-il l'origine du séminaire de Nimes dont on offrit dans la suite la direction à M. de Bretonvilliers et à M. Tronson, mais qu'ils refusèrent l’un et l’autre, par défaut de sujets (5. Dans les Cévennes, un spectacle qui afigeait vivement M. Olier, c'était l'état d'abandon de plu-
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CANADA. FONDATION DE VILLE-MARIF. 397
L'œuvre que M. Olier eut le plus à cœur.
après la sanctification du clergé, fut la conversion des sauvages de la Nouvelle-France, Nous avons différé jusqu'ici d'en parler, afin de présenter dans un mème exposé tout ce qu'il entreprit pour Île succès de ce grand dessein. TI gémissait de voir que la foi n'eût presque point encore pénétré dans ce pays, soumis depuis plus d'un siècle à la France, et qu'à la honte du christianisme, l'ambition eût formé diverses compagnies de commerce, pour dépouiller le Canada de ses richesses, sans que presque personne eût songé à lui porter en échange les richesses bien plus précieuses de la foi. Brûlant du désir de se consacrer à une si noble entreprise, il rsolut de former à son tour une compagnie, uniquement dévouce au salut de ces nations abandones. Québec, le seul établissement qu'il y eût encore, etait trop incommode pour les sauvages du Haut-Canada, qui ne pouvaient alors y descendre facilement pour leur commerce, en sorte que l'œuvre de leur conversion n'avait fait que languir (1). Il conçut donc le dessein de bâtir, dans lle de Montréal, une ville qui serait tout à la fois le siège des missions, une barrière aux incursions des sauvages, et le centre du commerce pour les peuples voisins, elle serait consacrce à la trèssainte Vierge, et appellée pour cela Marie (2). « De tous les projets que l'on a fits » pour la conversion de ces barbares, Ccrivait vers » la fin du mème siecle, le Père Le Clercq, Récol- » let missionnaire, il n'y en a point eu de plus dé-
sicurs églises ruinées par les hérétiques. Fiers de leur nombre, ceux-ci formaient des attroupeinents pour empécher de les reconstruire, ou détournaient les'ouvriers de les rbâtir, La vue de ces églises lui perçait le cœur: il aurait voulu pouvoir les rebâtir toutes : il contribua du moins à en faire réparer plusieurs. — Celles de Bazainville et de la Trinité de Clisson furent aussi reconstruites par, ses libéralités (3),
Ville-
M. Olier médite le dessein de procurer la conversion du Canada,
(1) Les vérilables motifs, ete, p. 24.
(2) Mém, touchant l'établiss, de Montréal :
Lettres de M.
Tronson, L.xur, Vie de la sœur bourgeois, p, 17. Ms. des Hospitalières de La Flèche.
3) Esprit de H, Olier, Lu, p. 553,
1) Premier dtablissem. de la F'oidanslia Nouvelle-France, f,.
u, in-12, 1691.
Rencontre de M. Olier ct de M. de la Dauversière.
(2) Annales des Hospitaltères de Saint-Joseph,in- 8°, p. 6. — Lett, de M. de Lancamps, 28 avril 1660, — Abrégé de la vie de M.
de la Dauversière, Ms,
(3) Ibid. p. 48, 50,
» sintéresse, de pus solide, ni de mieux concerté » que celui-ci (1). »
Pendant que M. Olier en méditait l'exécution, il connut de la manière du monde la plus extraordinaire, un gentilhomme à qui Dieu avait inspiré le mème dessein. C'était Jérôme Le Royer de la Dauversière, résidant à La Flèche en Anjou, qui, aprés s'être converti à Diu, portait au plus haut degré l'abnégation, le détachement, l'assiduité à l'oraison et surtout l'amour des austérités, quoique engagé dans l'état du mariage (2). Il était persuadé qu'il devait donner commencement à une congrégation d'hospitalières.. afin d'en former ensuite un établissement dans l'île de Montréal, encore inculte et déserte. Son directeur, à qui il fit part d'un dessein en apparence si extravagant, le rejeta d'abord comme on devait s'y attendre. Néanmoins, après l'avoir examiné mürement, il finit par y donner son approbation, et permit à M. de la Dauversière d'aller à