LE
PRARTET E |
» il dit, voici le chariot d'Élie qui s'approche pour enlever
(1) Manifeste, ? votre belle dme dans le paradis (1) ». Malgré les précautions Ïc p. 134. que prenaient les Ministres pour éviter d'entrer en discussion directe avec les prêtres catholiques, ils ne réus-
sirent pas toujours à s'y soustraire. Un jour M, Chamier,
Ministre, ayant eu la curiosité d'entrer dans le jardin de
M. de la Tourrette, fut arrêté par M. Tenant, qui voulut
engager la controverse. Le Ministre pâlit et balbutia
« M. Couderc s'étant avancé prit le Ministre par les deux 8 » mains, car il tremblait extraordinairement, et lui dit:
» Monsieur, rassurez-vous, nous n'en voulons qu'à votr
» doctrine et non à votre personne, et puisque vous avouez na
» que cet article (L'Écriture contient tout ce qui est nécessaire Li.
» au salut) est un des articles de votre confession de foi »P
» voilà un Nouveau Testament, veuillez me le faire lire dans » 0
(2) Manifeste, » l'Écriture () ». Le Ministre répliqua qu'on ne lisait pus »ai
p. 135. leurs articles mot à mot dans l'Écriture, mais qu'ils étaient » Sa fondés sur l'Écriture. M. Couderc lui proposa de signer cet
aveu, Le Ministre en fit difficulté en s'avançant vers la LU?
porte; cependant pressé il signa l'aveu. Il en fut blämé par le Consistoire qui le condamna à réparer ses imprudences
dans un prêche., « Il parla deux heures sans rien prouver. N' » M. Le Féron le réfuta immédiatement par les passuses de de c » quatre de leurs Bibles: il leur proposa une conicrence » cr » qu'ils refusèrent. Le sieur Chamier se présenta pour tri- » Sal » verser la place, mais il s'enfuit dès qu'il vit M. Tenant » cle » ct M. Couderc lui présenter la Bible. Voyant l'inutilite »qu » de nos efforts sur les Ministres, M. Couderc tit un savant » cnc » discours de controverse, en suite de quoi nous allämes »m'i
» Sai » po
» faire nos exercices, et le lendemain (2 mai) d'assez grand » matin on vint nous dire que les Ministres s'en ciaien!
» allés vers les six à sept heures. Ainsi fut acheté ce synodc » Jés
» à la confusion des adversaires de l'Eglise et au salut pensé
4) Manifeste, » plusieurs âmes qui ont fait abjuration de l'hérese à ne gli
p. 180. » nombre de plus de vingt-cinq (3) ».
M. Couderc, quoique supérieur du séminaire de Viviers. ne su (4) Réglem. du continua jusqu'à la fin de sa vie à se rendre aux synode: Chari rfi ny que les Ministres tenaient chaque année en Vivarais À que Id Tronson, 1677. Tronson qui savait les fruits que la présence de ce san assur h) Essai sur Prêtre produisait en ces réunions, l’autorisa formellement pour l'influence, 1. 1, à s'y trouver, quand elles avaient lieu dans le diocèse ‘4, huma pe +16. M. Couderc mourut au milieu de sa dernière mission : assur PUR he et fut inhumé dans une des chapelles de la cathédrale de “a de Pots Viviers (6), M. Grandet a composé une courte notice sui . de (7) ViesdesS.s. CE Vertueux prêtre (7): il y rapporte qu'on le regretta com: eurent prêtres, &. ni, Un Saint, ct qu'à Viviers on conservait son portrait dans Voir cd P. 366. plupart des familles. en Ca lumièr
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Ce portrait a été gravé à Avignon par David, il est de format in-folio et porte l'inscription suivante: PETRUS COUDERC SEMINARIT SANCTI SULPITIT ALUMNUS,
in diœcesi Vivariensi sacerdotio initiatus, cujus gratiam ibidem per triginta €t amplius annos abunde effudit cicricis instituendis, pastoribus informandis, hæreticis convertendis, omnibus tandem omnia factus, virtutibus apostolicis conspicuus, cultui Deiparæ addictissimus, obiit 21 februarii anno 1686. ætatis 57.
M. Tronson écrivait le 18 mars aux directeurs du”séminaire de Viviers. « Vous avez perdu un très-bon père ct » un très-digne supérieur, et Saint-Sulpice perd un incom- » parable sujet, qui a été cstimé extraordinairement de M. » Olier, notre très-honoré fondateur, que M. de Bretonvilliers » aimait tendrement, et qui, par ses talents naturels et par » sa grâce, avait gagné le cœur de tout le monde(f). »
LUMIÈRES DONNÉES A M. OLIER SUR LE DESSEIN DE VILLE-MARIE:e
NOTE, p.403.— «M. Olier, qui conçut le premier ledessein de cet Ctablissement, disait le Père Le Clercq, récollet, ne » crut pas que ce fût assez pour son zèle de travailler à la » sanctification de l'ancienne France, par la réformation du » clergé et l'établissement du séminaire de Saint-Sulpice, » qui a été depuis le chef de tant d'autres, s'il n'en étendait » encorc les effets jusque dans la nouvelle France; et je » m'imagine voir dans la personne de M. Olier un autre » saint Paul, qui prend en main la carte du Nouveau-Monde, » pour en faire la conquête. et le soumettre à l'empire de » Jésus-Christ (2). » Ce serait se tromper beaucoup que de
(1) Correspond.
