M. OLIER PÉNÈTRE LE SECRET DES COURS
» prise. Ainsi agité, je méditais en moi-mème le » projet de me retirer, tantôt dans un lieu, tantôt » dans un autre; et je pensais que je serais très- » heureux d'être au service de quelque vigneron, » occupé à labourer la terre, et éloigné de ce grand » embarras. Quelques personnes de condition, qui » avaient remarqué l'affaiblissement de ma santé, » en donnérent avis à M. Olier. Il mefit dire d'aller » le trouver ; et dès que je parus devant lui, sans » que je lui eusse parlé du sujet de mes peines, il » me dit: Serez-vous toujours le jouet et le ballon » du démon? il vous jette tantôt d'un côté, et tantôt » d'un autre. Ne l'écoutez point : c'est un esprit trom- » peur qui veut vous faire quitter l'emploi où Dieu » vous a mis. N'est-il pas vrai que depuis quelque » temps vous n'êtes point capable d'aucun sentiment » de Dieu? Je sais bien tout ce que vous pourriez me » dire vous-même touchant le sujet de votre affliction: » c'est que vous ne pensez pas que Dieu vous ait ap- » pelé au service des pauvres ; mais je vous assure de » sa part qu'il vous veut dans cet emploi : oui, je vous » en assure de la manière la plus expresse ; n'en doutez » aucunement. À peine M. Olier eut-il proferé ces » paroles, que mes dispositions changèrent tout- » à-coup. Je lui dis: Monsieur, j'y demeurerai donc » autant qu'il plaira à Dieu, et autant que vous » voudrez. Tout ie trouble de mon esprit se dissipa » aussitôt: je me trouvai rempli de paix et de » calme ; et, depuis ce temps, je n'ai ressenti au- » cune tentation sur le mème sujet (1). »
Une personne ayant différé de faire un acte de mortification qu'elle avait coutume de pratiquer scrètement, M. Olier lui reprocha cette omission, quoiqu'elle n’en eût parlé à qui que ce fût, et il l'avertit de n'y plus retomber. Ii en usa de la même manière à l'égard de deux autres qui, sans raison légitime, avaient remis au lendemain matin une semblable mortification, et leur dit : « Ce n'est pas » assez de faire les choses que Dieu demande de
(1) Altest. aut.
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Autres cxem ples.
(1) M. de Bretonvilliers, t. 1,
(2) Ibid, p.41,
504 PARTIE III, LIVRE X, — 1649 et suiv.
» nous, il faut encore les accomplir dans le temps » où elles nous sont prescrites (1). » Il arriva aussi qu'une personne, après avoir promis à Dieu de lui faire une certaine offrande, se désista peu à peu de sa promesse. Elle seule au monde avait connaissance de sa résolution et de l'infidélité qui l'avait suivie. Dans cet état, elle vint visiter M. Olier qui, les larmes aux yeux et l'affliction dans le cœur, lui reprocha vivement sa faute, en l'assurant que cette infidélité avait beaucoup déplu à Notre-Seigneur. On se figurerait diflicilement la surprise et le trouble où ces paroles la jetèrent. Elle tomba sur-lcchamp aux pieds de l'homme de Dieu, demanda pardon de sa faute, et exécuta sans délai son premier dessein. M. Olier lui rappela également plusieurs particularités très-cachées qui la touchérent vivement (2).
Une autre, ayant été consultée sur une affaire importante qu'on lui avait confiée sous le sceau du secret, voulut avoir elle-même l'avis du serviteur de Dieu. Mais comme elle ne lui parlait qu'en termes vagues ct généraux : « Pour vous donner, » lui répondit-il, un conseil conforme aux règles » de la prudence, il serait à propos que je connusse » les circonstances de cette affaire avec plus de » précision. » Elle repartit qu'elle n'avait pas la liberté de lui en parler clairement. Sans insister davantage, M. Olier fit alors deux ou trois tours dans sa chambre ; ensuite, comme s'il eût &tc instruit de toute l'affaire, il en exposa lui-même à cette personne les diverses circonstances dans le plus grand détail, et lui donna les avis @..; lui étaient nccessaires, Elle en fut tellement étonnée, qu'elle alla sur-le-champ raconter à ses amis ce qui venait de se passer, protestant que M. Olier n'avait pu avoir cette connaissance par aucune voie naturelle, Après une conférence où le serviteur de Dieu avait parlé sur la pauvreté que doivent pratiquer les ecclésiastiques, l'un des assistants se retira tout affligé,
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SONGES REMAROUABLES. 505
n'ayant pas le courage d'aspirer à une perfection qui lui paraissait si diflicile. Quelque temps après, il vint visiter M. Olier, à qui il n'avait rien découvert de ses dispositions intérieures, et il fut Ctrangement surpris de l'entendre débuter par ces paroles : Ah! Monsieur, que la pauvreté vous fait de peine ! et de l'entendre ensuite lui exposer tout ce qui s'était passé dans son cœur (1).