Paris, pour essayer de se procurer les secours nécessaires à l'établissement d'une colonie dans cette île (3). Il fallait en effet commencer par là, puisque les hospitalières qu'il voulait fonder, ne devaient être destinées qu'au soulagement des colons, lorsqu'ils seraient malades. Étant arrivé à Paris, il alla se présenter chez le garde-des-sceaux, qui était alors à Meudon; dans le mème temps, M. Olier s’y rendit pour quelques affaires, et la Providence voulut qu'ils se rencontrassent dans la galerie de l’ancien château. Alors ces deux hommes, qui ne se connaissaient pas, qui ne s'étaient jamais vus, et n'avaient eu aucune sorte de rapport ensemble, poussés par une sorte d'inspiration, coururent s’embrasser comme deux amis qui se retrouveraient après une longue séparation. « Ils se » jetèrent au cou l’un de l’autre, dit M. de Breton- » villiers, avec des tendresses et une cordialité si » grandes, qu'il leur semblait qu'ils n'étaient qu'un » même cœur, » Ils se saluèrent mutuellement par
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(1)Ange Marin, leur nom, ainsi que nous le lisons de saint Paul et ee # ain de saint Antoine (1). M. Olier félicita M. de la (2) 4nnales,ib. Dauversière du sujet de son voyage , et, lui met— p: 96,57, — Esant entre les mains un rouleau d'environ cent pe buis d'or, lui dit ces paroles: Monsieur, je veux Les véritables être de la partie. Il célébra ensuite la sainte Messe, "Mot de la se où M. de la Dauversière communia, et, après leur Dame de Mont-
ation de grâces, ils se retirèrent dans le parc du ge ALU ER ” château, où ils s’entretinrent, durant trois heures, Tronson, t. Xi, des desseins qu'ils avaient formés l'un et l'autre Mém: sur Mont pour procurer la gloire de Dieu dans l'île de Mont- (4) Lesvéritabl. rl. Tous deux avaient les mêmes vues et se pro- motifs, p. 36. \ : (5) Mém.sur M.
psaient d'employer les mêmes moyens (2). Cette de Lavai, iv. rencontre si extraordinaire et la conformité non vi, p. 134, inmoins frappante de leurs projets, ne leur permet- ‘4 Enix ait pas de douter que Dieu ne les eût effective Canada,in-4°,p. ment choisis pour réaliser de concert cette entre- le dE Lo prise, ils se lièrent dès ce moment d'une très-Ctroite Flèche. amitié, et entretinrent un commerce de lettres +. XVI. M. Olier commença par former une association , Formation
de pe ndas à l esi( À). a ; . de la Compae personnes ZÉ ces et opu entes (3), connue depuis , re pe Monrsous le nom de Société de Notre-Dame de Montréal, riar. it que le Souverain Pontife daigna encourager par ï, at aut.i. . 1 . » Pev'.
des indulgences plénières (4). Le serviteur de Dieu (8) Esprit de h dirigea constamment par ses conseils (5), et a anets ui, 1 ñ ), .
M. de la Dauversiere en exeécuta ponctuellement lo) Vida de quel: presque toutes les résolutions, en qualité de pro- ge NL ri , x an e Sp. 275, Ms.
cureur, que sa modestie lui fit prendre (6). La (i6#s.desHospitalières de La
* , : Flèche, p. 2.
t Ce trait est attesté par un trop grand nombre de mo- (LL) Msan.18 id.
numents authentiques, pour que sa singularité puisse seule (12) Mém.etRems, en affaiblir la certitude. Outre le témoignage de M. Olier Ms. ibid.
lui-même (7), il est confirmé par M. de Bretonvilliers (8, (13) Annalesou par l'auteur de la Vie de M. de Queylus (9); par M. de la AREA à Dauversière, fils, dans ses Mémoires sur son père (0); par Fa LS k sœur Morin, religieuse hospitalière de Ville-Marie, dans (AT A,p.33,34. une lettre écrite en France, à la mère des Essarts (11\; par (15) Relation aks religieuses hospitalières de La Flèche (19); il est consi- brégée des Hospigné dans les Annales imprimées de ces religieuses (13), dans {/ières en le Cakurs Annales manuscrites (14), enfin dans plusieurs autres RU NII ENT
X PR Ÿ Far — Autre Mém.
mémoires particuliers, concernant leur institut (15. comp. en 1745.