(2) Prem. éta-
penser qu'en concevant le dessein de travailler tout à la fois à bliss. de la Foi, la réformation de l'ancienne France et à l'établissement de etc. p. #8, 46.
l'Église de la nouvelle, par la fondation de Montréal, M.Olier ne suivit que les mouvements de son zèle ct l'ardeur de sa charité. Le succès si étonnant de la colonie de Ville-Marie, que les fondateurs avaient connu et annoncé d'avance comme assuré et infaillible, montre évidemment que ce dessein eut pour principe quelque chose de plus queles efforts de l'esprit humain et du zèle des âmes, et qu'il était appuyé sur les assurances certaines que Dieu lui-même leur en avait données. Nous ne parlerons pas ici de la connaissance que M. de la Dauversière, M. de Renty et Marie Rousseau eurent de cette œuvre avant qu'elle fût entreprise; on peut voir ce qui en est dit dans l’Histoire de la colonie française en Canada; mais rous ne pouvons passer sous silence les lumières merveilleuses qu'à ce sujet Dieu donna à M. Olier,
ainsi qu'on l'apprend par les Mémoires qu'il en dressa pour son directeur : « On ne saurait Ie croire, dit-il, si l'on n'est » établi dans la foi de l'amour de Diru envers les hômmes, » ct si l'on n'est convaincu de son infinie sagesse, qui em- » ploie les choses les plus impertinentes pour ses œuvres, » ct de sa puissance divine, qui se sert du néant et de l'in- » firmité pour faire les effets de sa grâce les plus miracu- » leux, C'est sur le théâtre de la misère et de l'infirmité » qu'éclatent sa pyissance et sa miséricorde. Qui eût cru » en voyant Jésus, Marie et Joseph dans une étable, que ces » trois personnes renverseraient un jour toute la terre ? que » cet enfant au maillot gouvernerait un jour tout le mcende) » que celui qui reposait entre deux animaux, serait assis » triomphant dans les cieux, au milieu des deux personnes » adorables du Père et du Saint-Esprit? que cet enfant » alors muet, infirme, impuissant de se bouger, de parler, » de marcher, avait en soi un Dieu qui soutient tout le » monde et vivific toute la créature?
» Dieu a voulu agir ainsi dans l'établissement de ce grand » œuvre de l'Église, afin qu'on vit ouvertement que c'était » Sa main seule qui avait entrepris cet édifice. Car c'est le » dessein de Dieu de vouloir paraître, en tout, l'auteur de » son ouvrage, et de ne souffrir pas que personne en puisse » partager la gloire avec lui, pas même son Fils, cet instru- » ment si saint, si parfait, si divin. Pour cela donc il a voulu » que son l'ils parüt dans un tel état d'infirmité et de petitesse, » que quand on verrait le plus faible de la nature, à savoir » le fils d'un charpentier, ce pauvre honteux ct misérable, » remuer tout le monde. renverser les États, les monarchies » ct les empires, abattre l'orgueil de la sagesse du démon » par la folie de ses maximes, par la faiblesse et l'ignorance » de ses apôtres, on reconnüût ouvertement que c'était la » main seule de Dieu qui avait exécuté un ouvrage si » admirable.
» Tout de même en est-il dans ce temps, où Dueu, par » une miséricorde infinie, veut faire de nouveaux biens à » son Église et redonner l'esprit primitif, Il s'est tellement » plu dans les mystères passés de Jésus, Marie ct Joseph, » cès mystères étaient conduits d'ailleurs par une sagesse » si admirable, qu'ayant à renouveler la piété premiere, il » prétend suivre la conduite qu'il a tenue sur son Eglise, » quand il l'a instituée et fondée sur la terre, et se servir » d'un semblable procédé. L'œuvre dont je parle doit con- » sister en deux choses : l'une est le renouvellement de l'E- » glise dans ces quartiers, l’autre l'établissement d'une nou- » velle Église en Canada, où l'on va bâtir une ville chré- » tiéniné, qui est une œuvre d'une merveilleuse importance.
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» Pour montrer la conduite qu'il a tenue sur l'Église en » l'établissant- par les intercessions de Jésus, Marie, Joseph, ce qui a été entièrement négligé par les hommes, et à » quoi on ne pense guère, Dieu veut mettre devant nos » yeux une figure et une image sensible de la verité des » mystères passés, Ayant résolu d'opérer ces deux œuvres » par les intercessions de Jésus, Marie, Joseph, il veut se
» servir pour ce sujet de trois personnes en terre, qu'il »remplit de l'esprit de Jésus, Marie, Joseph, et qui » sont comme les sacrements de ces trois afgustes personnes, » portant en elles des grâces semblables à celles de leurs » patrons, ct recevant communication de leur esprit.