Mais il est inutile de :ter un plus grand nombre d'exemples; voici des faits d'un genre différent. Un ecclésiastique avait sous sa direction une prétendue dévote qui, par ses artifices, abusait le public et l'abusait lui-mêrne, On la croyait avancée dans des voies éminentes, et son confesseur la regardait comme une sainte à miracles et à révélations. Une auit, lorsqu'il dormait profondément, il crut voir en songe M. Olier qui le détrompait, en lui faisant connaître les fourberies et l'hypocrisie de sa pénitente. À son réveil, il méprisa ce songe; mais il fut iort surpris lorsque, quelques mois après, rencontrant par hasard M. Olier, celui-ci, comme s'il eùt voulu confirmer l'avis dont nous parlons, sembla lui dire, en termes généraux, qu'il risquait d'être trompé par cette personne. En effet, quelque temps apres, cet ecclésiastique acquit la certitude des artiices sacrilèges de cette misérable créature, tels qu'il les avait connus par le songe qu'il avait eu, et qu'il regarda dès ce moment comme un avertissement du Ciel (2). La mére de Saint-Gabriel, suptriiure des religieuses de la Miséricorde à Paris, rapporte que très-souvent ayant éprouvé de fort grandes inquictudes durant le jour, sans avoir ä liberté d'en pouvoir parler à M. Olier, elle son geait à lui durant son sommeil, croyant lui parler comme si elle lui eùt exposé ses peines, et que, le matin en s'éveillant, non-seulemènt elle en était délivrée, mais s'étonnait de se trouver dans une paix si profonde. Dés qu'elle le voyait, elle ne manquait pas de lui faire part de son rève, et plusieurs
(1) M. de Dietonvilliers , y 415, 416.
Songes re marquables, Lffetsextraor dinaires que produisentles paroles ou la présence deM.
Olicr,
(2) bd, p.415,
CPS rampes ren
(1) Attestations aut, touchant H.
Olier, p. 99.
(2) Ibid,
506 PARTIE HI. LIVRE X. — 1649 et suiv.
fois M. Olier lui dit en riant que la mème chose tait arrivée à d'autres personnes, également gutries par ce moyen (1).
On peut mettre au nombre des dons extraordinaires de M. Olier les impressions de grâce qu'tprouvaient plusieurs saintes âmes en conversant avec lui, ou même seulement lorsqu'elles étaient en sa présence. Nous avons déjà cité les exemples de Marie de Valence, du frère Claude, de la sœur Marcuerite du Saint-Sacrement, de la mère de Saint-Michel; on en voit qui ne sont pas moins remarquables, dans les Mémoires de M. Olier, ou dans ceux que d'autres personnes ont composés sur sa vie. La mère de Saint-Gabriel, dont nous venons de parler, rapporte d'elle-même que, presque toutes les fois qu'elle s'entretenait avec M. Olier, ou qu'elle était seulement en sa présence, elle ressentait une impression de grâce si abondante, qu'elle en était toute pénétrée et comme embaumée, non-seulement dans le temps de leur entretien, mais durant des mois entiers, pendant lesquels elle eût désiré d'être séparée de toute créature, pour ne s'occuper que de Dreu seul. Quelquefois cet effet durait jusqu'à ce qu'il revint ; alors la même grâce se renouvelait encore, et avec tant d'abondance, qu'il lui est arrivé de ne pouvoir proférer dans cet état une seule parole. Elle ajoute qu'en lui parlant, elle avait été plusieurs fois délivrée de diverses imperfections habituelles, dont elle ne lui avait rien dit, et sans que de son côté elle eût fait aucun effort pour les détruire (2).
M. Olier rapporte lui-mème, dans ses Mémoires, le trait suivant, qui montre avec quelle merveilleuse facilité il rendait la paix aux âmes. « Je me » souviens qu'une excellente fille et très-bonne » religieuse, d'une éminente piété, étant venue un » jour à moi, je vis dans ses yeux quelque chose » qui n'était point naturel. Le désordre qui parais- » sait dans son regard annonçait qu'elle avait l'es-
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