‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 269 sur 331 · III · texte numérisé non relu

III

De cette nature de sujets, comme il y en a peu qui soient dignes de cette grâce, il doit y en avoir fort peu en chaque séminaire, à l'exemple du Fils de Dreu, lequel pour toute son Eglise n’en avait que douze, qu'il regardait comme les fondements inébranlables de sa maison, les remplissant de la plénitude de son Esprit et de sa vie pour la sanctification générale de tout le monde, et ceux-là il les tenait toujours libres et dégagés de tout emploi particulier, les appliquant à toute son œuvre selon l'indigence des tempset des licux.

Ce qui oblige encore Messeigneurs les Prélats à tenir peu en nombre de ces sujets, c'est à cause que la ferveur qui cest de peu: Paucorum est perfectio, ne permet pas que l’on espère de voir grand nombre de ces personnes enflammées de la purcté et de l'ardeur du saint amour, comme on le doit prendre en ceux qui dirigeront la maison. Ce qui fait qu'on se doit contenter d’un petit nombre de sujets en qui subsiste cette ferveur, qui est si nécessaire à la maison pour en fournir après à tout le diocèse.

Et outre cette raison qui est essentielle, il faut aussi con-

sidérer que, si on venait à lier quantité de sujets à la maison, on tomberait dans l'inconvénient de dégarnir les diocèses des sujets de pureté et sainteté, qui leur sont nécessaires pour remplir les cures et vicairies et autres bénéfices, même pour faire les missions, ct satisfaire à nombre d'autres emplois qui se présentent tous les jours dans l'étendue d'un évêché, soit à l'égard des peuples, soit en des commissions générales, soit aux particulières des diocèses,

Quand il ne se trouverait que trois hommes apostoliques dedans un séminaire, remplis d'humilité, de douceur, de patience, de zèle, de charité, de pureté, avec le savoir et la sagesse nécessaire à ce divin emploi, ils suffiraient à la sanctification de tout un diocèse.

C'est ainsi que David, l'image de Jésus-CurisT, avait trois forts en son armée, qui étaient tout le cœur et la vie de ses soldats ct de ses capitaines.

Notre-Scigneur n'a pas donné davantage d'Apôtres à chaque partie du monde ; à savoir, trois à chacune: ce qui était figuré en la ville de l'Apocalypse, comme au temple de Salomon, où en chacune de ses quatre parties, il ÿ avait trois portes, ab Oriente portæ tres, ab Occidente portæ tres, ctc., par où passaient les peuples qui se voulaient sanctifier; tant il est vrai que trois bons ministres remplis de zèle et charité, par les mains desquels passerait le clergé, cet dans le sein desquels se reposcraient tous les sujets du séminaire, scraient capables de tout sanctifier, ct ne suffraient pas seulement à éclairer et à instruire un diocèse entier, mais encore à consommer tout un royaume: telle est la vertu de l'esprit et de la grâce apostolique. Et d'autant qu'il se rencontrera peu de personnes en l'Eglise qui veulent entrer en ce genre de vie abandonnée ct dénuée, qui soient en même temps remplies de zèle, de prudence et de capacité, comme il en faut en cet emploi, étant vrai que la plus grande peine et la plus grande difficulté, dans l'institution des séminaires, consiste à rencontrer de ces saintes personnes; de là vient qu'il les faut conserver soigneusement, quand la bonté de Dieu les aura données, apportant tout le soin possible, afin de conserver la liberté entière de leur esprit, pour les choses de Dreu, et leur ôter les occasions qui pourraient altérer la pureté de leur état, comme serait le soin du temporel de la maison, et l'occupation des choses grossières qui en dépendent. Joint à cela qu'étant si peu en nombre, ils ne pourraient vaquer aux choses extérieures, sans altérer ct divertir l'attention qu'ils doivent au bien spirituel et à l'intérieur du séminaire, qui est si important et qui demande un soin si attentif à Dieu, qu'il n'y saurait avoir de distraction qui ne soit très-nuisible, et qui n'étouffe beaucoup de biens spirituels dedans l'intérieur de la maison.

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Et pour cela, il sera juste qu'il y ait dans le séminaire quelque petite subsistance pour la nourriture et le vêtement de ces saintes personnes, qui se contenteront toujours de peu, et que ce peu-là même leur soit administré par le soin de quelque personne qui veille à leurs besoins, sans qu'ils s'en mêlent et s’y occupent aucunement.

Telle personne sera députée par Monseigneur l'Evèque, entre les bras duquel les prêtres se reposeront comme dans le sein de leur Père, qui, à l'imitation de Dreu, doit toujours tenir les yeux ouverts sur les nécessités de ses ministres ; ct ainsi ils ne déroberont rien à leur temps si précieux pour cette occupation divine, et ne seront point désappliqués des biens si importants à l'esprit du séminaire, qui ne veut rien avoir de grossier qui le remplisse et qui le puisse distraire de Dieu ct des choses divines.

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