» Qui dirait ces mystères à des âmes incrédules, ce sevrait un sujet de mépris et de risée, et une fable à la » plupart du monde. C'est chose merveilleuse de voir ce »qui sc passe dans les âmes. C'est chose inconcevable à » qui ne le sent pas et n'a point d'entrée dans les voies de » l'Esprit divin qui, étant en sa sagesse et en son amour, » produit des effets qui sont incroyables à ceux qui ne s'ef- »forcent pas de se convaincre de l'infini amour de Dreu renvers les hommes. C'est pourquoi les théologiens remarquent, au commencement du mystère de l'Incarna- »tion, qu'il serait impossible aux hommes et aux anges, »sans la foi, de concevoir la possibüité de ce mystère. Il »en est tout de mème de l'œuvre dont je parle, et que la sbonté de Dieu, par une miséricorde infinie, prétend opérer dans la même conduite qu'il a tenue en instituant » son Église sur la terre. Dans sa bonté et sa puissance, il s se sert de ce qu'il lui plait pour faire son ouvrage, sans ssarrêter aux talents, ni aux conditions des personnes :pour l'exécuter; et au contraire, pour renverser le cours » de la sagesse humainc, il prend plaisir à se servir des »choses les plus abjectes et les plus méprisables,
» Hélas ! je n'ose me nommer, ni dire que dans la fondation de cette nouvelle Église, qui doit se faire par Jésus, Marie, Joseph, Dieu désire que je tienne la » place de son Fils; ce que je ne dis qu'à ma condamnation, » me voyant si indigne et si éloigné d'avoir part aux grâces inécessaires pour représenter Notre-Scigneur, sinon en tant que je suis tout couvert de péchés qui me sont »propres, comme Notre-Scigneur était chargé de péchés étrangers. Je ne puis douter des volontés de Dieu ct du » dessein si merveilleux que celui dont je parle, qui est rcette nouvelle Église que la bonté de Dieu veut former. Tous ces jours passés, je voyais devant mes yeux ‘e ‘qu'il avait plu à Dieu de me montrer autrefois, à savoir: un pilier qui servait de fondement et d'appui à deux arcades, ou à deux églises, dont l'une était vicille et an-
mt
| (1) Mém. aut.
| de M. Olier. — | Vie de la sœur [1 Bourgeois, introd. p. 23 etc.
» cienne, ct l'autre était nouvelle. Toutes deux venaient se » joindre et aboutir sur ce pilier et cette pierre fondamen- » tale qui est moi-même, en tant que rempli de la présenve » de Jésus-Christ, l'unique fondement de toute la réforme » de l'Église présente et de l'établissement de la nouvelle qui doit sc faire en Canada.
» Grand Dieu, c'est bien ici que je dois m'abimer cet m'oublier moi-mémef, c'est bien ici que je dois m'abandonner et me perdre en votre Fils unique, comme vous l'avez dit, il y a très-long temps: /{ faut vous consommer en moi, afin que je fasse tout en vous. Anéantissons-nous, pauvres vases fragiles. nauvres figures corruptibles, » pauvres images de terr: Adorons Lieu en sa conduite ct » dans le plaisir qu'il pren à faire des choses grandes par » des sujets méprisables. Acrons Dieu qui nous choisit » pour ce dessein, et abandonnons-nous totalement à sa » conduite. Pour moi, je ne puis autrement; car si je vou- » lais penser à ce que je suis, et à ce que Dieu désire faire, » je m'irais cacher et m'abimerais au plus profond cachot » de la terre, comme l'Esprit de Dieu me l'a fait ressentir. » C'est une chose étrange en quel profond anéantissement » cette vue me réduit, crainte d'être infidèle, à cause que je » me vois le plus pauvre et le plus méprisable du monde, » un néant inutile et impertinent à un œuvre si saint. Je » vois que maintenant je ne puis faire de fautes que de la » nature de celles d'Adam, entant qu'elles porteraient coup » à l'Église, qui me regarde comme l'un de ses pauvres » appuis; ce qui m'anéantit extraordinairement, et m'ap- » profondit comme une pierre angulaire cachée et enfouie » sous un grand bâtiment. Quelque part que j'aie dans ce » mystère, et quoique Dieu désire que j'y représente la » personne de son divin Fils, je sais bien que je ne suis » pas digne de servir les saintes âmes qui doivent aussi y » avoir part, ni d'ètre leur valet. Je ne suis que comme » spectateur et admirateur de ces divines merveilles, ct je » m'estimerais trop heureux d'être toute ma vie à baiser » leurs pieds et à révérer les merveilles que Dreu opère en » elles (1). »
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