400 PARTIE HI, LIVRE VIII, — 1640 et suiv, À
première fut d'aller demander l'ile de Moftréal à M. de Lauzon, intendant du Dauphiné, l'avait reçue en don de la grande compag Canada, à condition d'y établir une colonie, gistrat, cédant aux instances rcitérées de Me Dauversière, qui fit deux fois, à cette fin, le 4 ge (1) Les vérita- du Dauphiné (1), le substitua à sa place par conee MOUfS D: trat passé le 17 août 1640, et approûvé par la grande compagnie au mois dé décembre sui- (2) Lett, de M. yant (2); enfin, par un autre contrat, M. dgla Dau- Tronson, t. x, à , È NÉE : 41 Mém. sut Mont. Versière déclara qu'il n'avait reçu l'île de Montréal réal. — Archiv. que pour M. Olier et les autres assocics de la Com- ES pagnie. Voici les principales dispositions des artice: Foi et hom- cles que la société de Montréal s'engagea à exteuon nn PE ter, ct qui furent vraisemblablement rédigés par Saint-Sulpice. M. Olier et M. de la Dauversière : « Le dessein des associés est de travailler purement pour la gloire de Druv et le salut des sauvages. Pour atteindre ce but, ils ont arrèté entre eux d'envoyer l'an prochain à Montréal quarante hommes bien > you conduits, équipés de toutes choses nécessaires » que pour une habitation, et de fournir deux chalou- » sem pes pour transporter les vivres de Québec à » pret Montréal. Ces quarante hommes, Ctant arrivés > res, dans l’île, se fortificront d'abord contre les sau- > voir vages, puis s'occuperont pendant quatre ou cing » imit ans à défricher la terre et la mettre en état d'être ) eSpè cultivée. Pour avancer cet ouvrage, les associés 1 » et le augmenteront d'année en année le nombre des »de 1 ouvriers, selon leur pouvoir ; enverront des »ety. bœufs et des laboureurs à proportion de ce quil ) com y aura de terres défrichées, et un nombre sufli- à sion sant de bestiaux pour en peupler l'ile et engrais- M. d ser les terres. Les cinq années étant expirées, les voyé à associés, sans interrompre le défrichement, feront choses bâtir un séminaire, c'est-à-dire une sorte de ét, l'ar collège pour y instruire les enfants mâles des trente ! sauvages. On tâchera de conserver habituelle Ut que ment dans cette maison dix ou douze ecclésiasti- Œuvre,
ice par conuvé par lg embre sui- [. dela Daude Montréal s de la Comons des arti- CA à EXÈCUrédigés par e dessein des our la gloire ur atteindre ‘envoyer l'an ommes bien g nCcessaires deux chaloule Québec à étant arrives ontre les sauatre ou cinq en état d'ètre les assocics nombre des verront des n de ce quil ombre sufli- Le et engraisexpirces, les kment, feront ine sorte de s mâles des habituelle e ecclésiasti-
CANADA. FONDATION DE VILLE-MARIE, AO
) ques, dont tréis ou quatre sauront les langues y dpêys, afin de les enseigner aux missionnaires » qüt'viendront de France. Ceux-ci, en arrivant, Rp rsront un an au séminaire, pour appren-
\idre éc langues et ensuite ètre dispersés prmi y l&hations sauvages, selon qu'il sera jugé à pro= »pos. S'ils tombent malades, le séminaire leur aservira de retraite, Les autres ecclésiastiques » s'occuperont à l'instruction des enfants des sau- » vages et.des Français habitants de ladite ile. ILy » faudra éncore un séminaire de religieuses pour » instruire les filles sauvages et les françaises, et » un hôpital pour y soigner les pauvres sauvages » quand ils seront malades. Enfin, toutes ces cho- » ses étant.en bon état, on ne pensera qu'à bâtir » des maisons pour loger quelques families fran- » çaises, les ouvriers nécessaires dans le pays, les » jeunes gens mariés qui auraient été instruits au » séminaire, et les autres sauvages convertis qui » voudraient s'y arrêter. On donnera à ceux-ci » quelques terres défrichces, des grains pour les » semer, des outils et des hommes pour leur ap- » prendre à les cultiver. Au moyen de ces mesu- » res, les associés espèrent de la bonté de Dreu » voir en peu de temps une nouvelle Eglise, qui » imitera la pureté et la charité de la primitive; ils » espèrent encore que, dans la suite, eux-mêmes » et leurs successeurs, étant bien établis dans l'île > de Montréal, pourront s'étendre dans les terres » et y faire de nouvelles habitations, tant pour la > commodité du pays que pour faciliter la conver- > sion des sauvages (1). »
M. de la Dauversière et M. Olier avaient déjà envoyé à Québec vingt tonneaux de vivres et d'autres choses nécessaires à l'établissement de la colonie ; tt, l'année suivante (2), ils assemblèrent environ trente familles, qui, par zèle pour la religion plutt que par intérèt, se dévouèrent à cette bonne uvre. De ce nombre étaient des gentilshommes, Tom. 111. 26
(1) Pièces, Ms.
M. Olier ct M. de la Dauversière envoient une colonie dans l'ile de Montréal.
(2) Relation de ce qui s'est passé en la Nourellel'rance,en 1642, par le Père Vimont, ch. IX, p.